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Peter et Alice

texte de John Logan
mise en scène de Hugo Bélanger
traduction de Maryse Warda

avec Béatrice Picard, Carl PoliquinFélix Beaulieu-DuchesneauMarie-Ève Milot, Éric PaulhusSébastien René et Jean-Guy Viau

Chaque fois qu’un enfant dit : « Je ne crois pas aux fées », il y a quelque part une petite fée qui meurt. – James Barrie

Les années 30. Dans une librairie de Londres, une vieille dame et un jeune homme se rencontrent. Qu’ont-ils en commun? Ils ont inspiré, lorsqu’ils étaient enfants, les auteurs des personnages célèbres d’Alice au pays des merveilles et de Peter Pan. Un héritage lourd qui laisse des traces à tout jamais dans la vie de ces deux êtres fragilisés par les icônes qu’ils ont représentées. Contre leur gré, leurs destins auront été chamboulés par des auteurs qui ont mis leur enfance sous une cloche de verre afin de garder intacts leur pureté et leur innocence.

Fasciné par la réelle rencontre de ces deux muses, l’auteur américain John Logan a ima­giné ce qu’ils se sont raconté. Lequel a souffert le plus du rapport étrange que les auteurs eurent avec leur héros? La sagesse de l’âge permettra-t-elle une résilience et une délivrance salutaire? Peter et Alice, une fable qui explore avec délicatesse le sort des enfants qui deviennent des faire-valoir et qui ont à vivre toute leur vie dans l’ombre de personnages mythiques.

Distribution des rôles

Béatrice Picard : Alice Liddell Hargreaves
Carl Poliquin : Peter Llewelyn Davies
Félix Beaulieu-Duchesneau : Lewis Carroll (Révérend Dodson)
Marie-Ève Milot : Alice au pays des merveilles
Éric Paulhus : Arthur Davies, Reginald Hargreaves, Michael Davies
Sébastien René : Peter Pan
Jean-Guy Viau : James Barrie

Collaborateurs

Décor : Geneviève Lizotte
Costumes : Patrice Charbonneau-Brunelle
Éclairages : Luc Prairie
Musique : Patrice d’Aragon
Accessoires : Normand Blais
Assistance à la mise en scène : Audrey Lamontagne et Guillaume Cyr

Dans les médias

Critiques

« La scénographie est éblouissante … La mise en scène est efficace, bien rythmée et espiègle … On ne peut qu’applaudir à tout rompre les interprètes de soutien … et s’agenouiller devant l’énergie, la justesse et la grâce de Béatrice Picard. La comédienne y brille ici de tous ses feux. »
Mario Cloutier, La Presse

« …une construction irréprochable d’un point de vue dramaturgique … un jeu de miroirs fascinant … La distribution est impeccable. Béatrice Picard est fort émouvante… »
Christian Saint-Pierre, revuejeu.org

« Belle surprise en ce début de saison chez Duceppe : Peter et Alice avec l’étonnante Béatrice Picard et ses 85 ans bien sonnés. Ce spectacle vient nous surprendre en plein là où on ne l’attendait pas. Bravo»
Sylvain Ménard, Journal Métro

« Béatrice Picard est admirable, gouleyante, vive… Belle performance à voir. »
Francine Grimaldi, Samedi et rien d’autre, ICI Radio-Canada Première

« C’est une très bonne pièce que nous propose là le Théâtre Jean Duceppe… doigté et intelligence … Béatrice Picard est sensationnelle en Alice. »
Marie-Claire Girard, Huffington Post Québec

