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Qui a peur de Virginia Woolf?

texte d’Edward Albee
mise en scène de Serge Denoncourt 
traduction de Michel Tremblay

avec Maude Guérin, Normand D’AmourKim Despatis et François-Xavier Dufour

Si tu ne hurles pas, personne ne croira que tu as mal.  – Henry de Montherlant

Deux heures du matin, un couple bien nanti revient à la maison après une soirée bien arrosée. Tels deux fauves en cage, aux crocs plus qu’acérés, ils se livreront à un carnage psychologique, à une guerre de pouvoir à finir, jusqu’à l’aube. Afin de nourrir davantage leur soif de violence et de sensations fortes, ils accueilleront un jeune couple qui leur servira de pantin afin de mieux assouvir leur volonté de dominer et d’humilier l’autre. Qui a peur de Virginia Woolf?, un psychodrame captivant qui pose une question cruciale: Qui a peur de vivre une vie sans illusion?

La pièce culte d’Edward Albee, d’une grande force dramatique, propose un portrait vitrio­lique de la bourgeoisie américaine et de ses hypo­crisies sociales et conjugales. Des dialogues de haute voltige où on ne distingue plus le vrai du faux. Une descente aux enfers cruelle et violente.

Distribution des rôles

Maude Guérin : Martha
Normand D’Amour : George
Kim Despatis : Honey
François-Xavier Dufour : Nick

Collaborateurs

Décor : Guillaume Lord
Costumes : François Barbeau
Éclairages : Étienne Boucher
Conception sonore : Nicolas Basque
Accessoires : Normand Blais
Assistance à la mise en scène : Suzanne Crocker

Dans les médias

Texte

Edward Albee

Né à Washington en 1928 de parents inconnus, Edward Albee est adopté, à peine deux semaines après sa naissance, par Reed Albee, un magnat du spectacle qui lui donne son nom. Après un passage à l’académie militaire de Valley Force, puis dans d’autres écoles dont il est chaque fois renvoyé, il rompt avec sa famille à 20 ans et s’installe à Greenwich Village. C’est là, après avoir écrit des poèmes et multiplié les petits métiers, qu’il signe sa première pièce Zoo Story. On est en 1959.Proche de Tennessee Williams, Pinter, Ionesco et Beckett, Edward Albee propose un regard sans complaisance et d’une causticité féroce sur la société américaine. Figure marquante du théâtre de l’absurde aux États-Unis, il repoussera les frontières de la dramaturgie américaine. Tennessee Williams aimait d’ailleurs rappeler qu’Albee « est probablement le seul grand dramaturge que nous ayons jamais eu en Amérique »!En 1962, sa pièce Qui a peur de Virginia Woolf? lui vaut une notoriété internationale. Couronnée de plusieurs distinctions, elle sera jouée pas moins de quinze mois à Broadway, avant de faire le tour du monde et d’être adaptée au cinéma en 1965 par Mike Nichols. Richard Burton et Elizabeth Taylor y seront inoubliables. On lui doit aussi Sandbox (1960), The Death of Bessie Smith (1960), The American Dream (1960), Tiny Alice (1964), A Delicate Balance (1966), Everything in the Garden (1967), Quotations from Chairman Mao Tse Tung (1970), Seascape (1975), Counting the Ways (1977), Listening (1977) et The Lady from Dubuque (1980).Après une éclipse de plusieurs années, le dramaturge renoue avec le succès grâce à Three Tall Women, créée à Broadway en 1991. Plusieurs autres pièces suivront entre 1993 et 2007 : Fragments, The Play about the Baby, The Goat or Who Is Sylvia, Occupant, Peter and Jerry et, finalement, Me, Myself and I.Trois prix Pulitzer (A Delicate Balance, Seascape, Three Tall Women) et deux Tony Awards (Who’s Afraid of Virginia Woolf? et The Goat or Who Is Sylvia? ) comptent au nombre des multiples prix décernés aux œuvres d’Albee.En 1996, il reçoit des mains du président Clinton le prix Kennedy Center Lifetime Achievement. Il est le quatrième dramaturge à récolter cet honneur après Tennessee Williams, Arthur Miller et Neil Simon. Il recevait en 2005 le Special Tony Award for Lifetime Achievement et en 2011 la prestigieuse Edward MacDowell Medal for Lifetime Achievement.

