Aller à la navigation Aller au contenu
Duceppe
Entrevue

Quatre questions pour Audrey Murray

9 mars 2026

Sous un angle à la fois personnel et professionnel, nous vous proposons une série de courts portraits afin de mettre en lumière sept membres du comité d’honneur de la prochaine soirée-bénéfice qui se tiendra le 15 avril 2026.

Au fil des mêmes quatre questions et avec une passion sincère, ils et elles ont accepté de nous parler de leur engagement, mais aussi de générosité et de culture. Voici ce que nous a confié…

Audrey Murray, présidente-directrice générale de la Commission de la construction du Québec, présidente du CA de Duceppe

Quel geste de générosité vous a récemment touchée ?

C’est la générosité d’investissement dont ont fait preuve les 21 femmes derrière la dernière levée de fonds de Duceppe, qui frôlait les 700 000 $. Elles y ont mis leur temps et leurs convictions, elles ont mobilisé leurs réseaux. Aussi, ça prenait du courage, parce que plusieurs d’entre elles ne s’étaient jamais engagées dans un événement comme celui-là. J’avais envie de les mettre de l’avant, tout comme Sarah-Émilie Bouchard, qui a piloté cette levée de fonds — la plus importante de l’histoire de la compagnie à ce jour. Bien sûr, le succès de la soirée, c’est aussi attribuable au spectacle Janette qui était présenté aux donateurs et donatrices, mais je tenais à souligner cette générosité ancrée dans l’investissement de soi et dans le fait de le faire ensemble.

Quelle œuvre — un tableau, un livre, une chanson, un spectacle… — vous accompagne depuis longtemps ?

D’abord, il y a l’ouvrage Flore laurentienne du frère Marie-Victorin. Pour moi, l’art, c’est la rencontre entre la beauté et la connaissance. C’est approfondir, mieux se comprendre. J’ai une pratique artistique d’herbier depuis 25 ans, puis une pratique botanique. Flore laurentienne est une œuvre d’art essentielle parce qu’elle répond à tous ces critères. Elle met des images sur la beauté, puis elle nous aide à la reconnaître au gré de nos promenades, si on le souhaite. De plus, elle investit le champ de la connaissance et suscite une prise de conscience sur notre interaction avec la nature, sur le lien que nous avons avec elle. C’est un ouvrage déterminant dans ma vie, ça fait 20 ans que je le fréquente.

Il y a aussi une œuvre photographique d’Éliane Escoffier qui m’habite, avec laquelle je vis. C’est La chouette (photo), tirée de sa série Nightlife, qui était dans la fiducie du Mont Pinacle. Une œuvre extérieure que l’on a installée près de notre maison. L’artiste a placé plusieurs caméras et pris des milliers de photos de la nature pendant la nuit. Elle en a ensuite sélectionné une dizaine, dont cette chouette incroyable qui, pour moi, est un ancrage dans mon rapport à la nature, dans la force du lien que nous avons avec elle. C’est une photo où l’oiseau est complètement dans son mouvement, un moment saisi.

La chouette d’Éliane Escoffier
La chouette, d’Éliane Escoffier

Quel souvenir personnel vous a convaincue que la culture pouvait transformer une vie ? 

Il y a la première fois que j’ai vu mon amoureux, Jean-François Casabonne, jouer au théâtre. C’était dans Ubu roi. Là, je remonte très loin dans le temps ! Pour moi, qui viens d’une famille peu éduquée, je n’ai pas beaucoup fréquenté la littérature. Quand j’ai rencontré cet univers-là, j’ai compris qu’il y avait d’autres mondes possibles. J’ai été propulsée dans une liberté d’imaginer des choses. Ubu roi, ç’a été vraiment fondateur, d’autant que j’ai un parcours en sciences politiques et en droit. Toute la question de l’exercice du pouvoir et de l’importance d’y garder un œil critique — même satirique — parce que, sinon, il devient totalitariste, ça m’a marquée.

Puis, récemment, j’ai vu le film Hamnet, un chef-d’œuvre sur la puissance de l’art, justement. On y voit, dans l’intimité, presque se résoudre le deuil d’une mère à travers la force du théâtre, qui vient l’aider à comprendre ce qui s’est passé en elle. Je pense aussi à Pas perdus | documentaires scéniques, une création d’Anaïs Barbeau-Lavalette et d’Émile Proulx-Cloutier, une œuvre visionnaire et contemporaine, la plus puissante que j’ai vue dans les dix dernières années sur qui nous sommes comme nation. Enfin, un moment de catharsis collectif cette saison chez Duceppe : Corps fantômes. Afin de se rappeler le pouvoir que nous avons quand nous nous mettons ensemble, quand nos voix sont multiples et que nous tenons bon. Aujourd’hui, on est souvent dans la division, dans l’impuissance pour plein de bonnes ou de mauvaises raisons. Voici donc des œuvres très éclairantes.

Qu’est-ce qui vous a amenée à vous impliquer en siégeant au comité d’honneur de la prochaine soirée-bénéfice de Duceppe, pourquoi cette cause compte-t-elle pour vous ?

Parce que je suis convaincue que l’art transforme le monde. Plus que jamais, il est important que l’on arrive à trouver ce qui nous lie les uns les autres, et il est essentiel que je puisse mettre des énergies afin d’aider les arts vivants à continuer de jouer leur rôle. C’est ça, la motivation principale. Puis, évidemment, je trouve que Duceppe le fait d’une façon puissante et pertinente, avec une capacité à créer l’événement et à s’adresser à un public large et diversifié. C’est pourquoi je m’investis tant auprès de Duceppe.

Audrey Murray est présidente-directrice générale de la Commission de la construction du Québec depuis 2023. Gestionnaire reconnue pour son leadership mobilisateur, elle a auparavant été sous-ministre du Tourisme du Québec et présidente de la Commission des partenaires du marché du travail. Forte d’une expertise en gouvernance, en politiques publiques et en transformation organisationnelle, elle a piloté plusieurs réformes majeures touchant l’emploi, l’innovation et le développement durable. Audrey Murray siège notamment au conseil d’administration de la Caisse de dépôt et placement et de Tourisme Montréal. Très engagée dans le milieu culturel, elle préside le CA de Duceppe et est vice-présidente de la Fondation Duceppe. Juriste de formation, Audrey Murray est membre du Barreau du Québec.


Propos recueillis par Isabelle Desaulniers.

Participez à la soirée-bénéfice annuelle de Duceppe qui aura lieu le 15 avril 2026.