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Duceppe
Accompagnement

Pistes de discussion — Le fantôme dans la machine

19 octobre 2026

Plusieurs élèves assisteront bientôt à la pièce Le fantôme dans la machine. Nous proposons donc aux enseignant·es des pistes de réflexion et questions à aborder avec nos jeunes spectateur·ices.

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Idéation et rédaction: Paméla Dumont

MISE EN CONTEXTE

Invitée sur un plateau de télévision, Rousse a la surprise de sa vie: l'équipe a organisé de grandes retrouvailles en direct avec son frère, qu'elle n'a pas vu depuis 29 ans. Le problème: il est mort dans un incendie en 1997. Hallucination? Sketch de mauvais goût? Tentative de faire de la «bonne télé»? Et ce n'est que le début: son frère réapparaît dans d'autres lieux improbables pour lui demander ce que devient Lady Di, si on a fini par reboucher le trou dans la couche d’ozone… Les conversations laissées en plan et les chicanes reprennent presque comme avant. Bientôt, dans cette atmosphère à la fois étrange et familière, ce sont tous ses frères possibles qui la hantent et se jouent de ses certitudes. Au cœur de ce bien cuit à l’humour mordant, Rousse fait de l'introspection malgré elle: imaginer les vies de son frère, c'est aussi repenser la sienne. Et vous, que diriez-vous si vos propres fantômes venaient vous faire la conversation?

Fanny Britt (Bienveillance, Hurlevents, Classique(s)) signe un texte intelligent, ludique et touchant, mis en scène par Alexia Bürger (Les Hardings, Les filles du Saint Laurent, Camera obscura), sa complice depuis l'enfance, avec toute la sobriété qui fait sa signature. Sur scène, une plateforme tournante dont les trappes s'ouvrent au gré des humeurs des frères, un peu comme les planètes qui s'alignent et nous influencent (selon certain·es!), ou comme une roue du destin qui semble parfois à deux doigts de se détraquer. Dans ce spectacle, à la fois autobiographique et pure fabulation, les histoires s’emboîtent comme des poupées russes. Un très bel hommage à toutes celles et ceux qui ne sont plus tout à fait là, mais qui ont fait de nous ce que nous sommes… ou ce que nous aurions pu être.

DISCUSSION AVANT LE SPECTACLE

Nous vous invitons à choisir parmi les questions et activités ci-dessous celles qui sont les plus susceptibles d’activer la réflexion de vos élèves face aux thématiques et à la forme de la pièce. Pour cet échange préparatoire, vous n’avez pas besoin d’être expert·e du spectacle. Vous pouvez adopter une posture de co-création avec vos élèves, en réfléchissant collectivement aux questions proposées et en rappelant qu’au théâtre, il n’y a pas de réponses justes ou fausses, mais plutôt des points de vue et des perceptions à explorer. L’objectif est de préparer les élèves à accueillir l’expérience artistique avec ouverture et sensibilité.

IDÉES D'ACTIVITÉS

Activité #1

Le titre comme déclencheur imaginatif

L’imagination est au cœur de la pièce de Fanny Britt. Dans votre préparation avec vos élèves, il peut être intéressant d’activer la leur dès le début afin de faire un parallèle entre les engrenages de la pièce et les habiletés sollicitées chez la personne spectatrice.
1) Écrire le titre au tableau : Le fantôme dans la machine.
2) Noter autour de ce titre, telle une arborescence, tout ce à quoi cela vous fait penser:
  • Les autres œuvres (séries télévisées, livres, récits, etc.);
  • De possibles débuts de synopsis.
3) Aborder le symbole du fantôme dans nos vies :
  • Croyez-vous aux fantômes? Pourquoi?
  • Pourquoi aime-t-on croire? Qu’est-ce que cela nous apporte?

Activité #2

Exercice « Et si… »

Les artistes usent régulièrement de la formule « Et si… » pour se suggérer, visualiser et même ressentir une réalité différente. 2 Plusieurs acteurs et actrices, par exemple, emploient des formules afin de se plonger dans les circonstances imaginaires qui font évoluer leur personnage. Que ce soit le « si magique » (de Constantin Stanislavski) ou les « comme si » (de David Mamet), ces prémisses permettent d'établir une nouvelle convention qui décale le réel vers ce qu’il pourrait être. Les auteurs et autrices font de même. Se demander « Et si… le monde était de telle manière » permet d’ouvrir le champ des possibles. 

Voici quelques situations où vous pouvez demander aux élèves de déposer leurs idées sur le papier pour mieux développer leur pensée, ou bien tout simplement les inviter à en discuter en binôme.:
  • Et si… vous pouviez devenir qui vous voulez, qui seriez-vous? Pourquoi?
    ➢ Qu’est-ce que cette nouvelle identité vous permettrait de vivre?
  • Et si… vous pouviez revoir une personne disparue, qui serait-ce?
    ➢ Qu’aimeriez-vous lui dire?
    ➢ Que voudriez-vous réaliser avec elle?
  • Et si… vous viviez dans un autre pays, lequel ce serait? Pourquoi?
    ➢ Comment votre quotidien serait différent?

