
Un wampum, c’est quoi?
10 février 2026
Dans Tupqan | Nos territoires intérieurs, les thèmes de la résilience, de la vérité et de la réconciliation sont notamment évoqués à travers un objet central dans l’histoire diplomatique de plusieurs nations autochtones, le wampum. Utilisés pour accompagner la parole, sceller des ententes et transmettre des lois, les wampums ont joué un rôle important dans les relations entre certaines nations autochtones et européennes pendant plusieurs siècles. En collaboration avec le Musée McCord Stewart, nous vous invitons à découvrir la richesse symbolique et historique de cet objet profondément significatif.
Wampum ou wampums?
Il importe de faire une distinction entre «le» wampum et «les» wampums. Lorsqu’on parle «du» wampum, on renvoie au matériel, à la matière première, c’est-à-dire aux perles. Par contre, lorsqu’on parle «des» wampums, on réfère alors aux colliers de wampum (ou de porcelaine), qui sont en fait des bandes perlées de plusieurs rangs de perles tissées. Les Français nommaient les wampums «colliers de porcelaine» et les Anglais «wampum belts». Ces deux expressions identifient le même objet échangé lors des rencontres diplomatiques officielles. Enfin, il faut distinguer un collier d’un cordon ou d’une «branche de porcelaine» (string of wampum), cette dernière étant constituée de perles enfilées sur une seule corde. On échangeait les cordons et les branches isolément ou attachés ensemble pour former une unité de plusieurs centaines de perles.
Que représentent les wampums?
Les colliers de wampum sont la représentation physique des paroles, des ententes ou des lois qui se devaient d’accompagner tout accord ou discours entre nations. Les paroles prononcées ne sont considérées comme étant sincères que si elles sont accompagnées de wampums. Ces «colliers de vérité» servent donc à matérialiser la parole donnée, à la confirmer et à sceller les alliances.
Les différents motifs formés grâce à l’assemblage des perles revêtent une signification particulière qui aide à mémoriser le discours. Plus il y a de perles dans un collier, plus le message qui lui est associé est important. Ce système protocolaire est adopté par les Européens, qui feront usage des colliers et cordons de wampum dans leurs négociations diplomatiques avec les nations autochtones jusqu’au début du 19e siècle.

À partir de quoi les wampums sont-ils fabriqués?
Les wampums sont fabriqués à partir de coquillages marins que l’on trouve sur la côte est de l’Amérique du Nord. Ces coquillages sont blancs et pourpres. La production de perles de wampum à partir de la lèvre violacée du coquillage bivalve, très épaisse et difficile à percer, ne commence véritablement qu’avec l’introduction d’outils métalliques par les Européens. La lèvre est cassée en sections, qui sont ensuite taillées en forme de tubes, puis percées. La demande croissante de perles de wampum au 18e siècle incitera les fabricants à employer le reste de la coquille pour produire des perles blanches. Même en utilisant des outils métalliques européens, on estime qu’un artisan produisait en moyenne 42 perles par jour.
On peut donc facilement imaginer la valeur considérablement élevée d’un collier de wampum de 10 000 perles et, par le fait même, pourquoi certaines nations européennes ont tenté de produire des wampums avec des perles en verre, en porcelaine, en ivoire ou en marbre. Les perles sont reliées entre elles par divers matériaux comme des fibres végétales ou animales (par exemple: chanvre ou tendon). Certaines perles sont peintes à l’aide de pigments rouges (ocre rouge ou vermillon).
Dit-on un collier ou une ceinture de wampum?
Dans la littérature sur les wampums, on retrouve parfois l’utilisation de l’expression «ceinture de porcelaine», qui n’est en fait que la traduction de l’anglais «wampum belt». Pourtant, dans les archives françaises, les wampums sont toujours désignés par «colliers de porcelaine»; les Français échangeaient ces colliers de la même façon que les Anglais échangeaient des «wampum belts». Certaines traductions anglaises de sources françaises ont souvent traduit le mot «collier» par «collar», ce qui porte davantage à confusion.
Est-ce un bijou, une parure ou une ceinture?
Les perles de wampum ont servi à orner les objets et les vêtements, ainsi qu’à créer des ornements (manchettes, pendentifs). Les wampums ne sont pas réellement des colliers ni des ceintures (belts); ce ne sont pas des vêtements. C’est surtout vers les années 1870-1930 que certains chefs les portent (surtout chez les Wendat).
Pour en savoir plus sur l’enjeu de traduction, visionnez la conférence de Jonathan Lainey présentée dans le cadre de la série Les découvertes du McCord Stewart.

