Aller à la navigation Aller au contenu
Duceppe
Accompagnement pédagogique

Accompagnement pédagogique — 24 poses (portraits)

21 août 2026

Plusieurs élèves assisteront bientôt à la pièce 24 poses (portraits). Nous proposons donc aux enseignant·es des pistes de réflexion et questions à aborder avec nos jeunes spectateur·ices.

Télécharger le matériel en PDF

Idéation et rédaction: Paméla Dumont

MISE EN CONTEXTE

Aujourd’hui, Richard a 40 ans. Toute la famille Dubé est réunie dans la cour arrière de son bungalow pour fêter ça. On admire la nouvelle tondeuse à gazon, on ressasse les mêmes anecdotes, on s’obstine sur des détails insignifiants et on va chercher le Kodak pour immortaliser le moment (avec la tondeuse, évidemment). Nicole a sorti la nappe de plastique et les chips, André répète ses jokes plates que personne ne comprend, Carole parade dans sa robe neuve, et on rit des parents qui se sont encore ramassés dans le Vieux-Québec en montant. Tout le monde parle sans arrêt et en même temps. Mais sous ce joyeux bourdonnement, un drame se joue, presque invisible pour le moment… Et au milieu de ce chaos comico-tragique émerge le portrait d’une famille québécoise comme tant d’autres, avec ses non-dits, ses sous-entendus… et ses «pas-entendus-du-tout».

On doit à Guylaine Tremblay, qui avait participé à la création de 24 poses (portraits) en 1999, l’idée de remonter cette œuvre phare de la dramaturgie québécoise contemporaine. Sous la direction de la metteuse en scène Édith Patenaude, la comédienne se retrouve cette fois dans le rôle de Claire, la mère, tandis que Martin Drainville est Denis, le père. Le duo incarne les forces tranquilles d’un clan aux archétypes reconnaissables, mais jamais caricaturaux, aux côtés d’une brochette d’interprètes choisi·es pour leur capacité à livrer le langage hyper réaliste et rythmé de Serge Boucher. Avec sa voix unique, précise et percutante, l’auteur des séries télévisées Aveux, Apparences et Feux sait capter la fragilité du quotidien et la beauté imparfaite des relations familiales. Dans 24 poses (portraits), il dessine avec tendresse un tableau vivant, franchement drôle et émouvant d’une famille aimante, mais maladroite, où tous et toutes peuvent se reconnaître.

«J’aime penser à 24 poses (portraits) comme à un Tchekhov québécois. C’est que Serge Boucher fait palpiter des drames sourds sous l’apparente banalité d’échanges légers ; il rend aussi magnétiques que bouleversantes les tragédies et les joies ordinaires. Quand le texte m’a été proposé, j’y ai aussitôt reconnu ma propre famille, notre amour maladroit et nos anecdotes mille fois racontées, ressassées pour consolider notre mythologie secrète. À l’abri du spectaculaire et sous couvert d’une joyeuse cacophonie, 24 poses observe avec acuité et tendresse notre condition humaine, c’est-à-dire notre solitude fondamentale, aussi aimante soit notre famille.»
Édith Patenaude

DISCUSSION AVANT LE SPECTACLE

Nous vous invitons à choisir parmi les questions et activités ci-dessous celles qui sont les plus susceptibles d’activer la réflexion de vos élèves face aux thématiques et à la forme de la pièce. Pour cet échange préparatoire, vous n’avez pas besoin d’être expert·e du spectacle. Vous pouvez adopter une posture de co-création avec vos élèves, en réfléchissant collectivement aux questions proposées et en rappelant qu’au théâtre, il n’y a pas de réponses justes ou fausses, mais plutôt des points de vue et des perceptions à explorer. L’objectif est de préparer les élèves à accueillir l’expérience artistique avec ouverture et sensibilité.

