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Judy Garland, la fin d’une étoile

texte de Peter Quilter 
mise en scène de Michel Poirier 
traduction de Michel Dumont

avec Linda Sorgini, Roger La Rue et Éric Robidoux

Les immortels ne devraient jamais mourir.  – Doris Lussier

Nous sommes à Londres en 1968, la grande Judy Garland s’apprête à remonter sur scène pour une ultime série de spectacles. Âgée de 46 ans, elle est entourée de Mickey son der­nier mari et de son fidèle pianiste Anthony. Ils agissent en réels cerbères afin de protéger la star du monde intransigeant de la planète Hollywood, et surtout d’elle-même et de sa propre démesure. Malgré sa forte dépendance aux barbituriques et un passé parsemé d’abus de toutes sortes, elle reste droite, fière et veut offrir au public une dernière chance de l’acclamer, coûte que coûte. On est bien loin de l’adolescente qui incarna Dorothy dans le célèbre film, Le Magicien d’Oz.

La pièce de Peter Quilter permet une réelle incursion dans l’intimité de cette battante, de cette femme courageuse, mais aussi fragile et instable. Un drame musical qui témoigne de la splendeur et de la vulnérabilité d’une des plus grandes stars américaines qui a connu un destin des plus foudroyants.

Distribution des rôles

Linda Sorgini : Judy Garland
Roger La Rue : Anthony
Éric Robidoux : Mickey

Collaborateurs

Décor : Olivier Landreville
Costumes : Pierre-Guy Lapointe
Éclairages : Lucie Bazzo
Musique : Christian Thomas
Accessoires : Normand Blais
Assistance à la mise en scène : Geneviève Lagacé

 

Entrevues

Texte

Peter Quilter

Peter Quilter a écrit plus d’une douzaine de textes pour le théâtre, traduits en 30 langues et présentés dans 40 pays. Ses spectacles ont été joués et applaudis dans les théâtres des six continents.Né à Colchester, en Angleterre, diplômé honorifique de la Leeds University, il fut d’abord acteur et présentateur de télévision à la BBC. Il se tournera vers l’écriture à la fin des années 1980. « J’ai réalisé que j’étais plus doué pour l’écriture que pour le jeu. J’ai donc commencé à écrire plus et à jouer moins », lancera Quilter lors d’une entrevue dans le programme de Glorious! au Calgary Theater, en 2006.Ainsi, il entreprendra sa carrière d’auteur dans le quartier Greenwich de Londres avec une comédie pour personnages féminins exclusivement, Respecting Your Piers. Une adaptation musicale d’une nouvelle d’Oscar Wilde, The Canterville Ghost suivra. Il fera ensuite ses débuts dans le fameux West End à Londres avec Boyband, une comédie sur l’industrie de la musique pop.Peter Quilter immigrera vers les Îles Canaries en 2004. Ses nouvelles terres semblent des plus inspirantes puisqu’en six mois, cette année-là, il écrira deux de ses pièces les plus célèbres : End of the Rainbow et Glorious!.En effet, en 2005, il connaît son premier succès international avec End of the Rainbow (Judy Garland, la fin d’une étoile, une traduction de Michel Dumont chez DUCEPPE). Ce drame musical qui relate les dernières semaines de la vie de l’actrice et chanteuse Judy Garland fut lancé en grande première à l’Opéra de Sydney; il y sera présenté trois mois à guichets fermés. La production londonienne au théâtre Trafalgar Studios tiendra l’affiche six mois en 2011 et recevra quatre nominations aux Laurence Olivier Awards dont « Best New Play ». Aussi, End of the Rainbow sera jouée 176 fois sur Broadway en 2012 et sera gratifiée de trois nominations aux Tony Awards.Autre succès majeur de Quilter, la pièce Glorious! (La Casta Flore, une traduction de Daniel Roussel présentée chez DUCEPPE en 2008) qui porte sur Florence Foster Jenkins. Figure culte des années 1930 et 1940 aux États-Unis, on dit qu’elle était probablement la pire chanteuse de la planète! La pièce créée au Duchess Theatre de Londres y tiendra l’affiche six mois consécutifs en 2006 et sera mise en nomination pour le Laurence Olivier Award dans la catégorie « Best New Comedy ».Glorious! et End of the Rainbow sont toujours présentées à travers le monde.

