Consentement

Texte Nina Raine

Mise en scène Frédéric Blanchette

Traduction Fanny Britt

Interprétation Anne-Élisabeth Bossé, Patrice Robitaille, Marie Bernier, Véronique Côté, David Savard, Mani Soleymanlou, Cynthia Wu-Maheux

Du 12 décembre 2018 au 2 février 2019

1 h 55 sans entracte

Résumé de la pièce

Deux couples d’avocats se retrouvent lors de soirées bien arrosées. Avec humour et sarcasme, ils commentent les dossiers qui les occupent, dont une histoire de viol. Spectateurs amusés de la bêtise des passions humaines, ils se voient volontiers au-dessus de la mêlée, comme des êtres de raison, les gardiens du Droit. Et voilà qu’à la maison, leur propre vie commence à s’effriter. Tour à tour, ils connaissent trahison, détresse, accusations et incompréhension. Qui a raison ? Où se trouve la vérité ? Brusquement, tout devient beaucoup moins clair. Au cœur du mystère : la notion de consentement.

Véritable triomphe à sa création à Londres en 2017, Consentement jette une lumière crue sur la distinction entre loi et justice. La dramaturge britannique Nina Raine livre une pièce puissante, truffée de dialogues serrés et stimulants, parfois comiques, parfois cinglants. Elle y oppose la rationalité, sur laquelle le système juridique est fondé, à l’irrationalité, propre à la nature humaine. Dans un subtil renversement des rôles, ce qui ressemble d’abord à un drame judiciaire devient un examen sans merci des tensions qui ébranlent mariages et amitiés. Consentement résonnera longtemps chez le public, à la fois juge et jury dans cette tragi-comédie aussi dérangeante qu’intelligente.

Calendrier

Décembre 2018

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12 Décembre 2018
19:30

Vidéos

    Distribution

    Bossé_Anne-Élisabeth_credit-Jimmi-Francoeur-w

    Anne-Élisabeth Bossé

    Kitty

    PatriceRobitaille_IsabelRancier-w

    Patrice Robitaille

    Jake

    MarieBernier_web

    Marie Bernier

    Gayle + Laura

    VéroniqueCôté_Stéphane-Bourgeois-w

    Véronique Côté

    Rachel

    David Savard_Andréanne Gauthier_230

    David Savard

    Edward

    Mani-Soleymanlou_Maude_Chauvin_w

    Mani Soleymanlou

    Tim

    Duceppe17-5079NB_Cynthia_Wu-Maheux2

    Cynthia Wu-Maheux

    Zara

    Anne-Élisabeth Bossé

    Photo : Jimmi Francoeur

    Patrice Robitaille

    Photo : Isabel Rancier

    Marie Bernier

    Photo : Louis Ruel

    Véronique Côté

    Théâtre : Attentat; Fendre les lacs; 1984; La fête sauvage; Hedda Gabler; Forêts

    Prochainement : Titus (Théâtre Périscope et Théâtre Prospéro); Fendre les lacs (Théâtre français du CNA). Sa création pour les tout-petits Les choses berçantes sera présentée à la Maison Théâtre en mai prochain.

    Première présence chez DUCEPPE

    crédit photo : Stéphane Bourgeois

    (dernière mise à jour : 2017)

    David Savard

    Théâtre : La divine illusion (tournée) ; Moby Dick ; Le Misanthrope ; Marie Tudor ; Les Fourberies de Scapin

    Télévision : Les Simone ; Les Jeunes Loups; Marche à l’ombre ; Les Beaux Malaises ; La théorie du K.O. ; Mensonges

    Cinéma : Laurence Anyways ; Le baiser du barbu ; Saints-Martyrs-des-Damnés ; Les Aimants

    Dernière présence chez DUCEPPE : À présent

    Photo : Andréanne Gauthier

    (dernière mise à jour : 2016)

    Mani Soleymanlou

    Photo : Maude Chauvin

    Cynthia Wu-Maheux

    Théâtre : L’Avare; Dimanche Napalm; Yukonstyle
    Télévision : District 31; L’âge adulte I & II; Trauma; L’appart du 5e
    Cinéma : L’origine des espèces
    Prochainement : Le sentier des rêves (Théâtre Motus)
    Première présence chez DUCEPPE