IDÉES D'ACTIVITÉS

Activité #1

Entrer dans l’univers de 24 poses

1) Lisez, avec votre groupe, la première didascalie du texte de Serge Boucher.
ACTE 1 : UNE BELLE JOURNÉE
Lumières. Dans la cour arrière d’un bungalow, Richard reçoit sa famille à l’occasion de son anniversaire. Aujourd’hui, 10 août, il a quarante ans. À l’exception de François, tous les invités sont arrivés. C’est le début de l’après-midi, il fait beau. Ça parle fort. Trop fort. C’est créé par un mouvement naturel. Les voix s’entrecroisent, s’entrechoquent. Lorsqu’ils sont en famille, le volume des voix monte. Pour masquer un certain malaise, celui du début de toute rencontre familiale. Ils sortent tous de la maison, groupés. Ça fait peut-être une dizaine de minutes que la visite est arrivée. Ils n’ont pas encore pris leur aise.
2) Relevez les détails descriptifs de la scène d’entrée qui informent sur l’ambiance.
3) Répondez aux questions suivantes :
  • Comment définir le small talk?
  • Et comment pourrait-on traduire cette expression en français?

  • Quelle est l’utilité de ce type de bavardage?
  • Sur une échelle de 1 à 10, à quel point appréciez-vous ce type de socialisation, et pourquoi?

  • Que peut dissimuler ce type de conversation?

4) Toujours à partir de la didascalie d’introduction, imaginez ce à quoi pourrait ressembler le plateau : décor, accessoires, costumes, etc.?

Activité #2

Une époque en arrière-plan

Partie I - Bilan d’une année : 2026

Quand on fait le bilan d’une année de vie, celui-ci est souvent constitué d’anecdotes comme d’événements importants de notre parcours, mais aussi de l’actualité avec ses faits divers et de nouvelles qui ont fait sensation.

1) En équipe de 2 personnes, identifiez des événements ou des éléments qui vous ont marqué·es en 2026 jusqu’à présent. Variez vos exemples selon les catégories suivantes :

Événements personnels

  • Une anecdote de vie;

  • Un échec ou une perte, une réussite ou un gain;

  • Un élément de beauté, un élément de laideur.

Événements de société

  • Un fait divers;

  • Une nouvelle d’importance dans la société.

2) Revenez en grand groupe et faites un retour avec les questions suivantes:
  • Selon vous, pourquoi nous arrive-t-il de parler du malheur des autres et des nouvelles tragiques? Qu’y gagne-t-on?

  • Qu’est-ce que ça représente pour vous, «réussir» votre vie?

Partie II - Ouverture vers le passé: 1997

1) En grand groupe, imaginer l’époque de la pièce, dans ses similitudes et différences avec aujourd’hui:
  • À quoi pouvait ressembler la vie en 1997?

  • En quoi une famille peut-elle être une métonymie de la société?

Compléments

Le coût de la vie revient constamment dans la pièce de Boucher. Pour mieux saisir ce qu’était la classe moyenne québécoise il y a trente ans, ainsi que la place du bungalow comme symbole de sa réussite sociale, vous pouvez consulter l’article du Blogue de Duceppe: Derrière la maison, toute une histoire: l'évolution du bungalow québécois.

Prise en 1960 sur la rue Claude-Dauzat, dans le secteur de la rue des Îles-Percées à Boucherville, cette photo représente un bungalow typique de l’époque et du quartier. Photo : François Lebarbé, Société du patrimoine de Boucherville

Activité #3

Portraits

Partie I - La famille

Affiche de la reprise de la création (CTDA 1999) en 2001 chez Duceppe

1) Si vous preniez une photo Polaroid de votre famille lors de retrouvailles, à quoi ressemblerait ce portrait capturé sur le vif?

2) Rédigez un court texte descriptif en élaborant sur l’ambiance de la photo, la posture des différentes personnes qui s’y trouveraient, le sourire ou non des gens selon leur personnalité et l’effet de surprise. Quelles sont les actions suspendues de chacun·e? Quelle est l’ambiance générale? Quels sont les rituels accomplis durant cette soirée? Quelle est la filiation entre chacune des personnes?
3) Présentez certains des portraits et discutez en grand groupe des questions suivantes:
  • En quoi la famille de quelqu’un·e peut résonner avec celle de plusieurs autres?

