

Baleine

Marie revient d’Europe le cœur brisé. Björn l’a crissée là. Dans l’avion du retour, son ventre gronde comme une baleine en détresse. Une envie pressante la prend, mais des turbulences l’empêchent de se soulager. Marie est au bout de sa vie, en peine d’amour, prête à potentiellement se chier dessus en public à 10 000 m d’altitude. Le diagnostic tombe: colite ulcéreuse. Merde. Mais pas question de se laisser définir par une maladie. Toujours à deux doigts de perdre le contrôle de ses sphincters, Marie avance à tâtons, à grands coups d’autodérision, de one night stands douteux et d’edibles mal dosés. Complètement absorbée par son propre chaos, elle néglige sa coloc fidèle et anxieuse, son collègue amoureux trop patient et son voisin bizarre au grand cœur. Pourtant, une idée s’impose doucement : guérir, ça se fait en gang.
Baleine est la première pièce de Stéphanie Arav. Cette comédie dramatique nounoune-poétique, viscérale et tendre se cache derrière des blagues de caca pour mieux parler d’amour ainsi que de santé physique et mentale; de ce qu’on détruit en soi et chez les autres quand on va mal. Avec ce spectacle feel bad / feel good, présenté en formule 5 à 7, on rit, on grince des dents et on compatit. En filigrane, la pièce, mise en scène par Anna Sanchez, déstigmatise l’univers fécal au féminin avec une évidence désarmante: tout le monde défèque. C’est pas glamour, mais c’est démocratique. Un spectacle cru, drôle et étonnamment réconfortant.