Texte

John Logan

« J’ai aimé écrire Skyfall , mais le théâtre est mon univers […] J’ai toujours aimé les films, mais quand je me réveille le matin, je suis toujours un dramaturge. Hollywood n’est pas mon univers. Mon univers, c’est le théâtre », disait John Logan à un journaliste du Telegraph en 2013, lors de la création à Londres au Noël Coward Theatre d’Alice and Peter par la Michael Grandage Company.Le dramaturge, scénariste et producteur américain John Logan est né en 1961 en Californie. Au début des années 80, il déménage à Chicago et, délaissant son rêve de devenir acteur, il choisit d’écrire. Jeune dramaturge, on salue aussitôt son talent avec Never the Sinner écrite en 1985 — Logan n’a que 23 ans — et Hauptmann. Cette dernière porte sur l’enlèvement de l’enfant Lindberg alors que Never the Sinner relate un évènement que plusieurs observateurs nommeront « le crime du siècle » aux États-Unis; celui de deux étudiants brillants et aisés, Richard Loeb et Nathan Leopold, qui kidnappent et assassinent un jeune garçon, sans mobile. Cette pièce de Logan sera présentée chez DUCEPPE en 2001, sous le titre Les Oiseaux de proie.En 2009, John Logan propose Red, une pièce sur le peintre expressionniste Mark Rothko qui sera l’objet de plus de 200 productions aux États-Unis et sera présentée dans plus de 30 pays, récoltant au passage de très nombreuses récompenses; les prix Tony, Drama Desk, Outer Critics' Circle et Drama League Awards se succèdent. De plus en 2014, Peter and Alice fut mis en nomination pour le Laurence Oliver Award de la meilleure pièce. En 2013, outre Peter and Alice avec Judi Dench and Ben Whishaw dans les rôles principaux, il présentait sur Broadway, le solo comique et biographique I'll Eat You Last : A Chat with Sue Mengers, avec Bette Midler. En tout, on doit à John Logan une douzaine de textes pour le théâtre.Le très prolifique auteur est également connu mondialement pour son œuvre au cinéma. Sélectionné trois fois pour un Oscar (pour les scénarios de Gladiator, The Aviator et Hugo), il a travaillé avec les plus grands réalisateurs dont Spielberg, Scott, Scorsese, Stone, Burton et Mendes. Lauréat des prix les plus prestigieux, on lui doit les scénarios d’innombrables succès cinématographiques. Apparaissent aussi à son impressionnante filmographie : Skyfall, Star Trek : Nemesis, The Last Samurai et RKO 281. Il signe également le téléfilm Citizen Welles, récompensé du Writers Guild of America Award. John Logan écrit actuellement les scripts des deux prochains films de James Bond.Dernière mise à jour: août 2014.

Mise en scène

Hugo Bélanger

Hugo Bélanger, à qui le Cirque du Soleil vient de confier la mise en scène de son premier spectacle permanent en Chine, faisait son entrée chez DUCEPPE en 2014 avec Peter et Alice de John Logan. Puis, au printemps 2017, ce créateur d’une inventivité artistique sans limites montait avec succès le classique Harold et Maude de Colin Higgins. On le retrouve avec bonheur cette saison alors qu’il crée l’adaptation théâtrale de Simon Stephens du best-seller international de Mark Haddon, Le bizarre incident du chien pendant la nuit.Directeur artistique et metteur en scène du Théâtre Tout à Trac depuis 1998, Hugo Bélanger cumule les succès et les créations d’envergure. En 2013, les éditions Gallimard et la Bibliothèque nationale du Québec le choisissent pour faire la mise en lecture du Petit Prince dans le cadre des célébrations entourant le 70e anniversaire du personnage en Amérique. L’année 2014 marque ses débuts à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal avec Hansel et Gretel à la Salle Wilfrid-Pelletier et il monte aussi, au Théâtre du Nouveau Monde, Le tour du monde en 80 jours de Jules Verne. La pièce récoltera trois prix Gascon-Roux.C’est avec L’Oiseau vert, commedia dell’arte..., créée en 2004 par le Théâtre Tout à Trac, que le milieu théâtral québécois découvre son travail et celui de sa compagnie de théâtre tout public. L’année suivante, La Princesse Turandot, qu’il adapte et met en scène, remporte douze Prix du public remis par le Théâtre Denise-Pelletier, le Masque de la meilleure adaptation, en plus d’être nommée dans cinq autres catégories. En 2008, Hugo Bélanger propose une relecture d’Alice au pays des merveilles, une première création jeune public. Premier spectacle canadien à être présenté au Royaume de Bahreïn, il a aussi été présenté en Chine et voyage, encore aujourd’hui, aux quatre coins du monde. Comptant à ce jour plus de 450 représentations, cette production reçoit le prix Acadie-RIDEAU en 2008 et est sélectionnée pour le convoité Prix de la critique en 2010. Hugo Bélanger monte également trois productions pour le théâtre de La Roulotte qui ont toutes battu des records d’assistance !Enseignant à l’occasion dans les grandes écoles de théâtre, il donne aussi des formations de jeu masqué aux acteurs et aux circassiens professionnels. À la demande du Cirque du Soleil, il signe la mise en scène du spectacle d’ouverture du pavillon du Canada lors de l’Exposition universelle de Shanghai en 2010. L’année suivante, il crée le grandiose MÜNCHHAUSEN, les machineries de l’imaginaire qui récolte sept Prix du public du Théâtre Denise-Pelletier. En 2012, Hugo Bélanger présente à la Place des Arts le spectacle jeunesse Pinocchio, lauréat en 2016 du prix de la meilleure tournée au Canada et aux États-Unis décerné par le Conseil des arts et des lettres du Québec. Il signe également la mise en scène de Beethoven habite à l’étage de l’OSM présenté à la Maison symphonique de Montréal.Photo : Isabel Rancier