Mise en scène

Michel Poirier

MichelPoirier_wAu printemps 2016, Michel Poirier signait la mise en scène d’une version mémorable de la pièce Encore une fois, si vous permettez de Michel Tremblay présentée chez DUCEPPE. Après une première tournée triomphale à l’hiver 2017, la pièce repartira pour une deuxième tournée cet automne avec Guylaine Tremblay et Henri Chassé, deux acteurs que Michel Poirier retrouve avec joie dans la toute nouvelle pièce de Tremblay, Enfant insignifiant !, créée cette saison.Le metteur en scène n’en est pas à ses premières armes chez DUCEPPE. En plus de monter Nos femmes d’Éric Assous la saison dernière, il était à la barre de Faits pour s’aimer de Joseph Bologna et Renée Taylor en 2008, Match de Stephen Belber en 2011, La Vénus au vison de David Ives en 2013 et Judy Garland, la fin d’une étoile de Peter Quilter en 2015.Intense, chaleureux et exigeant, acteur et metteur en scène, Michel Poirier aborde toujours ses personnages avec une extrême rigueur. En plus de vingt ans de métier, il a laissé sa marque dans de nombreux théâtres : Théâtre de l’Opsis, Théâtre Beaumont St-Michel, Théâtre de Rougemont, Théâtre du Chenal-du-Moine, Théâtre du Nouveau Monde, Théâtre d’Aujourd’hui et le Théâtre Sainte-Adèle.Au Théâtre Beaumont St-Michel, Michel Poirier a signé, l’été dernier, l’adaptation et la mise en scène de la comédie Le Concierge, d’Éric Assous. Ce fut un succès retentissant. Près de 29 000 spectateurs y ont assisté. La pièce sera maintenant présentée à Québec, en février et mars 2018 ainsi qu’à Saint-Jérôme l’été prochain.Pour ce théâtre de Saint-Michel-de-Bellechasse, il a par ailleurs monté Faits pour s’aimer (2006), Sacrée Famille (2007), Le Gars de Québec (2008), La cousine Germaine (2009), Coco Chatel (2010), À la recherche d’Elvis (2011), Femme cherche homme désespérément (2012), Adieu, je reste ! (2013), Mon beau-père est une princesse (2014) et La nuit sera chaude (2015), qui soulignait les 40 ans du théâtre.Au fil des années, son talent d’acteur a aussi fait la joie du public de DUCEPPE qui l’a vu évoluer dans La Maison suspendue de Michel Tremblay, Sainte Jeanne de Bernard Shaw, Ivanov de Tchekhov, Après la chute d’Arthur Miller, Le nombril du monde d’Yves Desgagnés, Mambo Italiano de Steve Galluccio ainsi que dans Petit déjeuner compris de Christine Reverho.Il faut aussi signaler la présence de Michel Poirier au petit écran (Scoop, La Maison Deschênes, Ent’Cadieux, Les Machos ou L’Auberge du chien noir) depuis maintenant trente ans, lui qui incarnait Mathieu dans Le cœur découvert de Michel Tremblay, en 1987 ! Il interprétait également Claude dans Le vrai monde ? et Serge dans Bonjour, là, bonjour de Tremblay, deux téléthéâtres diffusés aux Beaux Dimanches.(Crédit photo : Bernard Préfontaine)

Vidéos

Critiques et commentaires

« Linda Sorgini offre une performance étincelante dans le rôle de Judy Garland chez Duceppe. Jouer et chanter avec une telle intensité, comme elle le fait pendant près de deux heures, relève de l’exploit. »

« Soulignons à ce propos le travail de soutien de Christian Thomas à la direction musicale. Ce vétéran de la scène théâtrale dirige un petit orchestre qui sonne comme un grand. Et c’est rare de le faire, mais le travail technique de sonorisation mérite également une mention. »

« Linda Sorgini se donne entièrement, magnifiquement dans le rôle principal. Son interprétation d’une vedette construite dans la démesure hollywoodienne et ses qualités de chanteuse en transe, comme semblait l’être parfois Judy Garland, nous offre l’un des beaux moments de cette fin de saison théâtrale. »  Mario Cloutier, La Presse +

« Linda Sorgini a offert une performance spectaculaire lors de la première médiatique de Judy Garland, la fin d’un étoile, jeudi soir au Théâtre Duceppe. »
« La mise en scène de Michel Poirier est efficace et donne le ton juste au texte de l’auteur Peter Quilter.»  Louise Bourbonnais, Journal de Montréal