    Photo : Daphné Caron

    Crédits

    Décor
    Marie-Renée Bourget Harvey
    Costumes
    Jennifer Tremblay
    Éclairages
    André Rioux
    Musique
    Mykalle Bielinski
    Accessoires
    Normand Blais
    Assistance à mise en scène
    Andrée-Anne Garneau

    Frédéric Blanchette

    Auteur, acteur, traducteur et metteur en scène, Frédéric Blanchette occupe une place importante dans le paysage théâtral québécois. Chez DUCEPPE, en plus de signer la mise en scène et la traduction de l’audacieuse Quand la pluie s’arrêtera la saison dernière, il a monté avec succès L’espérance de vie des éoliennes et À présent. Comédien, on l’a aussi applaudi sur les planches du Théâtre Jean-Duceppe dans Sunderland et Août - Un repas à la campagne.

    Diplômé du Conservatoire d’art dramatique de Montréal en 1998, Frédéric Blanchette fait sa marque dans chacun des domaines artistiques qu’il touche. Il a d’ailleurs récolté plusieurs nominations au gala des Masques, étant notamment en lice en 2004 pour la révélation et la mise en scène de l’année pour Cheech ou les hommes de Chrysler sont en ville de François Létourneau. Trois ans plus tard, il reçoit le convoité Masque du meilleur texte original pour sa pièce Le Périmètre.

    Parmi ses nombreuses mises en scène, mentionnons L’ancien quartier de David Mamet, Appelez-moi Stéphane de Claude Meunier et Louis Saia, Les Grandes Occasions de Bernard Slade, Le paradis à la fin de vos jours de Michel Tremblay, L’obsession de la beauté de Neil LaBute, Enfantillages de François Archambault, Being at home with Claude de René-Daniel Dubois et Tribus de Nina Raine. Tout récemment, il montait Dans le champ amoureux de Catherine Chabot et Amour et information de Caryl Churchill. Il signe aussi la mise en scène de Trahison d’Harold Pinter présentée au printemps 2018 au Rideau Vert.

    Comédien, Frédéric Blanchette est apprécié autant au théâtre (Ennemi public, Les Trois Mousquetaires, Raphaël à Ti-Jean, Hamlet, etc.) qu’à la télévision (Béliveau, Boomerang, 19-2, Toute la vérité, etc.). Il jouait également dans la série Tu m’aimes-tu ?, dont il est idéateur et coscénariste. Au cinéma, il était de la distribution des films Horloge biologique, Louis Cyr et Autrui.

    Photo : Daniel Desmarais

    Fanny Britt

    Fanny Britt est écrivaine, auteure dramatique et traductrice. La saison dernière, chez DUCEPPE, elle signait la traduction de Forget me not (Ne m’oublie pas) de l’Australien Tom Holloway. Elle a traduit de nombreuses autres œuvres du répertoire contemporain, prêtant son écriture aiguisée et rythmée aux textes de notamment Patrick Marber (Closer, tout contre toi), Annabel Soutar (Le partage des eaux), Martin McDonagh (Le pillowman), John Mighton (Corps et âme), Neil LaBute (Autobahn) et Dennis Kelly (Après la fin, Orphelins). Elle signait aussi l’adaptation théâtrale d’Opening night, un classique du cinéma de John Cassavetes.

    Fanny Britt est l’auteure d’une douzaine de pièces de théâtre, dont Cinq à sept, Couche avec moi (c’est l’hiver), Chaque jour et Bienveillance, lauréate du Prix du Gouverneur général en 2013. Sa toute nouvelle pièce, Hurlevents, a été créée en janvier 2018 au Théâtre Denise-Pelletier, dans une mise en scène de Claude Poissant.

    Elle publie un premier roman à l’automne 2015, Les maisons, titre en lice pour le prix France-Québec et le prix des Collégiens. Elle signe de plus quelques essais littéraires, dont le salué Les tranchées : maternité, ambiguïté et féminisme, en fragments, paru en 2013 chez Atelier 10.

    Sa première collaboration avec l’illustratrice Isabelle Arsenault, le roman graphique Jane, le renard et moi (éditions de la Pastèque), est traduit dans une douzaine de langues et a remporté de nombreux prix nationaux et internationaux. Il a de plus été cité parmi les dix meilleurs livres illustrés de 2013 selon le New York Times. Leur plus récente collaboration, Louis parmi les spectres, est parue à l’automne 2016. Parmi les distinctions récoltées, le livre était finaliste au prestigieux festival d’Angoulême et pour le Prix du Gouverneur général 2017.