Mise en scène

Serge Denoncourt

Depuis maintenant près de trente ans, Serge Denoncourt réalise, année après année, un travail créatif hors du commun. Tchekhov, Molière, Brecht, Miller, Goldoni, Williams, mais aussi Michel Tremblay et Michel Marc Bouchard, Denoncourt a signé des mises en scène marquantes, des plus grandes œuvres d’ici comme d’ailleurs. Chez DUCEPPE, on se rappellera Le Chemin des Passes-Dangereuses de Michel Marc Bouchard, La Grande Magia d’Eduardo de Filippo, Rien à voir avec les rossignols de Tennessee Williams, Une journée particulière d’Ettore Scola, L’Habilleur de Ronald Harwood et La Leçon d’histoire d’Alan Bennett.Remarquables également, Je suis une mouette (non ce n’est pas ça), une coproduction Théâtre de Quat’Sous et du Théâtre de l’Opsis qu’il a conçu et mise en scène en 1999 ainsi que La Cerisaie de Tchekhov, une coproduction du Théâtre de l’Opsis et du TNM. Depuis 2000, il a signé la conception et la mise en scène de plusieurs spectacles d’Arturo Brachetti et en 2002, il recevait le Masque du public Loto-Québec pour son travail pour Les Feluettes de Michel Marc Bouchard présentée à l’Espace GO. En 2008, il réalise pour le Cirque du Soleil un spectacle mettant en vedette l’illusionniste Criss Angel à Las Vegas. Il signera ensuite le fabuleux Fragments de mensonges inutiles de Michel Tremblay chez DUCEPPE.Il dirige, en 2010, Le blues d’la métropole, une comédie musicale d’après l’œuvre du groupe Beau Dommage et met en scène Il Campiello de Goldoni pour le Théâtre de l’Opsis. En 2011, il présente GRUBB (Gypsy Roma Urban Balkan Beats) , un spectacle musical qu’il a créé avec une vingtaine de jeunes Roms serbes; une aventure humanitaire et artistique unanimement saluée. Il réalise aussi son Projet Andromaque à l’Espace GO, puis revient chez DUCEPPE pour créer L’Oratorio de Noël de Michel Tremblay.En 2012 et 2013, en plus d’amener Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges de Tremblay chez DUCEPPE, il y dirige Le Diable rouge d’Antoine Rault et signe la création de Christine, la reine-garçon de Michel Marc Bouchard au TNM.Lors de la saison 2013-2014, il monte Rouge de John Logan au Théâtre du Rideau Vert, s’attaque au Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand au TNM et met en scène le Komedy Majik Cho des Productions Juste pour rire. Finalement, au printemps 2014 chez DUCEPPE, il ancre avec brio Les Liaisons dangereuses de Christopher Hampton à l’époque New Look de Dior… Les projets s’accumulent pour Serge Denoncourt; les réussites tout autant.

Vidéos

Critiques et commentaires

« Alors que Maude Guérin est fascinante de vulgarité aussi bien que de vulnérabilité, Normand D’Amour glisse adroitement de l’apathie à la fureur. » Christian Saint-Pierre, Le Devoir

« L’acteur [Normand D’Amour] est extraordinaire. Il nous laisse sans cesse voir la faille sous la colère, la blessure sous le cynisme de son personnage. » Luc Boulanger, La Presse

« Le metteur en scène Serge Denoncourt ne pouvait trouver meilleure comédienne que Maude Guérin pour interpréter la terrible Martha (…) » Louise Bourbonnais, Journal de Montréal 

« Kim Despatis et François-Xavier Dufour, dans les rôles de faire-valoir du couple infernal, drôles et pitoyables, s’avèrent d’une innocence touchante. » Michel Vaïs, Revue JEU

« Normand D’Amour est vraiment brillant. »
Catherine Pogonat, Dessine-moi un dimanche

« L’exercice virtuose auquel s’adonnent Maude Guérin et Normand D’Amour pendant un peu plus de 2 h 30 est jouissif » Sara Thibault, Pieuvre.ca 

Mot du directeur artistique

La nuit des longs couteaux

Ce soir, je suis fébrile à l’idée de vous offrir un des plus célèbres classiques du théâtre américain, une pièce culte : Qui a peur de Virginia Woolf?, dans une mise en scène de Serge Denoncourt.

Voici George et Martha, un couple bien nanti, deux fauves en cage qui reviennent d’une soirée bien arrosée, et qui vont se livrer devant témoins à un véritable carnage psychologique, à une guerre sans merci qui durera jusqu’à l’aube, un combat où tous les coups sont permis.

L’auteur nous trace ici avec violence le portrait vitriolique d’une certaine bourgeoisie américaine aux prises avec ses hypocrisies sociales et conjugales.

La question fondamentale est alors posée : avons-nous peur de vivre une vie dénuée d’illusions? Que faire quand ces illusions sont mises en pièces, quand le miroir éclate juste après nous avoir renvoyé le troublant reflet de notre fragilité? À chacun de nous de répondre avec franchise à cette question embarrassante.