« Oui j’ai eu des frissons. […] J’ai pleuré oui. »
« C’est Michel Dumont qui fait l’adaptation québécoise et j’ai bien aimé le ton du texte. [Judy Garland] parle avec un accent québécois, mais ça représente bien l’américanité de Judy Garland et les personnages londoniens ont un français un peu plus franchouillard, ce qui représente bien justement l’Amérique et l’Europe. »
« Et formidable Linda Sorgini qui joue le personnage de Judy Garland. Elle a autant de feu que de bagou que de génie, de vulgarité, de désespoir dans son jeu. Elle chante très bien parce que Linda Sorgini doit chanter. Elle fait des bouts de spectacles carrément donc elle chante beaucoup sur scène. »
« Roger La Rue est assez grand acteur pour jouer de sobriété à côté de la star et laisser toute la lumière à Linda Sorgini. Il est vraiment très juste et très sobre. »  – Catherine Pogonat, Dessine-moi un dimanche, ICI Radio-Canada Première

« Je vous dirais que ça donne une pièce parfaitement réussie dans son genre. C’est à dire, une production qui s’adresse parfaitement au public à qui c’est présenté c’est-à-dire au public de Jean Duceppe, qui n’est pas nécessairement le même public qui va voir des show de Dave St-Pierre… »
« Si vous êtes comme moi, vous allez adorer ce spectacle-là. C’est une réussite totale dans ce genre de spectacle. D’une part pour l’immense talent de Linda Sorgini. Cette actrice-là est une des plus grandes actrices du Québec. (…) Linda Sorgini pourrait être une chanteuse. Sur scène elle est Judy Garland. Le même panache, le même charisme. Et elle est dirigée vraiment de main de maître par Michel Poirier qui signe une mise en scène brillante, très juste. C’est jamais appuyé. »
– Jean-Sébastien Girard, La soirée est (encore) jeune, ICI Radio-Canada Première

Extrait de la pièce

Judy saisit le premier objet qui lui tombe sous la main et le lance à travers la chambre.

Judy : Je vais vous expliquer quelque chose, les gars.  Dans ma vie, j’ai avalé et vomi plus de drogues que vous pourrez jamais imaginer.  Ce que je prends aujourd’hui, c’est rien… rien… comparé à ce que j’avalais à la maison : des amphétamines, des narcotiques, des uppers, des downers, des cocktails, de la benzédrine et de la dexédrine, tout ça accompagné d’une bonne rasade d’alcool.  Séconal, tuinal, tranquilisants, énergisants et ritalin!  Je pétais le feu!  Si on m’avait connecté des fils dans le cul, j’aurais pu éclairer tout Manhattan!… Et comment je me sentais après tout ça?  Bien droite!  Toujours debout au centre de la scène, les boys.  Debout, bien droite!

Anthony : Oui, mais pour combien de temps?

Judy : Aussi longtemps que le public l’exigeait!

Anthony décide de ne pas pousser plus loin la confrontation et sort doucement.

(À Mickey) T’es un homme attentif.  J’aime que tu te préoccupes de ma santé.  J’aime que tu me protèges comme tu le fais.  Mais des fois, il faut que tu me laisses m’occuper de moi-même.  J’y ai droit.

Elle tend la main mais Mickey ne bouge pas.

… Je sais ce que c’est l’enfer de la drogue.  J’y suis descendue une fois.  J’étais en ruine.  Mais y est pas question que ça arrive une autre fois.  J’ai juste besoin de mes pilules.  Sans pilules, y est pas question que je sorte d’ici, que j’aille à la radio ou que je fasse le show.  J’y arriverai jamais sans mes pilules.  J’ai besoin de ce petit coup de pouce-là.  Tu sais, je comprends très bien ce que tu viens de me dire.  Vraiment.  Et je te promets que ta Judy va se conduire comme une bonne fille.

Elle chante doucement pour lui.

« You maid me love you… I didn’t wanna do it… I didn’t wanna do it…!»

Doucement Mickey fait sortir une pilule de la bouteille.

Mickey : Juste une

Judy : … Juste une…

Mot du directeur artistique

La fin d’une immortelle

Nous sommes en 1968, à Londres, au moment où la célèbre Judy Garland, 46 ans, va donner une série de concerts dont elle ignore encore qu’ils seront les derniers de sa fabuleuse carrière.

Judy Garland, un personnage à l’ego démesuré, une femme d’exception, droite, fière, courageuse… une battante exceptionnelle.