    Pour la télévision, Fanny Britt a écrit les scénarios et les dialogues d’une cinquantaine d’épisodes de la série jeunesse Tactik. Avec l’auteur Richard Blaimert, elle a coécrit Nouvelle adresse, la websérie, offerte en complément sur le Web.

    Photo : Julie Artacho

    Consentement, la baladodiffusion

    Dans le cadre de la pièce Consentement, on vous présente une fascinante nouvelle série de balados en 6 épisodes, qui met en lumière diverses facettes du consentement sexuel. Une collaboration VOIR et DUCEPPE, une réalisation de Karima Brikh.

    Premier épisode: #MeToo, un an plus tard

    Un an après le début du mouvement #MeToo (#MoiAussi), où en sommes-nous dans le débat public sur la question des agressions sexuelles? Avons-nous compris quelque chose? Est-ce que la notion de consentement sexuel est mieux comprise? Un premier épisode qui se questionne sur l’impact de #MeToo un an plus tard et qui s’intéresse au processus créatif de la pièce Consentement et de l’auteure britannique Nina Raine.

    Écoutez la balado : premier épisode

    Deuxième épisode: Le consentement et la loi

    Dans ce deuxième épisode, on vous propose une incursion dans le système de justice. Selon le code criminel canadien: qu’est-ce qu’une agression sexuelle? Comment définir juridiquement le consentement sexuel ? On démystifiera aussi ce qui se passe au poste de police lorsqu’une victime d’agression sexuelle décide de porter plainte. Dans cet épisode, l’avocat criminaliste Me Félix-Antoine T. Doyon démêlera plusieurs notions juridiques en lien avec les agressions sexuelles. Le mot d’ordre: prudence, prudence, prudence…

    Écoutez la balado : deuxième épisode

    Troisième épisode: L’art et la représentation de la violence sexuelle

    Il arrive qu’on aborde la question des agressions sexuelles dans le théâtre, le cinéma, la télévision, les arts visuels ou la littérature. Mais quand cela se produit, peut-on se permettre de tout dire, tout montrer? Le viol par exemple, est-il un sujet à aborder avec précaution ou les artistes peuvent-ils en parler et le représenter sans limite ?

    Écoutez la balado : troisième épisode

    Quatrième épisode: Vertus et critiques du mouvement #moiaussi

    Le mouvement #moiaussi a donné lieu, sur les réseaux sociaux et dans les médias, à une vague sans précédent de dénonciations publiques des agressions et autres inconduites à caractère sexuel. Si plusieurs voix se sont élevées pour saluer la libération de la parole des victimes, des critiques sont peu à peu apparues.

    Écoutez la balado : quatrième épisode

    Cinquième épisode : victimes et agresseurs, aspects psycologiques

    Anne-Élizabeth Bossé et David Savard interpréteront des personnages à la trame émotionnelle riche et complexe. Comment se préparent-ils à interpréter Kitty et Edward? Alors que l’enjeu de la violence sexuelle est plus que jamais d’actualité, comment voient-ils leur rôle d’artiste avec cette création? Cet épisode s’intéresse particulièrement aux victimes et aux conséquences psychologiques d’une agression sexuelle. Il y est également question du comportement de certains agresseurs.

    Écoutez la balado : cinquième épisode

    Reportage sur la pièce – VOIR > Lire le reportage

    Entrevue avec fanny Britt, Anne-Élisabeth Bossé et Patrice Robitaille – Médium large > Écouter l’entrevue

    Entrevue avec Anne-Élisabeth Bossé – Gravel le matin > Écouter l’entrevue

    Entrevue avec Anne-Élisabeth Bossé et Patrice Robitaille – Le Devoir > Lire l’entrevue

    Entrevue avec Anne-Élisabeth Bossé – Journal Métro > Lire l’entrevue

    Entrevue avec Anne-Élisabeth Bossé – La Presse > Lire l’entrevue

    Il n’y aura pas d’entracte. Durée approximative : 1 h 55.

    consentement
    Action de donner son accord à une action, à un projet; décision de ne pas s’y opposer.