Vidéos

Critiques et commentaires

 

Peter Davies vs Peter Pan

L’œuvre

« Tous les enfants, hormis un seul, grandissent. » Ainsi débute Peter Pan ou le garçon qui ne voulait pas grandir, l’œuvre la plus célèbre de J. M. Barrie. Cette pièce de théâtre, créée en 1904, sera suivie du roman Peter et Wendy, édité pour la première fois en 1911.

L’histoire de ce petit garçon frondeur qui refuse de grandir marque depuis sa création des générations d’enfants et de plus grands. Beaucoup ont fait la connaissance de ce fameux Peter Pan qui, un jour, rend visite à Wendy Darling au cœur de Londres et l’entraîne, en compagnie de ses frères, dans le pays imaginaire de Neverland. C’est là-bas qu’ils retrouvent la fée Clochette, les enfants perdus et l’ennemi juré de Peter : le capitaine Crochet!

En 1953, le film d’animation de Walt Disney a fixé dans l’imaginaire collectif l’image d’un gamin espiègle, coiffé d’un chapeau à plume et vêtu de vert, occultant ainsi le personnage — beaucoup plus sombre — créé par Barrie en 1902, qui apparaît pour la première fois dans le livre The Little White Bird.

L’histoire de Peter Pan n’est pas seulement un récit fantaisiste; la mort, la souffrance et l’abandon sont des thèmes-clés dans l’univers de cet inoubliable petit garçon.

Son créateur

Écrivain et dramaturge, James Matthew Barrie est né en 1860 en Écosse. Après des études à l’Université d’Édimbourg, il travaille comme journaliste et publie son premier roman, Better Dead, en 1887. Barrie connaîtra un certain succès avec la fiction et écrira ensuite pour le théâtre.

À la fin des années 1890, voilà une rencontre décisive : celle des cinq frères Llewelyn Davies, petits garçons qui allaient lui inspirer Peter Pan. Barrie n’eut pas d’enfants, mais deviendra en 1910, après la mort de leurs parents, le tuteur des cinq fils Llewelyn Davies, alors âgés de 7 à 17 ans. Cette période de la vie de l’auteur est d’ailleurs retracée dans le film de 2004,Neverland.

Après Peter Pan, Barrie continue à écrire plusieurs œuvres, parfois sombres, destinées aux adultes dont The Twelve-Pound Look (1910) et Half an Hour (1913). Sa dernière pièce majeure, Mary Rose, a été produite en 1920.

En 1929, il lègue tous les droits d’auteur de Peter Pan au Great Ormond Street Hospital, un hôpital pour enfants londonien. J. M. Barrie est décédé d’une pneumonie le 19 juin 1937.

L’inspiration

Peter Llewelyn Davies est né le 25 février 1897. Il était le troisième des cinq fils d’Arthur et Sylvia Llewelyn Davies. Malgré lui, Peter est identifié publiquement par l’auteur J. M. Barrie comme étant la source du nom du personnage-titre de Peter Pan ou le garçon qui ne voulait pas grandir. Il a vécu sans jamais pouvoir échapper au célèbre personnage et à son histoire qu’il a tristement nommée « that terrible masterpiece », cet horrible chef-d’œuvre.

Son père, Arthur Llewelyn Davies, mourut d’un cancer en 1907; sa mère, Sylvia, le rejoint en 1910. J. M. Barrie devint alors le tuteur des cinq enfants. Il traitera Peter et ses quatre frères, George, Jack, Michael et Nicholas, comme ses fils, pourvoyant largement aux besoins de subsistance et d’éducation des garçons avec, entre autres, les revenus de sa pièce Peter Pan.

Trois des fils Llewelyn Davies connurent un destin tragique. George fut tué en 1915 pendant la Première Guerre mondiale et Michael se noya en 1921. Quant à Peter, devenu éditeur (Peter Davies Publishing), il se suicida à la suite d’une grave dépression nerveuse, se jetant sous la rame du métro de la station Sloane Square à Londres, le 5 avril 1960. Il était âgé de 63 ans. Les journaux firent les grands titres de « la mort de Peter Pan »…

Alice Liddell vs Alice au pays des merveilles

L’œuvre

Depuis sa parution en 1865, Les Aventures d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll fait l’objet d’innombrables adaptations; du classique d’animation de Walt Disney en 1951 au récent film du réalisateur Tim Burton en 2010. Ce récit fabuleux, prenant le parti de l’enfance et de la folie, est un véritable pied de nez à la rationalité ou à la logique.