Mais aussi, une idole aux pieds d’argile! On est bien loin ici de la petite Dorothy qui nous a tous émerveillés dans le célèbre Magicien d’Oz. L’étoile hollywoodienne va chanter son chant du cygne malgré la présence de son fiancé Mickey et de son pianiste préféré Anthony.

L’auteur, Peter Quilter, vous convie ce soir à une incursion magistrale dans l’intimité d’une grande dame, certes, mais combien fragile et instable, une femme vulnérable aux prises avec les démons de l’alcoolisme et de la drogue, mais qui tient coûte que coûte à offrir à son public l’occasion ultime de l’acclamer.

Ce drame musical témoigne de la splendeur et de la fragilité d’une des plus grands stars américaines au destin foudroyant.

Judy Garland, la fin d’une étoile, mais l’immortalité d’une voix inoubliable.

Bon théâtre.

Michel Dumont

Mot du metteur en scène

Nous savons tous que derrière la star planétaire qu’elle était et derrière l’aura de puissance et d’assurance qu’elle affichait, il y avait chez Judy Garland une enfant fragile. Fragile car maltraitée psychologiquement. Cette enfant meurtrie restera tapie au fond d’elle-même jusqu’à la fin de sa vie. L’auteur Peter Quilter fait d’ailleurs dire à son directeur musical pendant la pièce : « Nous traversons la vie comme des petits enfants. Chacun de nous prétend être un adulte, mais, intérieurement, nous savons que nous ne le sommes pas. »

Comme si la petite Dorothée qu’elle a interprétée à 17 ans dans le film Le Magicien d’Oz l’avait accompagnée toute sa vie jusqu’à sa mort tragique à 47 ans, à Londres, en 1969.

C’est d’ailleurs à Londres que se situe l’histoire que nous vous racontons ce soir. Déterminée à laisser une trace indélébile dans l’univers du show-business, mais consciente que la musique pop naissante est en train de bousculer à jamais l’époque du big band qu’elle incarne à elle seule, Judy Garland remonte sur la scène du mythique cabaret Talk of the Town de Londres pour son ultime concert.

Cette pièce m’a séduit dès la première lecture car la Judy Garland qui y est décrite, nous la connaissons sans la connaître. L’univers dans lequel elle évolue, cette culture américaine nous est familière car nous avons grandi avec elle. Ne dit-on pas de nous, les Québécois, que nous sommes des Américains qui parlons français?

Merci à Linda Sorgini, Roger La Rue et Éric Robidoux pour votre talent et l’immense confiance que vous m’accordez.

Merci à Michel Dumont et à La Compagnie Jean Duceppe de m’avoir offert Judy Garland. À mon tour, maintenant de vous l’offrir cher public.

Michel Poirier

Mise en contexte

Judy Garland, la naissance d’une étoile

« Je pense que les premières fois sont les meilleures! N’est-ce pas Robert Louis Stevenson qui disait que les premiers couchers de soleil, les premiers amours, toutes ces choses que nous voyons pour la première fois, toutes les premières expériences que nous avons, sont toujours les meilleures? Quoi qu’il en soit, je le pense. »
Judy Garland à Gladys Hall, Screenland, décembre 1940

Judy Garland est née Frances Ethel Gumm le 10 juin 1922 à Grand Rapids, dans l’État du Minnesota. Elle est la plus jeune des trois filles de Frank et Ethel Gumm, deux artistes de vaudeville. Propriétaires du seul théâtre du patelin, ils encouragent très tôt leurs trois enfants à chanter et à danser devant le public. Ainsi, entre deux projections cinématographiques, on présente les prestations musicales et théâtrales de la famille Gumm.

En décembre 1924, la petite Frances monte sur scène sans avertir – elle est âgée de 30 mois! – pour interpréter la chanson Jingle Bells. Elle vole la vedette. Après cinq couplets et quatre refrains, son père est contraint de la retirer de la scène… « Je veux encore chanter! », protestera la petite sous un tonnerre d’applaudissements. Frances Ethel Gumm semble manifestement née pour les feux de la rampe.

Avec ses sœurs Mary Jane et Virginia, Frances forme le trio The Gumm Sisters. Après un succès local, les trois jeunes filles participent régulièrement à des émissions radiophoniques. En 1934, The Gumm Sisters chantent à l’Oriental Theater à l’occasion de l’Exposition universelle de Chicago. George Jessel, célèbre acteur de vaudeville, est présent. Selon plusieurs témoignages, c’est lui qui suggéra aux sœurs Gumm de changer leur nom de famille pour Garland. L’année suivante, la benjamine choisira également un nouveau prénom emprunté de la chanson Judy d’Hoagy Carmichael. Judy Garland voit le jour.