     

    Cette pièce de Nina Raine m’a littéralement happé. Je revois où j’étais quand je l’ai lue pour la première fois. Maison de la littérature, Québec. L’endroit, aussi magnifique soit-il, a disparu. Plus de plafond, ni de murs. Les couches de sens de la pièce se sont accumulées dans le premier acte, puis l’autrice (que j’admirais déjà car j’avais mis en scène une autre de ses pièces, Tribus) a pris tous les fils qu’elle avait soigneusement tissés, les a emmêlés, garrochés, « pitchés » partout… laissant le lecteur que j’étais aux prises avec mille questions irrésolubles sur autant de sujets complexes : justice, consentement, agression, empathie, mater-pater-nité, couple, infidélité, pardon…

    J’ai partagé mon choc de lecture à David et Jean-Simon. Ils ont fait confiance à « ça » : ces murs et ce plafond qui disparaissent. Ils m’ont confié la mise en scène de Consentement. Merci les gars. Je suis choyé et privilégié de faire partie de votre première saison. Il se passe de quoi chez DUCEPPE. J’adore ça être là quand il se passe de quoi.

    _____

    J’avais libéré ma soirée. J’étais déjà en retard. L’équipe des communications attendait mon texte et m’avait gentiment alloué un petit sursis. Mot du metteur en scène : toi pis moi ce soir, on a une date !

    Je m’installe au clavier la tête pleine de toutes les questions qui surgissent et s’épaississent chaque jour de répétition auprès de cette fabuleuse équipe d’interprètes et de conceptrices-teurs. Mes pistes de départ : rappeler à nos mémoires le symbole de la justice, cette femme-statue aux yeux bandés… Mélanger mythologie, consentement, discourir sur cette zone de flou troublante qu’entraîne une partie de la définition du mot consentement : « décision de ne pas s’y opposer »… le tout éclairé d’observations fines et documentées sur les impacts du mouvement #Metoo, trouver les statistiques les plus probantes, à commencer par le microscopique pourcentage des agressions sexuelles qui se transforment en condamnation, parler à la hauteur de mes compétences du système de justice, des autres thèmes qui parcourent cette pièce fascinante et luxuriante : empathie, infidélité, mariage, langage, présences fantomatiques…

    Juste avant d’écrire, en guise d’ultime procrastination, j’ouvre un courriel. L’amie comédienne Anne-Élisabeth Bossé envoie un article à toute la troupe :

    « Un procès pour viol en Irlande a déclenché un tollé cette semaine après qu’une avocate eut brandi le string d’une adolescente de 17 ans pour tenter de prouver son consentement et réussi à faire innocenter son client. »

    Je relis certaines phrases de l’article deux ou trois fois pour être certain d’avoir bien lu.

    « …des éléments comme les vêtements, le bronzage artificiel et les moyens de contraception ont été utilisés comme preuves présumées de consentement des femmes lors de récents procès pour viol. »*

    J’abandonne ici toute tentative d’ajouter quoi que ce soit pour vous entretenir de l’infinie pertinence, de l’absolue nécessité de la pièce que vous verrez ce soir.

     

    Frédéric Blanchette
    Metteur en scène

    *Référence : La Presse, 16 novembre 2018 « Irlande: un string brandi comme preuve de consentement lors d’un procès pour viol » Agence France-Presse, Dublin.

    Cette pièce est indispensable.

    Elle aborde un sujet que l’on balaie sous le tapis depuis trop longtemps : la notion de consentement. Les événements marquants de l’automne 2017 nous permettent enfin d’entrevoir la fin d’une ère marquée par l’égocentrisme et la complaisance de l’homme en position de pouvoir.

    Avec Consentement, Nina Raine nous donne accès à une vue de l’intérieur en nous mettant tour à tour dans la peau du témoin, de la victime, puis dans celle du juge. Un exercice nécessaire, qui nous permet de mieux comprendre ce que peuvent vivre les victimes lorsque vient le temps de dénoncer, puis d’affronter le système judiciaire.

    En tant que jeunes hommes blancs privilégiés, nous avions envie de profiter de notre petit pouvoir à la direction artistique de DUCEPPE pour vous faire découvrir cette œuvre brûlante d’actualité, tout en nous inscrivant dans ce mouvement social sans précédent. Chaque jour, nous tâchons de nous rappeler l’importance de partager, de respecter et d’écouter. Nous croyons que le théâtre doit être un lieu d’échange où les gens et les idées vont et viennent. Un point de rencontre. Une place publique. Merci d’être avec nous aujourd’hui et d’en faire partie.

