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Consentement

Texte Nina Raine

Mise en scène Frédéric Blanchette

Traduction Fanny Britt

Interprétation Anne-Élisabeth Bossé, Patrice Robitaille, Marie Bernier, Véronique Côté, David Savard, Mani Soleymanlou, Cynthia Wu-Maheux

Du 12 décembre 2018 au 2 février 2019

Deux couples d’avocats se retrouvent lors de soirées bien arrosées. Avec humour et sarcasme, ils commentent les dossiers qui les occupent, dont une histoire de viol. Spectateurs amusés de la bêtise des passions humaines, ils se voient volontiers au-dessus de la mêlée, comme des êtres de raison, les gardiens du Droit. Et voilà qu’à la maison, leur propre vie commence à s’effriter. Tour à tour, ils connaissent trahison, détresse, accusations et incompréhension. Qui a raison ? Où se trouve la vérité ? Brusquement, tout devient beaucoup moins clair. Au cœur du mystère : la notion de consentement.

Véritable triomphe à sa création à Londres en 2017, Consentement jette une lumière crue sur la distinction entre loi et justice. La dramaturge britannique Nina Raine livre une pièce puissante, truffée de dialogues serrés et stimulants, parfois comiques, parfois cinglants. Elle y oppose la rationalité, sur laquelle le système juridique est fondé, à l’irrationalité, propre à la nature humaine. Dans un subtil renversement des rôles, ce qui ressemble d’abord à un drame judiciaire devient un examen sans merci des tensions qui ébranlent mariages et amitiés. Consentement résonnera longtemps chez le public, à la fois juge et jury dans cette tragi-comédie aussi dérangeante qu’intelligente.

Conception

Décor Marie-Renée Bourget Harvey
Costumes Jennifer Tremblay
Éclairages André Rioux
Musique Mykalle Bielinski
Accessoires Normand Blais
Assistance à la mise en scène Andrée-Anne Garneau

Extraits de critiques

« du très, très bon théâtre, avec des dialogues brillants, des répliques comiques et acidulées, rendues par des interprètes en pleine possession de leur art
« C’est du théâtre essentiel, à notre avis, car il nous interpelle directement, moralement. »
– Luc Boulanger, La Presse

«Faisant habilement référence au mouvement #MeToo […] le spectacle pose une foule de questions cruciales. »
«Direction exquise du metteur en scène »
« Brillamment traduite par Fanny Britt»
– Christian Saint-Pierre, Le Devoir

« Cynthia Wu-Maheux est étincelante »
« [Marie Bernier] est excellente et nous fait entrer sans peine dans cet univers où les victimes ne sont pas crues et ne sont pas prises au sérieux. »
« La mise en scène de Frédéric Blanchette mêle harmonieusement réalisme et dépouillement stylisé »
« très efficace scénographie de Marie-Renée Bourget Harvey. »
– Marie-Claire Girard, HuffPost Québec

« Marie Bernier est extrêmement touchante dans son rôle. »
« Le propos est assez lourd mais on désamorce avec l’humour. On rit énormément. »
« Je dois souligner le travail du metteur en scène Frédéric Blanchette qui laisse toute la place au texte. »
– Catherine Brisson, Puisqu’il faut se lever, 98,5FM

« Ce qui est absolument extraordinaire de cette pièce-là, c’est le sujet »
« Allez voir cette pièce! »
– Catherine Richer, Le 15-18 sur ICI Première

« C’est le genre de pièce dont on va parler pendant des jours et des jours »
« On réfléchit beaucoup à cette question de consentement, mais de façon subtile et souvent inattendue »
– Nicolas Tittley, Culture Club sur ICI Première

« la tragi-comédie Consentement est d’une actualité déconcertante »
– Alexane Roy, MonThéâtre


Dans les médias

Entrevue avec Patrice Robitaille – Le show de Rousseau > Écouter l’entrevue

Reportage sur la pièce – VOIR > Lire le reportage

Entrevue avec Me Félix-Antoine T. Doyon – Journal 24H > Lire l’entrevue

Entrevue avec Fanny Britt, Anne-Élisabeth Bossé et Patrice Robitaille – Médium large > Écouter l’entrevue

Entrevue avec Anne-Élisabeth Bossé – Gravel le matin > Écouter l’entrevue

Entrevue avec Anne-Élisabeth Bossé et Patrice Robitaille – Le Devoir > Lire l’entrevue

Entrevue avec Anne-Élisabeth Bossé – Journal Métro > Lire l’entrevue

Entrevue avec Anne-Élisabeth Bossé – La Presse > Lire l’entrevue


Mot des codirecteurs artistiques

Cette pièce est indispensable.