Miller a raison : « Le théâtre peut nous aider à se sentir moins seuls » !

Bonne soirée,

Michel Dumont

Mot du metteur en scène

Il y a, chez l’humain, tous les humains, une part de lumière. Une lumière qui nous absout de tout, qui nous grandit et nous aide à survivre. Mais le théâtre se nourrit peu de cette lumière. Il s’en méfie et ne souhaite pas la fréquenter. Le théâtre préfère la pénombre, les contre-jours, le manteau de la nuit.

Alors, il y a chez l’être humain cette part d’ombre. Cet endroit dangereux et périlleux que nous évitons, que nous fuyons, qui nous épuise. Cette douleur continuelle et enfouie qui se terre en nous et qui nous ronge lentement. Ce malaise installé quelque part en nous et qui ne guérit jamais. Rien n’y fait. Même l’amour ne suffit pas. Cette douleur est là, originelle, inévitable, intime. Dans la vie, notre vie, on la cache, on la gère, on la dompte.

Au théâtre…

Au théâtre on la cultive comme une plante rare, on la dévoile comme une pierre précieuse. On la cajole, on en prend soin.

Cette douleur est la nourriture du théâtre. Son vivier, son habitat naturel. Et chez Edward Albee, cela devient un chef-d’œuvre, une magnifique danse macabre, un jeu de massacre sublime.

C’est cette souffrance qui fait les grands moments de théâtre et c’est ce rendez-vous que nous propose Qui a peur de Virginia Woolf? Une soirée complète avec le mal de vivre, la violence, la douleur, l’amour destructeur, la mort.

Qui a dit que le théâtre devait divertir.

Bienvenue dans le ring, dans l’arène, dans le jeu sans pitié du vrai et du faux.

Tentez, comme Maude, Normand, Kim, François-Xavier et moi, d’apprendre à aimer Martha, George, Nick et Honey.

Ne jugez pas et pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu’ils font.

Merci à Michel Dumont et à La Compagnie Jean Duceppe de m’avoir permis de fréquenter cette œuvre immense. Merci à vous d’être fidèles au rendez-vous.

Serge Denoncourt

Mise en contexte

Qui a peur de virginia Woolf? : Une mémorable nuit blanche chez Georges et Martha

Qui a peur de Virginia Woolf? offre très certainement la plus inoubliable, la plus perverse et la plus complexe des scènes de ménage du théâtre américain contemporain! Mais c’est au cinéma que plusieurs spectateurs feront la connaissance des personnages de Martha et George, sous les traits d’un autre couple mythique — bien réel celui-là! — que formaient les acteurs Elizabeth Taylor et Richard Burton.

« Vous êtes cordialement invités chez George et Martha pour une soirée de plaisir. » Voilà le texte de l’affiche originale du célèbre long-métrage noir et blanc de Mike Nichols qui, en 1966, avec ses jurons bien envoyés et sa sexualité explicite, va plus loin que n’importe quelles autres productions des grands studios hollywoodiens. On y voit l’actrice aux yeux violets y livrer une performance magistrale, d’ailleurs récompensée d’un Oscar. Quant à son mari Richard Burton, qu’elle a épousé – et divorcé – à deux reprises, il y est tout aussi remarquable avec sa composition d’un George tout en retenue et en justesse. Raflant cinq convoitées statuettes à la cérémonie de 1967, le film de Nichols récolte pas moins de treize nominations, figurant parmi les plus sélectionnés de l’histoire des Oscars.

Mais, Qui a peur de Virginia Woolf? est avant tout une pièce de théâtre du dramaturge américain Edward Albee; celle qui lui vaut une notoriété internationale. Présentée pour la première fois à Broadway, le 12 octobre 1962 au Billy Rose Theater, elle reçoit de nombreuses distinctions, dont le Tony Award et le New York Drama Critics’ Circle Award de la meilleure pièce de théâtre en 1963. Elle est également sélectionnée pour un prestigieux prix Pulitzer. Cependant les thèmes abordés, sexuels notamment, lui valent d’être exclue de la course. Mais Edward Albee aura sa revanche! On l’a gratifié, à ce jour, de pas moins de trois Pulitzer : pour Delicate Balance (1967), Seascape (1975) et Three Tall Women (1994).

Ingmar Bergman à Stockholm, Franco Zeffirelli à Paris, les plus grands metteurs en scène se sont attaqués à cette œuvre majeure d’Albee. Aussi, de nombreuses traductions et adaptations sont présentées sur les scènes du monde entier, dont plusieurs en français; de la première de Jan Cau à Paris en 1964, à celle de Pierre Laville parue en 1996 chez Actes Sud-Papiers, sans oublier celle que signe « notre » Michel Tremblay dont voici un extrait…

MARTHA — Ha, ha, ha, HA! Sers-moi donc un autre verre, Casanova.

