
24 poses (portraits)
Aujourd’hui, Richard a 40 ans. Toute la famille Dubé est réunie dans la cour arrière de son bungalow pour fêter ça. On admire la nouvelle tondeuse à gazon, on ressasse les mêmes anecdotes, on s’obstine sur des détails insignifiants et on va chercher le Kodak pour immortaliser le moment (avec la tondeuse, évidemment). Nicole a sorti la nappe de plastique et les chips, André répète ses jokes plates que personne ne comprend, Carole parade dans sa robe neuve, et on rit des parents qui se sont encore ramassés dans le Vieux-Québec en montant. Tout le monde parle sans arrêt et en même temps. Mais sous ce joyeux bourdonnement, un drame se joue, presque invisible pour le moment… Et au milieu de ce chaos comico-tragique émerge le portrait d’une famille québécoise comme tant d’autres, avec ses non-dits, ses sous-entendus… et ses «pas-entendus-du-tout».
On doit à Guylaine Tremblay, qui avait participé à la création de 24 poses (portraits) en 1999, l’idée de remonter cette œuvre phare de la dramaturgie québécoise contemporaine. Sous la direction de la metteuse en scène Édith Patenaude, la comédienne se retrouve cette fois dans le rôle de Claire, la mère, tandis que Martin Drainville est Denis, le père. Le duo incarne les forces tranquilles d’un clan aux archétypes reconnaissables, mais jamais caricaturaux, aux côtés d’une brochette d’interprètes choisi·es pour leur capacité à livrer le langage hyper réaliste et rythmé de Serge Boucher. Avec sa voix unique, précise et percutante, l’auteur des séries télévisées Aveux, Apparences et Feux sait capter la fragilité du quotidien et la beauté imparfaite des relations familiales. Dans 24 poses (portraits), il dessine avec tendresse un tableau vivant, franchement drôle et émouvant d’une famille aimante, mais maladroite, où tous et toutes peuvent se reconnaître.
«J’aime penser à 24 poses (portraits) comme à un Tchekhov québécois. C’est que Serge Boucher fait palpiter des drames sourds sous l’apparente banalité d’échanges légers ; il rend aussi magnétiques que bouleversantes les tragédies et les joies ordinaires. Quand le texte m’a été proposé, j’y ai aussitôt reconnu ma propre famille, notre amour maladroit et nos anecdotes mille fois racontées, ressassées pour consolider notre mythologie secrète. À l’abri du spectaculaire et sous couvert d’une joyeuse cacophonie, 24 poses observe avec acuité et tendresse notre condition humaine, c’est-à-dire notre solitude fondamentale, aussi aimante soit notre famille.»
Édith Patenaude
Duceppe en famille: 25 septembre





