Est-ce que les wampums sont toujours produits par les différentes nations?
Les wampums ne sont plus produits ou échangés de façon officielle depuis le début du 19e siècle, et plus précisément depuis la guerre anglo-américaine de 1812; des reproductions de wampums sont toutefois réalisées aujourd’hui. Après la guerre, le rapport de force dont disposaient les Autochtones s’est étiolé. Le poids militaire n’est plus là. Et l’usage de l’écrit supplante progressivement celui des wampums. Les Autochtones vont parfois exiger des copies papier des traités et des ententes conclus avec les Européens.
Qu’est-ce qu’un wampum votif?
Ce sont des wampums qui ont été remis par les communautés autochtones aux communautés religieuses et sur lesquels sont tissés des textes en latin. Sur la dizaine de wampums votifs produits depuis 1654, seulement trois wampums ont été conservés jusqu’à nos jours.
Comment interpréter les symboles sur les wampums?
Les motifs des wampums symbolisent la parole échangée. Par exemple, un motif de pipe indique une intention de paix. Fumer le calumet de paix fait partie des rituels réalisés en même temps que l’échange des wampums.
La ligne qui relie les motifs est aussi un symbole pacifique : elle représente une ouverture au commerce et aux bonnes relations entre nations. Elle peut aussi suggérer une alliance ou confirmer l’entraide et le respect entre les groupes.

Les wampums ont-ils été volés aux communautés?
Il est possible de présumer – étant donné la nature et la fonction de ces objets – que la plupart des wampums conservés en Europe ont été offerts de plein gré par les nations autochtones lors de l’échange initial. Au Canada et aux États-Unis, des individus de communautés autochtones, parfois des aînés, des chefs ou des descendants de chefs qui ont hérité de ce patrimoine, ont vendu ou donné des wampums à des collectionneurs amateurs ou professionnels (antiquaires, numismates ou anthropologues).
La vente ou l’acquisition des wampums par les collectionneuses et collectionneurs peut soulever certaines questions en ce qui a trait au consentement des individus des communautés à vendre les wampums. En effet, comme le soulignait le rapport Portés à l’action de l’Association des musées canadiens (p. 53): «La contrainte remet en question le caractère volontaire d’une acquisition. Elle est présente si l’une des parties prenantes à tout commerce de biens ou de propriété intellectuelle est forcée d’agir contre sa volonté ou selon son meilleur jugement en raison de menaces, de violences ou de contraintes sociétales.» Cette notion de contrainte est donc à prendre en compte lorsque vient le temps de considérer la propriété des objets de musée.
Beaucoup de biens culturels ont pu être acquis légalement par les collectionneuses et collectionneurs. Cependant, il est important de se questionner – étant donné le contexte dans lequel vivaient les Autochtones à certaines époques – si la vente d’objets d’une grande valeur spirituelle à des collectionneurs n’était pas une simple question de survie. En effet, il existe plusieurs exemples de situations où des wampums ont été mis en gage par leur gardien et n’ont pu être récupérés par la suite, faute de moyens.
Dans d’autres cas, on sait que les wampums ont été saisis par des forces de l’ordre. En 1924, c’est au nom du gouvernement fédéral que la Gendarmerie royale du Canada a saisi les wampums que conservaient les Six Nations de Grand River.
Sommes-nous en mesure de confirmer la méthode d’acquisition?
Il est parfois possible de remonter à la première acquisition par une collectionneuse ou un collectionneur. Cependant, il est souvent difficile, voire impossible de déterminer si cette vente a été faite sous la contrainte. Étant donné la nature hautement symbolique et spirituelle des wampums, il est raisonnable d’estimer que les ventes n’ont pas été faites en l’absence totale de contrainte.
Le mode de collecte et la source précise sont rarement clairement indiqué ni la source précise. Les objets ont souvent été vendus sans l’autorisation de la communauté ou des chefs, ce qui pourrait rendre la légitimité de la transaction discutable aujourd’hui.
Un des motifs expliquant la vente de ces objets serait le changement du mode de propriété qui est passé progressivement, entre la fin du 19e et le début du 20e siècle, du domaine collectif et national à la sphère individuelle et familiale.
On sait que certains wampums ont été légués ou vendus afin de bénéficier de meilleures conditions de conservation, particulièrement aux États-Unis. Craignant leur dispersion éventuelle ou leur lente destruction, certains chefs ont placé leurs wampums dans des universités ou des musées nationaux qu’ils ont officiellement nommés les «gardiens des wampums».
Est-ce que les wampums ont été réalisés seulement par les communautés autochtones?
Les wampums ne sont pas uniquement d’origine autochtone. Certains d’entre eux ont été produits et offerts par les Britanniques et les Français lors d’échanges avec les communautés autochtones. Pour en savoir plus, consultez l’article L’usage des colliers de wampum par les Européens, écrit par Jonathan Lainey sur le blogue du Musée McCord Stewart.
Ce contenu sur les wampums est tiré du matériel produit par le Musée McCord Stewart en marge de de l'exposition Wampum : perles de diplomatie, présentée de 2023 à 2024. Cette exposition a été développée et coproduite avec le Musée du quai Branly – Jacques Chirac à Paris.
Pour en découvrir davantage les cultures autochtones, visitez l'exposition Voix autochtones d'aujourd'hui – Savoir, trauma, résilience à l'affiche présentement au Musée McCord Stewart



