
Les référendums au Québec au XXe siècle: enjeux et contextes
13 janvier 2026
Au XXe siècle, quatre référendums — de la vente d’alcool en 1919 aux grandes questions constitutionnelles et identitaires de 1980, 1992 et 1995 — ont marqué le Québec en forçant la société à trancher sur des enjeux qui dépassaient largement la question posée. Ces scrutins révèlent un même fil conducteur: derrière un OUI ou un NON, il y a toujours un contexte, des tensions, des blessures politiques et une idée de l’avenir qui divise autant qu’elle rassemble. C’est précisément ce que fait résonner Un nouveau jour de Jean-Philippe Baril Guérard, présenté chez Duceppe du 30 avril au 10 mai 2026. Cet article propose un survol des référendums québécois du XXe siècle, de leurs enjeux et du climat qui les a façonnés — pour mieux comprendre pourquoi, trente ans après 1995, la question est toujours d'actualité.
Rédaction: Élisabeth Dumont, La Bordée
Un référendum est une consultation populaire au cours de laquelle les citoyen·nes sont appelé·es à voter sur une question précise, souvent liée à des enjeux politiques ou constitutionnels majeurs. Au cours du XXe siècle, le Québec a tenu quatre référendums nationaux:
1919
Sur la vente de bières, cidres et vins légers.

1980
Sur le mandat de négocier la souveraineté-association avec le gouvernement canadien.
1992
Sur le renouvellement de la Constitution canadienne à partir de l’entente de Charlottetown. Bien que ce référendum ait eu lieu partout au Canada, «au Québec, cette consultation populaire s’est tenue selon la législation québécoise» (source 1).
1995
Sur l’accession du Québec à la souveraineté, accompagnée d’un partenariat avec le reste du Canada.
Des blessures constitutionnelles: Meech et la Nuit des longs couteaux
Deux événements marquants ont précédé le référendum de 1995 et ont contribué à raviver le nationalisme québécois:
La Nuit des longs couteaux (1981)
Lors des négociations sur le rapatriement de la Constitution, le Québec est exclu d’un accord final conclu sans son consentement. Cette nuit-là, les autres provinces et le gouvernement fédéral s’entendent en l’absence du Québec, ce qui est perçu comme une trahison politique. Comme le souligne Patrick J. Boyer, «le Québec n’a jamais signé la Constitution de 1982». (source 1)

Les Accords du lac Meech (1987-1990)
Ces accords visaient à réintégrer le Québec dans le giron constitutionnel en reconnaissant son caractère distinct. Leur échec en 1990, notamment à cause du refus de certaines provinces de ratifier l’accord, est vécu comme un rejet de l’identité québécoise. Selon Gerald L. Gall, «l’échec de Meech a ravivé le nationalisme québécois et renforcé le mouvement souverainiste». (source 3).

Le référendum de 1995: Un choix historique
Dans ce climat de désillusion constitutionnelle, le Parti Québécois dirigé par Jacques Parizeau lance un nouveau référendum sur la souveraineté. À Ottawa, le Bloc Québécois, fondé par Lucien Bouchard, devient l’opposition officielle au gouvernement Chrétien, incarnant les intérêts souverainistes au niveau fédéral.
Le 30 octobre 1995, le scrutin est extrêmement serré: 50,58% pour le NON, 49,42% pour le OUI. Ce résultat reflète une société québécoise profondément divisée, mais aussi mobilisée autour de son avenir politique.
Trente ans plus tard, cette question flotte toujours dans le cœur des québécois.

Sources:
1. Assemblée nationale du Québec, l’action nationale no 5, mai 1998, Boyer, Patrick J.
2. Alloprof.qc.ca
3. Référendum du Québec (1995), Gerald L. Gall, L’encyclopédie canadienne, 21 août 2013