    Merci à Frédéric Blanchette pour sa passion et sa vision éclairée. Et merci à l’équipe d’interprètes et de conceptrices-teurs, qui a bien voulu accepter de marcher sur la mince ligne entre tragédie et comédie, ignorance et empathie, destruction et conciliation.

    Bon spectacle!

    David Laurin et Jean-Simon Traversy

    LE CONSENTEMENT SEXUEL ET LA JUSTICE, ENTRETIENS

    En octobre 2017, alors que le New York Times révélait les détails de ce qui allait devenir « l’affaire Weinstein », une action de libération de la parole contre les violences sexuelles et sexistes se déployait. Le mouvement #MeToo,
    aux États-Unis, est vite relayé au Québec par #MoiAussi. Un peu plus d’un an plus tard, Statistique Canada dévoilait que c’est au Québec que le mouvement a résonné́ le plus fort dans l’ensemble du pays. Les dénonciations d’agressions sexuelles jugées fondées par la police y ont bondi de 61 % dans la dernière année. La variation moyenne canadienne est de 24 %. Pour les divers intervenants québécois en matière de crimes sexuels, il y aura assurément un avant et un après #MoiAussi. Entretien avec Me Félix-Antoine T. Doyon, avocat criminaliste et de la défense qui a piloté́ de nombreux dossiers d’agression sexuelle, et avec Mme Deborah Trent, directrice depuis 1982 du Centre d’aide aux victimes d’agression sexuelle de Montréal (CVASM).

     

    Depuis 1983, l’infraction d’agression sexuelle remplace celles de viol, tentative de viol et attentat à la pudeur. D’abord, Me Doyon, quelle est la définition d’une agression sexuelle, selon le Code criminel canadien ?

    Me Doyon — Trois éléments définissent l’agression sexuelle. Premièrement, il doit y avoir utilisation de la force ou voies de fait, et ici, un simple toucher constitue une voie de fait; aussi, il faut que ce contact ait lieu dans un contexte sexuel; finalement, le geste doit être posé sans le consentement de la victime.

     

    Quelle est la définition du consentement, selon le Code criminel canadien ?

    Me Doyon — Personnellement, je le conceptualise de cette façon : il y a le consentement factuel et le consentement juridique. Le consentement factuel, c’est d’abord dire oui ou non. Ce n’est pas parce qu’une personne ne dit rien que nécessairement elle accepte. En matière sexuelle, la maxime serait « Qui ne dit mot ne consent pas ». Donc, le consentement c’est de dire oui, ou à défaut de paroles, mettre en lumière par des gestes, signifier clairement que l’on consent. Et attention, être vêtu de façon sexy et inviter quelqu’un dans sa chambre, ça n’est pas du tout consentir par des gestes.

    Maintenant, ce n’est pas parce que quelqu’un exprime son consentement, par des mots ou par des gestes, que la personne consent juridiquement. C’est ce qu’on appelle un vice de consentement. Par exemple, si la personne est très fortement intoxiquée, elle peut, juridiquement, ne pas être apte à consentir de manière éclairée. Ou encore, s’il y a menace ou chantage, le consentement n’est pas libre.

    Pour être valable juridiquement, le consentement doit être donné de manière libre et éclairée.

    De plus, consentir c’est manifester sa volonté à tout moment lors de l’acte sexuel. Ce n’est pas parce que l’on décide d’avoir une relation de type A, que quinze minutes plus tard on consent à une relation de type B.

     

    Une faible proportion des agressions sexuelles déclarées se soldent par une condamnation de l’accusé. Ces crimes sont souvent difficiles à prouver « hors de tout doute raisonnable ». Selon vous, comment la notion de consentement, qui est difficilement concevable dans n’importe quelle autre infraction, influe sur ces verdicts d’acquittement ?

    Mme Trent — L’agression sexuelle, c’est le crime où l’on s’interroge constamment sur la crédibilité de la victime et sur la solidité de son histoire. C’est elle qui doit démontrer que l’on peut se fier à sa version. L’accusé, pour sa part, n’est pas obligé de dire quoi que ce soit. Tout repose donc sur la victime et on observe son comportement, on examine toute la notion de consentement, ce qui est différent dans les procès pour d’autres crimes. Si on t’a volé chez toi, on ne te scrute pas comme ça.