  • Qu’est-ce qui s’avère universel dans la famille?


4) Lire l’épigraphe choisi par Serge Boucher pour son texte dramatique:
«Nos parents sont les seules personnes au monde pour lesquelles jamais je ne ménagerai rien. Si je deviens quelque chose ce sera l'œuvre de leurs mains. Ce sont des gens merveilleux. À lui seul, l’amour sans limite qu’ils portent à leurs enfants les place au-dessus de tout éloge et voile tous leurs défauts que peut provoquer une vie ingrate.»
  • Anton Tchekhov, dramaturge russe du XIXe siècle

  • Comment cette citation résonne-t-elle ou non avec votre perception de la famille?

Artiste: Sylvie Lajoie

Partie II - Autoportrait

«Ça va être le fun! Avec ça, on va avoir hâte à Noël!Ça prend pas grand-chose des fois.»
- Carole, 24 poses (portraits)
1) En groupe, répondez à la question suivante :
  • Qu’est-ce qui vous apporte de la joie, de la satisfaction sans que l’argent y soit nécessaire

2) Transcrivez les réponses au tableau afin de créer une fresque collective de toutes les petites joies abordables de votre groupe! Photographiez-la pour pouvoir y revenir plus tard!

Activité #4

RÉFÉRENCES

1) Créez des équipes de 4 à 5 personnes et attribuez à chacune une référence du spectacle à explorer.

Quant à l’histoire :

  • Marie-Soleil Tougas

  • Artistes: Renée Martel, Marie King

  • Lutteurs québécois: Géant Ferré, Famille Vachon, Famille Rougeau

Quant aux artistes :

  • Serge Boucher

  • Édith Patenaude

  • Certain·e·s des acteur·ice·s: Guylaine Tremblay, Martin Drainville

2) Chaque équipe présente le fruit de sa recherche au reste de la classe, permettant ainsi de créer un imaginaire collectif autour de l’œuvre et de son contexte.

DISCUSSION POST SPECTACLE

Il peut être judicieux de faire des liens avec les échanges et activités réalisés en amont. Vous pouvez revenir sur certaines questions préalables et observer comment les perceptions ont évolué. L’objectif est d’approfondir votre expérience par le partage de vos observations, de vos réflexions et de vos ressentis.

En grand groupe, faites un retour en mode conversationnel en encourageant les élèves à approfondir leur raisonnement par des exemples concrets:

  • Avez-vous reconnu des similarités avec vos familles? Lesquelles?

  • Quel personnage vous a le plus touché, pourquoi?

  • Que vous ont inspiré les moments de transition musicale?
    • Qu'apportent ces pauses de dialogue et le choix du piano comme instrument?

  • Qu’est-il arrivé au personnage de Roger?
    • Quels signes précurseurs avez-vous remarqués? (Dépression, misère, performance de la masculinité, discussions fréquentes sur la mort, etc.)

    • Comment ces signes ont-ils été perçus — ou non — par son entourage?

    • Que pensez-vous de la réplique d’André: «T’es ben quand t’es mort, t’es paisible.»?

  • Quelles sont les ressources d’aide quant à la détresse psychologique?
    • SUICIDE.CA

    • 1-866-APPELLE

    • Le centre de crise de ma région

    • TEL-JEUNES

  • Est-ce 24 poses (portraits) vous fait penser à d’autres œuvres ou d’autres artistes? Si oui, lesquel·les et pourquoi? (Ex.: Michel Tremblay, Rue Duplessis, Anton Tchekhov, etc.)

Il est tout à fait possible de réaliser certaines activités de la section «Avant le spectacle» après la représentation, en adaptant leur angle d’approche et en approfondissant les thématiques. L’expérience théâtrale peut devenir un moteur de création pour les élèves; il est donc tout à fait légitime de modifier l’ordre des activités selon les besoins du groupe.