Elle aborde un sujet que l’on balaie sous le tapis depuis trop longtemps : la notion de consentement. Les événements marquants de l’automne 2017 nous permettent enfin d’entrevoir la fin d’une ère marquée par l’égocentrisme et la complaisance de l’homme en position de pouvoir.

Avec Consentement, Nina Raine nous donne accès à une vue de l’intérieur en nous mettant tour à tour dans la peau du témoin, de la victime, puis dans celle du juge. Un exercice nécessaire, qui nous permet de mieux comprendre ce que peuvent vivre les victimes lorsque vient le temps de dénoncer, puis d’affronter le système judiciaire.

En tant que jeunes hommes blancs privilégiés, nous avions envie de profiter de notre petit pouvoir à la direction artistique de DUCEPPE pour vous faire découvrir cette œuvre brûlante d’actualité, tout en nous inscrivant dans ce mouvement social sans précédent. Chaque jour, nous tâchons de nous rappeler l’importance de partager, de respecter et d’écouter. Nous croyons que le théâtre doit être un lieu d’échange où les gens et les idées vont et viennent. Un point de rencontre. Une place publique. Merci d’être avec nous aujourd’hui et d’en faire partie.

Merci à Frédéric Blanchette pour sa passion et sa vision éclairée. Et merci à l’équipe d’interprètes et de conceptrices-teurs, qui a bien voulu accepter de marcher sur la mince ligne entre tragédie et comédie, ignorance et empathie, destruction et conciliation.

Bon spectacle!

David Laurin et Jean-Simon Traversy


Mot du metteur en scène

consentement
Action de donner son accord à une action, à un projet; décision de ne pas s’y opposer.

Cette pièce de Nina Raine m’a littéralement happé. Je revois où j’étais quand je l’ai lue pour la première fois. Maison de la littérature, Québec. L’endroit, aussi magnifique soit-il, a disparu. Plus de plafond, ni de murs. Les couches de sens de la pièce se sont accumulées dans le premier acte, puis l’autrice (que j’admirais déjà car j’avais mis en scène une autre de ses pièces, Tribus) a pris tous les fils qu’elle avait soigneusement tissés, les a emmêlés, garrochés, « pitchés » partout… laissant le lecteur que j’étais aux prises avec mille questions irrésolubles sur autant de sujets complexes : justice, consentement, agression, empathie, mater-pater-nité, couple, infidélité, pardon…

J’ai partagé mon choc de lecture à David et Jean-Simon. Ils ont fait confiance à « ça » : ces murs et ce plafond qui disparaissent. Ils m’ont confié la mise en scène de Consentement. Merci les gars. Je suis choyé et privilégié de faire partie de votre première saison. Il se passe de quoi chez DUCEPPE. J’adore ça être là quand il se passe de quoi.

_____

J’avais libéré ma soirée. J’étais déjà en retard. L’équipe des communications attendait mon texte et m’avait gentiment alloué un petit sursis. Mot du metteur en scène : toi pis moi ce soir, on a une date !

Je m’installe au clavier la tête pleine de toutes les questions qui surgissent et s’épaississent chaque jour de répétition auprès de cette fabuleuse équipe d’interprètes et de conceptrices-teurs. Mes pistes de départ : rappeler à nos mémoires le symbole de la justice, cette femme-statue aux yeux bandés… Mélanger mythologie, consentement, discourir sur cette zone de flou troublante qu’entraîne une partie de la définition du mot consentement : « décision de ne pas s’y opposer »… le tout éclairé d’observations fines et documentées sur les impacts du mouvement #Metoo, trouver les statistiques les plus probantes, à commencer par le microscopique pourcentage des agressions sexuelles qui se transforment en condamnation, parler à la hauteur de mes compétences du système de justice, des autres thèmes qui parcourent cette pièce fascinante et luxuriante : empathie, infidélité, mariage, langage, présences fantomatiques…

Juste avant d’écrire, en guise d’ultime procrastination, j’ouvre un courriel. L’amie comédienne Anne-Élisabeth Bossé envoie un article à toute la troupe :

« Un procès pour viol en Irlande a déclenché un tollé cette semaine après qu’une avocate eut brandi le string d’une adolescente de 17 ans pour tenter de prouver son consentement et réussi à faire innocenter son client. »

Je relis certaines phrases de l’article deux ou trois fois pour être certain d’avoir bien lu.