Ses débuts à Hollywood

« Eh bien, quand j’ai tourné Le Magicien d’Oz, non seulement ai-je réellement vécu dans la Cité d’Émeraude, non seulement a-t-il fallu que je me pince tous les jours pour m’assurer que j’étais bien éveillée, que je ne rêvais pas, mais en plus Dorothy m’a fait remporter mon premier Oscar, celui de la meilleure interprétation par une jeune actrice! Et Mickey m’a présenté la statuette d’or. Mickey et la statuette semblaient nager, en raison des larmes dans mes yeux. »
Judy Garland à Gladys Hall, Screenland, janvier 1941

En 1935, à l’âge de 13 ans, Judy Garland auditionne devant le grand patron de la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM). Elle signe son premier contrat pour le cinéma : 100 $ par semaine, pour sept ans. Elle rejoint à la MGM les autres enfants vedettes de l’époque, dont Lana Turner, Mickey Rooney et Deanna Durbin.

À 15 ans, après avoir charmé les invités de l’acteur Clark Gable lors d’une fête donnée pour son 36e anniversaire, elle obtient un petit rôle dans le film The Broadway Melody of 1938 où elle interprète la chanson Dear Mr Gable, you made me love you.

Septembre 1938, voilà le début du tournage du film qui deviendra l’un des plus vus de l’histoire et qui la consacrera au firmament hollywoodien : The Wizard of Oz. Elle y incarne Dorothy Gale, rôle d’abord destiné à Shirley Temple. Paru en 1939, le film musical de Victor Fleming est unanimement acclamé et Judy Garland, 17 ans, est désormais célèbre. Elle y chante l’inoubliable Over the Rainbow et remportera pour ce rôle l’Oscar spécial de la meilleure jeune actrice de l’année.

Nouvelle étoile de la MGM

« Je sais maintenant que c’est une erreur, pour la plupart d’entre nous, d’atteindre le succès trop rapidement. Je sais qu’il vaut mieux y aller lentement et sûrement, je sais que c’est bon pour nous de recevoir quelques coups sur le menton. »
Judy Garland à Gladys Hall, Silver Screen, novembre 1942

La nouvelle étoile multiplie les premiers rôles au grand écran. Le duo qu’elle forme avec son ami Mickey Rooney devient le couple chéri des comédies musicales. On les retrouvera ensemble dans huit films, de Babes in Arms (Place au rythme — 1939) à Words and Music (Ma vie est une chanson — 1948).

En 1940, Judy Garland est l’une des dix vedettes les plus populaires du box-office américain; la seule autre femme figurant à ce palmarès est Bette Davis. Judy tourne jusqu’à trois films par année, et c’est à cette époque qu’elle devient toxicomane. Depuis quelque temps déjà, elle avale les pilules que sa mère lui donne afin de couper son appétit et stopper les fluctuations de son poids. Mais la situation s’aggrave lorsqu’elle se voit prescrire des amphétamines pour mieux supporter les innombrables heures de tournage auxquelles elle est soumise. Devenue insomniaque, elle doit ajouter au cocktail les barbituriques qui l’aideront à trouver le sommeil. Sa santé se dégrade rapidement.

Malgré tout, les succès défilent : For Me and My Gal (1942) qui marque son premier rôle « adulte », Meet Me in St. Louis (Le Chant du Missouri — 1944), Easter Parade (Parade de printemps — 1948). Elle joue, chante et danse aux côtés de prodigieux partenaires tels que Gene Kelly et Fred Astaire.

Cependant, les ennuis de santé de Judy Garland s’aggraveront. Épuisée, elle multiplie les sautes d’humeur, les retards, les absences. Malgré cela, la MGM enchaîne les tournages. De plus en plus sujette aux dépressions nerveuses, elle passe trois mois dans une clinique de Boston[], avant de tourner son dernier film à la MGM, Summer Stock (La Jolie Fermière 1950). Sa dépendance à l’alcool et aux médicaments la rendant ingérable, le studio met fin à son contrat. Elle est âgée de 28 ans.

