
Participez à la soirée-bénéfice annuelle de Duceppe qui aura lieu le 15 avril 2026.

Quel geste de générosité vous a récemment touchée ?
De manière générale, ce qui me touche, ce sont les gens qui donnent de leur temps. Au-delà des gros montants, dans le contexte dans lequel on est, avec les heures de fou que tout le monde fait en ce moment, c’est un beau geste de générosité. Que ce soit pour une fondation ou simplement pour écouter quelqu’un et être présent. On a beaucoup de personnes âgées autour de nous et, personnellement, j’accompagne une tante au théâtre les dimanches. Je me dis que, tant qu’à aller faire du bénévolat à l’extérieur, je vais passer un moment avec elle, et après la pièce, on va en discuter en prenant un café…
Quelle œuvre — un tableau, un livre, une chanson, un spectacle… — vous accompagne depuis longtemps ?
Impossible de n’en nommer qu’une seule, désolée ! J’ai grandi en région, dans un village de 500 habitants où la culture, était difficile d'accès. Mais, j’y avais quand même accès parce que le dimanche, avec ma mère, j’écoutais à la télé Les grands esprits, Les beaux dimanches, La bande des six, PBS aussi à l’époque… C’était notre moment culturel. Je me souviens très bien de la première fois où j’ai entendu du William Shakespeare, j’étais toute petite. Je ne comprenais pas grand-chose, mais je me rappelle très bien comment je me sentais.
Sinon, pour moi, la poésie est vraiment au cœur de mes amours culturels. Le bouquin qui m’habite — celui que j’ai donné le plus souvent dans les dernières années ! — c’est Quand je ne dis rien, je pense encore, un recueil de Camille Readman Prud’homme. Elle y écrit: « quelquefois tu manques / de mots / ou plutôt d’espace / pour dire les mots / et ce qui aurait pu être / une parole / reste une pensée. » C’est magnifique, c’est la simplicité de tous les jours.
Pour le reste, je vais y aller en rafale ! Le film qui m’habite depuis toujours: La Société des poètes disparus. Une chanson: Gracias a la vida, par Mercedes Sosa est d’une beauté exceptionnelle. Il y a tout Daniel Bélanger. Parce que c’est Daniel Bélanger, point ! Et le pianiste italien Ludovico Einaudi. Ça ne se décrit pas, ça se vit.
Les spectacles… Antigone en 1993, au théâtre du Rideau Vert. Je viens d’arriver à Montréal. Ça a changé ma vie. Les Oranges sont vertes de Gauvreau au TNM en 98. Je n’ai rien compris, mais j’ai tout compris. C’était fabuleux. Je suis allée voir The Picture of Dorian Gray avec Sarah Snook. Elle joue 25 personnages en l’espace de deux heures. Complètement fou. Si je reviens au Québec: La suspension consentie de l’incrédulité d’Émilie Perreault, Un, deux, trois de Mani Soleymanlou, 887 de Robert Lepage — je l’ai vu quatre fois (à ce jour !)… Je suis un peu intense, comme tu peux voir !

Quel souvenir personnel vous a convaincue que la culture pouvait transformer une vie ?
Une des raisons pour lesquelles j’ai vu quatre fois 887, c’est qu’à l’époque, ma mère venait de recevoir un diagnostic de la maladie d’Alzheimer et cette œuvre de Robert Lepage est fondamentalement sur la mémoire. La mémoire à divers niveaux, collective ou sociétale, avec en trame de fond le texte de Michèle Lalonde, Speak White. J’ai accompagné ma maman, qui est décédée maintenant, et la culture m’a permis d’avoir accès à elle, malgré la maladie. Par exemple, quand je mettais un vieux film qu’on avait déjà regardé ensemble, comme The Sound of Music, elle se souvenait des paroles, elle chantait. C’est fabuleux, ce que ça fait. La culture m’a redonné accès à ma mère pendant de brefs moments de vie. Quand les gens disent que la culture n’a pas d’impact sociétal, c’est complètement faux. Il y a un regard qui s’allume. Un sourire qui apparaît. C’est tellement, tellement précieux.
Qu’est-ce qui vous a amenée à vous impliquer en siégeant au comité d’honneur de la prochaine soirée-bénéfice de Duceppe, pourquoi cette cause compte-t-elle pour vous ?
Honnêtement, je dois voir à peu près 50 spectacles par année. J’essaie de m’investir particulièrement au niveau québécois. De plus, la Fondation Duceppe crée de l’espace pour la relève et lui permet de croire que tout est possible. Parce qu’on le sait, le milieu est précaire. Pourtant, comme manger, respirer, bouger, faire du sport, la culture est essentielle.
La culture m’a confrontée, m’a permis de voir différemment les choses, d’avoir des conversations parfois difficiles. Il y a quelque chose de fort, de collectif: c’est un prétexte à la rencontre. Laurent Lapierre, que j'ai rencontré à HEC Montréal, m’a dit un jour que, quand Tennessee Williams écrivait ses pièces, ce qui était le plus important pour lui, c’était ce qui se passait dans la tête du spectateur et non sur scène. Je le cite: « Cette pensée souligne que la véritable expérience d’une œuvre ne réside pas dans sa structure extérieure, mais dans l’interprétation subjective et l’imaginaire que chaque spectateur se construit. » À mon avis, c’est ça, la culture: elle ne donne jamais de réponse. Elle crée des espaces, puis de l’ouverture.
Stratège et fondatrice de Groupe3, Nathalie Miller accompagne depuis plus de 30 ans des dirigeants, équipes exécutives et conseils d’administration dans leurs moments les plus déterminants. Reconnue pour la profondeur de sa réflexion et la qualité des conversations qu’elle crée, elle aide les leaders à nommer l’essentiel, affiner leur posture et prendre les décisions qui orientent durablement leur organisation.
Son travail se situe à la croisée de la stratégie, du leadership et de la gouvernance. Elle accompagne des organisations au Québec, au Canada et à l’international dans leurs transformations les plus structurantes. Conférencière et formatrice reconnue, elle ouvre des conversations exigeantes sur le leadership et les décisions qui façonnent les organisations.
Propos recueillis par Isabelle Desaulniers.

Participez à la soirée-bénéfice annuelle de Duceppe qui aura lieu le 15 avril 2026.