Pour approfondir le pouvoir imaginatif de la formule « Et si… », vous pouvez aller lire le billet du blogue de Duceppe : Et si?... Le vertige des vies parallèles.

« Pour Rousse comme pour toutes les personnes endeuillées, il y a dans le récit que nous
faisons de nos disparu·es le futile espoir de les ramener à la vie, d’empêcher le passé
d’advenir. Mais dans cet entêtement à rejouer nos vies, il y a aussi un hommage aux
expériences partagées et aux bifurcations surprenantes que prend notre identité lorsqu’elle
est libérée de son tracé. Nos mort·es ne reviendront pas, mais leur histoire et la nôtre ne
s’arrêtent pas pour autant. »

Alexia Bürger (m.e.s.) et Fanny Britt (autrice)

Activité #3

Exercice Fiches signalétiques

Voici une compilation de quelques noms ayant un lien avec l'œuvre. Afin de mieux comprendre les références et leurs liens avec la fiction ou la réalité, réalisez leurs fiches signalétiques.

Pour ce faire, formez des équipes de travail et attribuez à celles-ci un des noms ci-dessous. Chacune pourra réaliser une recherche et présenter le fruit de celle-ci à la classe.:


Activité #4

Exercice les mises en abyme

Le personnage principal, Rousse, affirme ceci au tout début de la pièce :

ROUSSE, au public :
La pièce commençait avec un personnage
Moi
Mais pas moi
On peut dire que c'est moi
Mais c'est pas moi
Face à un gars
Beaucoup plus jeune
Son grand frère
Qu'elle a pas vu depuis vingt-six ans
Elle l'a pas vu depuis vingt-six ans parce que
Ben parce qu'y est mort
Sauf que là
Y est devant elle
Y est devant elle sur un plateau de télévision
Parce que ouais c'est ça elle participe à une émission
Une émission qui s'appelle Secrets de famille
Avec une animatrice très investie
Une émission qui invite des gens connus à découvrir quelque chose sur leur passé
D'habitude c'est en lien avec la généalogie
L'aïeul viking d'un acteur
La grand-mère suffragette d'une chanteuse
Ce genre de chose
Parce que oui bon c'est ça dans la pièce mon personnage
Ben
Moi
Mais pas moi
J'étais connue
J'étais vraiment connue
À partir de cet extrait, tentez de répondre aux questions suivantes : 
  • Qui semble être Rousse?
  • Quel pourrait être son métier?
  •  De qui pourrait-elle être l’alter ego?
  • Quel genre de personnalité semble-t-elle avoir?
  • Quelles pourraient être les mises en abyme dans cette pièce de théâtre?
« La mise en abyme répond à une double visée pour chaque auteur qui l’emploie :
1) inclure une œuvre en miniature qui reprend l’œuvre elle-même ;
2) réfléchir aux conditions d’énonciation de l’œuvre en jouant de la réflexivité. »
Source : Les procédés littéraires de Armand Colin

DISCUSSION POST SPECTACLE

Suite au spectacle, il est souhaitable de faire des liens avec les échanges réalisés en amont. Vous pouvez revenir sur certaines questions préalables et observer comment les perceptions ont évolué.

L’objectif est d’approfondir votre expérience par la mise en commun de vos impressions.

Activité #5

Exercice Influences populaires - dialogue entre fond et forme

Comment l'œuvre Un chant de Noël, maintes fois adaptée en film à partir du roman de Charles Dickens, a influencé la structure dramaturgique de la création de Fanny Britt?

    • Noter les différents liens entre les deux œuvres (différents esprits, repentance, lien de proximité, etc.)
    • Réfléchir à comment la culture populaire influence nos identités et nos créations.

Activité #6

Exercice « Et si… » 2.0

« J’avais envie de comprendre la manière dont l’imagination peut devenir un outil de survie puissant. » - Fanny Britt

On pourrait dire que l’imagination a toujours été un outil de survie dans la vie de Fanny Britt, autant dans son vécu personnel avec le drame de la perte de son frère que dans son métier où elle invente des histoires.

La fiction nous permet d’évacuer, de canaliser et de transformer nos réalités pour les élever, nous guérir, nous outiller ou nous permettre de lâcher prise face au réel.

Dans un exercice d’écriture autofictive, transformer un élément de votre passé, petit ou grand. :

Voici des exemples :

  • Et si j’avais réussi mon examen de mathématiques…
  • Et si mon père était encore là…
  • Et si je n’étais pas allergique à tel aliment…
  • Et si mes parents avaient plus d’argent…
  • Et si je n’avais pas manqué l’autobus l’autre jour…
  • Et si je lui avais dit je t’aime…
Puis, répondez aux questions suivantes :
  • Qu’aurais-je gagné?
  • Qu’aurais-je perdu?

Veuillez noter qu’il est tout à fait possible de remanier l’ordre de ces exercices, selon votre envie et les particularités de vos groupes. Nous vous invitons à vous approprier cet outil et à le moduler selon vos besoins.

Dans un but de prévention et d’entraide pour les personnes endeuillées, vous pouvez parcourir en classe les ressources de soutien ci-contre : Demander de l’aide pour surmonter un deuil.