Une route éprouvante jusqu’à l’arc-en-ciel

« J’ai toujours pris Le Magicien d’Oz très au sérieux, vous savez. Je crois en cette idée de l’arc-en-ciel. Et j’ai passé toute ma vie à essayer de le franchir. »
Judy Garland, source inconnue

Toujours en 1950, en cette année difficile, une sévère dépression la mène à une tentative de suicide.[] Elle se relève et accepte une offre du Palladium de Londres. Elle s’y produira – même si ça la terrifie – pour 20 000 $ par semaine. Elle est criblée de dettes. La salle londonienne affiche complet tous les soirs.

Suivra une série de concerts au Palace de New York où elle battra tous les records aux guichets pendant 19 semaines. En avril 1952, elle donne un concert avec le Los Angeles Philharmonic devant un parterre de célébrités, parmi lesquelles se trouve le patron de la MGM, L. B. Mayer. On dit qu’il pleurait quand Judy a interprété Over the Rainbow

Judy Garland est de retour sur les rails, malgré ses problèmes de dépression, de consommation de médicaments et d’alcool qui subsistent.

En 1954, on la retrouve au grand écran, dans une production de la Warner Bros, A Star is Born (Une étoile est née). Le film obtient un énorme succès critique et public. Pour son rôle de Vicki Lester, elle recevra un Golden Globe. Également nommée aux Oscars, elle verra la statuette remise à Grace Kelly, à la surprise générale. Ses tournées sur scène se poursuivent, et elle triomphe au Carnegie Hall en 1961. L’album Judy At Carnegie Hall y sera enregistré. Ses ventes atteindront le million de dollars.

La fin d’une étoile

« Une femme a besoin de se raccrocher à plus qu’à des applaudissements. C’est trop superficiel, trop frustrant, trop démoralisant de vivre uniquement pour les applaudissements, comme je l’ai souvent fait dans le passé, pour tenter d’y puiser force et sécurité. Ça fonctionne pendant un certain temps – mais seulement un certain temps. Parce que, tard dans la nuit, lorsque les spectateurs sont tous rentrés chez eux, les applaudissements deviennent un écho vide, et ce n’est pas si agréable. Et puis, même l’écho meurt. Et tu es toute seule. Et effrayée. Et morte de peur. »
Judy Garland à Clive Hirschhorn, Sunday Express (Londres), 16 janvier 1969[i]

La fragilité de sa santé physique et mentale, les batailles contre ses dépendances et les détails de sa vie privée font sans relâche les gros titres des journaux.

Dans les années 60, elle ne tourne que trois films, dont Judgement at Nuremberg (Jugement à Nuremberg — 1961) qui lui vaut une nomination aux Oscars et aux Golden Globes pour le meilleur second rôle féminin.[] En 1963, présenté sur les ondes de la CBS, The Judy Garland Show ne dure qu’une saison, malgré une réception critique favorable.

 

Le 25 mars 1969, au Falkoner Centre de Copenhague, Judy Garland donne son tout dernier concert. Elle recevra une ovation de dix minutes.

Le 22 juin 1969, à Londres, la légende succombe à une surdose accidentelle de barbituriques. On dit que ce jour-là, une violente tornade s’est abattue sur le Kansas…

JUDY GARLAND EST LA MÈRE DES ARTISTES DE LA SCÈNE LIZA MINNELLI (NÉE EN 1946) ET LORNA LUFT (NÉE EN 1952) ET DU PHOTOGRAPHE JOEY LUFT (NÉ EN 1955). ELLE A ÉTÉ MARIÉE CINQ FOIS : AU COMPOSITEUR ET DIRECTEUR MUSICAL DAVID ROSE (1941-1944), AU RÉALISATEUR VINCENTE MINNELLI (1945-1951), AU PRODUCTEUR SIDNEY LUFT (1952-1965), À L’ACTEUR MARK HERRON (1965-1966) AINSI QU’AU MUSICIEN ET GÉRANT DE DISCOTHÈQUE MICKEY DEANS (1969). SA FILMOGRAPHIE TOTALISE PRÈS DE QUARANTE TITRES. GARLAND EST CONSIDÉRÉE PAR L’AMERICAN FILM INSTITUTE COMME LA HUITIÈME PLUS GRANDE LÉGENDE DU CINÉMA.

 

 

[i] Toutes les citations de Judy Garland sont extraites de la biographie Judy Garland on Judy Garland: Interviews and Encounters de Randy L. Schmidt, parue le 1er septembre 2014, aux éditions Chicago Review Press. Elles ont été traduites en français par l’équipe de rédaction de DUCEPPE.