    Me Doyon — Comme société, en matière de crime, on a décidé il y a très longtemps qu’il vaut mieux laisser libres 100 coupables que d’emprisonner une seule personne qui est véritablement innocente. C’est tout le débat qui entoure la présomption d’innocence. Ainsi, dans notre système de justice, c’est à la poursuite de prouver hors de tout doute raisonnable que la plaignante* n’a pas consenti.

     

    Comment améliorer le système de justice canadien vis-à-vis des victimes d’agressions sexuelles?

    Mme Trent — La victime est un témoin dans le Code criminel et, souvent, dans le cas d’une agression sexuelle, c’est le seul témoin. De plus en plus, on considère que les victimes doivent avoir une place importante et être impliquées dans les procédures. Ça n’est pas toujours facile ni possible, mais il y a de nouvelles approches qui encouragent les procureurs à donner davantage d’informations aux victimes, à leur expliquer les procédures, à évaluer les situations avec elles. C’est une bonne chose.

    Me Doyon — Pour le moment, il y a l’avocat de la défense, comme moi, qui représente l’accusé, et il y a l’avocat de la poursuite qui lui, fondamentalement, ne représente pas la plaignante, mais plutôt la sécurité́ publique. Ses efforts et ses ressources vont principalement vers le fait de présenter une preuve et de faire condamner un accusé.

    S’il y avait un changement à faire — et je suis convaincu que ça arrivera dans un avenir rapproché — c’est celui de pouvoir faire bénéficier une plaignante de l’accès à un avocat indépendant, qui s’y connaît en droit criminel et qui pourrait bien la conseiller, la préparer, la représenter. Particulièrement dans un cas d’agression sexuelle, où, d’un point de vue humain, les plaignantes ont véritablement besoin d’être accompagnées.

     

    Pour vous, y aura-t-il un avant et un après #MeToo?

    Mme Trent — Quand j’ai commencé, en 1982, au Centre d’aide aux victimes d’agression sexuelle de Montréal (CVASM), je me disais que peut-être, un jour, toutes ces agressions arrêteraient. Mais, aujourd’hui encore, on doit être là pour les victimes. Par contre, des actions très importantes ont été posées dans la foulée du mouvement #MeToo. Il y a eu un investissement au niveau gouvernemental pour les services d’aide. On a pu, avec ce financement, embaucher de nouvelles intervenantes pour faire des suivis cliniques. Aussi, il y a eu ce projet de loi du ministère de l’Enseignement supérieur qui vise l’instauration d’un protocole dans les universités et les collèges, une marche à suivre vis-à-vis des victimes ainsi qu’un code de conduite pour prévenir les inconduites sexuelles. C’est tellement important de faire de la sensibilisation, de développer des programmes de prévention, d’éduquer nos enfants sur la façon d’être ensemble.

    Me Doyon — Ce que j’ai constaté, personnellement, c’est qu’il y a plus d’accusations. On ne peut pas être contre le fait de dénoncer une agression sexuelle, c’est évident, mais il y a un effet pervers de #MeToo, et il s’agit de toutes les dénonciations qui se font publiquement sur les réseaux sociaux. Selon moi, c’est un accroc épouvantable à la présomption d’innocence. Il faut savoir que sur le lot, il y a véritablement des gens innocents qui sont dénoncés. Et même si ces gens ne sont pas accusés, le mal est fait, leur réputation est détruite.

     

    Madame Trent, en terminant, si vous aviez un message à transmettre aux victimes, quel serait-il?

    Mme Trent — Il est essentiel que toute personne victime d’agression sexuelle sache qu’il y a des endroits où elle peut aller et avoir accès à des ressources, dans une approche qui est sans jugement. Et ceci afin qu’elle sache qu’il n’est pas nécessaire de vouloir porter plainte au criminel pour avoir accès à ces services. Ce n’est pas toutes les victimes qui se présenteront devant un tribunal. Beaucoup d’entre elles ont d’abord besoin de raconter leur histoire à quelqu’un, de recevoir un soutien, de comprendre qu’elles ne sont pas responsables, de se retrouver dans un lieu où elles seront crues et où elles recevront une attention qui leur revient, qui leur est due.

     

    Ligne-ressource provinciale, sans frais et pour tous, pour les victimes d’agression sexuelle : 1 888 933-9007

    *L’utilisation du genre féminin a été adoptée afin de faciliter la lecture et, parce que en matière d’agression sexuelle, 90% des plaignants sont des femmes. Il n’y a aucune intention discriminatoire.