Qui ne se souvient pas du fameux « Je suis en retard, en retard, en retard! » du Lapin blanc que la petite Alice suivra dans son terrier. Elle sera alors parachutée dans un monde étrange et onirique, aux antipodes du sien. Le bizarre y est norme, l’absurde y est maître. Le Chapelier fou, le Chat du Cheshire, la Reine de cœur et bien d’autres personnages mémorables peuplent cet univers incomparable, à la fois poétique, fantastique et comique.

Son créateur

Lewis Carroll (de son vrai nom Charles Lutwidge Dodgson) est un écrivain, photographe et mathématicien britannique. Il est né en 1832 au sein d’une famille de onze enfants dont deux seulement se marieront. Tous sont gauchers, comme lui, et sept d’entre eux bégaient, Charles y compris!

Diplômé en mathématiques de l’Université d’Oxford, il enseigne au Christ Church College à Oxford, dont le doyen est Henry Liddell. Au printemps 1856, il se rend dans le jardin du doyen pour photographier la cathédrale. Il y trouve trois fillettes Liddell, dont Alice, sa future inspiratrice. Elles seront ses modèles et, rapidement, il devient un photographe réputé.

Les Aventures d’Alice au pays des merveilles (1865) est né des histoires qu’il racontait à la petite Alice Liddell et à ses deux sœurs. La suite, intitulée De l’autre côté du miroir, paraît en 1872. Parmi ses autres œuvres qui connurent le succès, nommons le poème satirique La Chasse au Snark (1876) et Sylvie et Bruno (en deux parties, 1889 et 1893), troisième et dernier roman de Carroll.

Lewis Carroll est mort le 14 janvier 1898.

La muse

Jusqu’à sa mort en 1934 à l’âge de 82 ans, Alice Liddell Hargreaves a dû vivre avec le fardeau d’être connue dans le monde entier comme Alice au pays des merveilles. Quatrième de dix enfants, elle est née à Westminster le 4 mai 1852. Alice et ses deux sœurs furent une véritable fascination pour Charles Dodgson, ami de la famille, connu sous son nom de plume : Lewis Carroll. Elles écoutent régulièrement ses captivants récits et, lors d’un voyage en bateau sur la Tamise à l’été 1862, Carroll commence l’histoire d’Alice et de ses aventures de l’autre côté du miroir. Cette fois, la fillette se retrouve au centre du conte et Alice Liddell se souviendrait toute sa vie de cet après-midi.

Le 30 juin 1863, sa famille part vivre à Llandudno et sa relation d’amitié avec Carroll cessera. La jeune femme devient une artiste d’une grande sensibilité, épaulée par le fameux John Ruskin. On lui prêtera une liaison avec le prince Leopold, fils de la reine Victoria, mais, le 15 septembre 1880, c’est Reginald Hargreaves qu’elle épouse à l’abbaye de Westminster. Ils ont trois fils : Alan Knyveton, Leopold Reginald (tous deux décédés tragiquement lors de la Première Guerre mondiale) et Caryl.

En 1928, faisant face à des difficultés financières, elle doit se résoudre à mettre aux enchères l’exemplaire que Carroll lui a offert d’Alice’s Adventures under Ground. Il sera acheté chez Sotheby’s pour la somme — record pour l’époque — de 15 400 livres sterling.

Peu avant sa mort, en décembre 1933, Alice Liddell Hargreaves assistera à la projection du film Alice in Wonderland réalisé par la Paramount Pictures.

Mot du directeur artistique

À la recherche d’une jeunesse perdue

En 1930, dans une librairie de Londres, une dame âgée et un jeune homme se rencontrent. Jusqu’ici rien de bien original, me direz-vous… sauf si l’on sait que la dame a été durant son enfance l’inspiration qui a donné naissance au personnage d’Alice au pays des merveilles, alors que le jeune homme, lui, a été le modèle du célèbre Peter Pan!

Saint-Exupéry disait que « nous sommes de notre enfance comme d’un pays ». Mais que se passe-t-il dans notre vie quand cette enfance nous a été littéralement volée?

En imaginant cette rencontre extraordinaire, John Logan explore avec délicatesse le sort de ces enfants qui ont dû vivre toute leur vie d’adulte dans l’ombre de personnages qui sont devenus mythiques.