GEORGE (prenant le verre) Doux Jésus, t’es capable d’en prendre, hein?

MARTHA (imitant une petite fille) L’ai soif!

GEORGE — Jésus-Christ!

MARTHA(montrant son verre) De toute façon, mon beau, tu vas rouler sous la table bien avant moi n’importe quand!

GEORGE — Martha, ça fait longtemps que je t’ai concédé la victoire, ma belle. Y’a pas un seul prix d’abomination que tu…

MARTHA — J’te jure, si t’existais vraiment, là, j’te divorcerais…

GEORGE — Pour le moment, essaie juste de te tenir debout sur tes jambes. Après tout, ces gens-là sont tes invités et…

MARTHA — J’arrive même pas à te voir… ça fait des années que j’arrive plus à te voir, tellement t’es…

GEORGE — Bon, si t’es au bord de perdre connaissance ou de devenir aveugle, là…

MARTHA — Fais pas semblant de ne pas comprendre… T’es un zéro… une nullité…

GEORGE — Et essaie de garder tes vêtements, pour une fois… T’es pitoyable à voir quand t’as un coup dans le nez et que tu relèves ta jupe par-dessus ta tête…

MARTHA — … un beau gros zéro…

On sonne à la porte.

MARTHA – Party! Party!

 

Une question à…

… l’actrice Maude Guérin, qui incarne Martha :

Martha est l’un des rôles de la dramaturgie et du cinéma contemporains parmi les plus marquants. Comment avez-vous approché ce personnage tout aussi complexe que célèbre?

« Lorsqu’on fait face à un personnage comme celui-là, je crois qu’il faut le démystifier et, au contraire, l’aborder très simplement! Pour moi, un nouveau personnage, c’est une nouvelle rencontre, alors je le laisse venir à moi… je l’apprivoise tranquillement et je me rends compte qu’instinctivement, les premières couleurs qui ressortent du personnage à la première lecture de la pièce, sont celles que je dois suivre!

Il est très important de ne pas juger ce couple qui semble très instable émotivement, mais d’essayer de comprendre ce qui les pousse à se détruire ainsi. Bizarrement, je m’amuse comme une petite folle à jouer Martha et surtout, je suis totalement en confiance de travailler avec Serge Denoncourt qui est un grand directeur d’acteurs et qui ne tient pas pour acquises mes années de métier. On recommence à zéro… ensemble, comme si on n’avait jamais fait ce métier-là!

Comme un auteur qui se retrouve devant une page blanche. À chaque nouveau projet, c’est comme une première fois. C’est extrêmement excitant! »

… l’acteur Normand D’Amour, qui incarne George :

Martha et George se livrent sans relâche à une joute verbale à la fois cruelle et passionnelle. Comment avez-vous abordé cette partition particulièrement éreintante d’Edward Albee?

« Comme j’aborde tous les autres rôles auxquels je suis confronté, c’est-à-dire avec beaucoup de travail. J’apprends d’abord mon texte, encore et encore. Celui de Qui a peur de Virginia Woolf? est cependant particulier pour moi, parce qu’il me rappelle une relation que j’ai eue, moi-même. Je m’inspire donc de ma propre histoire afin d’arriver à donner mes répliques de la façon la plus forte et la plus juste possible.

Je me souviens que cette relation avait failli me détruire. C’est uniquement en m’en sortant que j’ai pu enfin revivre et avoir la belle vie que j’ai aujourd’hui. Si Martha et George s’écoutaient, je pense qu’ils pourraient s’échapper de cette relation. Mais, il faut penser qu’on est dans les années 60 et que le divorce n’est pas très bien vu, surtout dans un petit milieu universitaire.

Alors ces gens-là créent des choses autour d’eux qui sont évidemment irréelles, afin de pouvoir passer au travers de cette réalité qui est très, très difficile. Et ils s’endurent jusqu’à la fin… probablement! »

D’où vient le titre?

Faisant allusion à la romancière anglaise Virginia Woolf, le titre Qui a peur de Virginia Woolf? est en fait un clin d’œil à la chanson Who’s Afraid of the Big Bad Wolf extraite du dessin animé de 1933 de Disney, Three Little Pigs (Les trois petits cochons). Devenue pour l’occasion Who’s Afraid of Virginia Woolf?, voilà une ritournelle récurrente tout au long de la pièce que les acteurs devront toutefois fredonner sur une mélodie différente de l’originale – celle de la chanson Here We Go Round the Mulberry Bush, chanson folklorique du domaine public –, Disney ayant refusé de donner son accord!