Non, le passé n’est pas toujours garant de l’avenir. Que faire alors? Vivre malgré tout? Assumer? S’en délivrer? Mais comment?

Ce soir, en compagnie d’Hugo Bélanger et de ses interprètes, vous allez entreprendre une traversée du miroir vertigineuse à la recherche d’une jeunesse perdue.

Bon théâtre.

Michel Dumont

Mot du metteur en scène

« Dans cent ans, plus personne ne se souviendra d’Alice Hargreaves. Mais personne n’oubliera jamais Alice au pays des merveilles… Maintenant, dites-moi, laquelle est la plus réelle? »
Peter et Alice

Peter Llewelyn Davies et Alice Liddell Hargreaves n’ont rien fait qui fut réellement extraordinaire.

Ils n’ont pas écrit de grands romans.
Ils n’ont pas révolutionné la science.
Ils ne se sont pas lancés en politique.
Ils ont simplement vécu.
Comme vous et moi.

Mais ces deux personnes « ordinaires » ont eu la chance et la malchance d’avoir côtoyé des auteurs de grand talent qui se sont inspirés d’eux pour créer des personnages mythiques.

Ils sont devenus célèbres malgré eux, sans l’avoir demandé ou rêvé, et ont dû subir les désavantages de cette « célébrité » sans vraiment en récolter les bénéfices. Toute leur vie a été parasitée par la plume et la présence de ces deux auteurs qui avaient, tous deux, une relation plutôt trouble avec l’enfance.

Comment affronter la vie lorsque notre enfance a été détournée et idéalisée par une œuvre artistique? Comment vivre lorsque l’on se sent moins réel qu’un personnage de fiction?

Et comme l’a si bien écrit Michel Tremblay dans Le vrai monde? : de quel droit, les auteurs s’emparent-t-ils de la vie des autres? Et, au bout du compte, qui des personnages ou des personnes sont « le vrai monde »?

Je voudrais remercier l’équipe de DUCEPPE de m’avoir accueilli dans leur famille théâtrale. Mes parents sont abonnés chez DUCEPPE depuis plus de 35 ans. Plusieurs de mes premières grandes expériences théâtrales ont eu lieu ici. C’est un grand honneur pour moi d’ouvrir cette 42e saison.

Bon spectacle.

Hugo Bélanger

Extrait de la pièce

PETER : Est-ce que ça vous lasse parfois?

ALICE : Quoi donc?

PETER : D’être Alice.

ALICE : J’ai horreur de vous décevoir, mais les gens m’ont oubliée. Aussi, je crains fort pour les perspectives commerciales de la Maison Davies, seriez-vous assez téméraire pour publier mes mémoires. Bien sûr, ils se souviennent d’elle. Mais de moi…?

PETER : Sauf votre respect, Madame, les gens n’ont pas oublié. […]

ALICE : Oui, temporairement… Mais […] dans votre quête de « vérité » littéraire, il doit vous arriver de tomber sur des histoires que vous auriez préféré ne pas raconter, pour la simple et bonne raison que les gens ne tiennent pas à entendre une vérité qui va à l’encontre des suppositions confortables qui leur sont si chères. C’est bien cela, le fardeau de la vérité, non?

PETER : Oui, mais –

ALICE : Voici un autre fardeau : la seule raison pour laquelle les gens se souviennent encore de moi en tant qu’Alice au Pays des Merveilles, c’est que j’ai décidé de vendre le manuscrit original. C’est ce geste qui m’a ramenée à l’avant-scène…. Mais savez-vous pourquoi j’ai vendu le manuscrit? Parce que j’avais besoin d’argent. Pour chauffer ma maison, Monsieur Davies…  Maintenant, dites-moi, est-ce bien cette Alice-là que les gens veulent connaître? Ou ne préfèrent-ils pas plutôt se souvenir de la petite fille blonde dans sa robe bleue, éternellement curieuse, extraordinairement téméraire, qui jamais ne change et jamais ne vieillit?

PETER : Mais nous vieillissons tous! … non? C’est l’histoire de notre vie : la seule vérité immuable et inéluctable. Le crocodile dans le lagon, l’iceberg à l’horizon, la mort qui nous attend au détour, tic-tac-tic-tac.

ALICE (l’interrompt) : Comment vous appelez-vous?

PETER : Peter Davies, madame.

ALICE : Votre nom au complet.

PETER : Peter Llewelyn Davies.

ALICE : PeterPan.

[…]

ALICE : Alice au Pays des Merveilles et Peter Pan. À nous deux, nous représentons presque toute une section pour enfants…