« …des éléments comme les vêtements, le bronzage artificiel et les moyens de contraception ont été utilisés comme preuves présumées de consentement des femmes lors de récents procès pour viol. »*

J’abandonne ici toute tentative d’ajouter quoi que ce soit pour vous entretenir de l’infinie pertinence, de l’absolue nécessité de la pièce que vous verrez ce soir.

Frédéric Blanchette
Metteur en scène

*Référence : La Presse, 16 novembre 2018 « Irlande: un string brandi comme preuve de consentement lors d’un procès pour viol » Agence France-Presse, Dublin.

Commentaires du public

Le propos est d’actualité et le jeu des acteurs étaient juste. Cette distribution était jeune et dynamique. Un BRAVO spécial à Marie Bernier pour la justesse de son jeu, souhaitons que ça ne soit pas la dernière fois que nous la voyons chez Duceppe!
— P. G.

Avec un sujet aussi d’actualité… cela nous amène à réfléchir sur notre système de justice. Vu d’un côté comme de l’autre. J’ai aimé cette pièce. Et j’ai bien aimé aussi l’humour qui y a été apporté.
— J.B.

Très bon spectacle avec une belle courbe dramatique le tout ponctué de moments plus drôles pour alléger le tout. Quelle belle performance de Marie Bernier dans le rôle de la victime.
— M.D.

Cette pièce de théâtre est fameuse sous plusieurs aspects. D’abord, le sujet nous plonge dans l’actualité #MeToo, faisant même référence à notre #MeToo québécois (l’affaire Rozon). Nous explique la difficulté d’être victime de viol dans notre système judiciaire. Puis, le jeu des acteurs est d’un grand réalisme! La mise en scène est sobre mais efficace! J’ai vraiment beaucoup apprécié cette pièce! Il faudrait que tout le monde voit cette pièce!
— M.M.

Sujet d’actualité qui nous force à réfléchir et se poser des questions sur nos faits et gestes et ceux de notre entourage . Excellent texte, bonne mise en scène et surtout excellente distribution! Qualité d’interprétation captivante et juste. Merci pour cette programmation.
— A.G.

L’écriture est superbe. La structure du texte est intelligente et complexe, sans être compliquée. Les acteurs sont magnifiques et leur interprétation donne tout son sens au texte. D’une grande intelligence et beauté malgré la dureté du propos.
— C.L.

Un spectacle très bien joué et qui alimente les discussions entre amis.
— D.P.

Wow wow wow! C’était parfait. Les comédiens sont exceptionnellement touchants et vrais.
— M.L.R.

Choix de pièce très d’actualité. Distribution magistrale. Jeu d’acteurs d’une intensité presque insoutenable. J’ai adoré.
— J.G.

Pièce extraordinaire, tellement intense et d’actualité. Elle nous habite longtemps après la présentation et nous fait réfléchir sur notre réalité, nous place devant la vérité, l’authenticité.
— N.C.

Traitement intelligent du sujet, faisant ressortir toute sa complexité. Comédiens excellents, mise en scène efficace!
— P. P.

Excellente! La pièce qui m’a le plus fait réfléchir à ce jour.
— N. M.

Ce spectacle était très touchant et brûlant d’actualité ! Les comédiens étaient parfaits ! Nous avons apprécié le spectacle du début à la fin. Cette belle brochette de comédiens talentueux nous a fait passer une soirée magique. Bravo !
— M. L.

Un spectacle de grande qualité, avec des acteurs fabuleux et une pièce engagée. J’ai adoré le moment où les murs sont poussés avec les extraits audios qui s’enchainent, j’ai eu des frissons!
— M. P.

Absolument incroyable comme pièce! Un sujet d’actualité qui nous touche tous. Impossible de ne pas avoir de discussion sur le sujet, peu importe l’âge. J’ai vraiment passé par toutes les émotions durant le spectacle. De plus, j’ai grandement apprécié les explications sur le système légal ainsi que le déroulement du processus en cour.
— N. S.

Excellent spectacle! Belle performance des acteurs. Beau mélange d’humour, d’émotions et de réflexion sur un sujet qui n’est pas banal.
— J. D.

Pièce très pertinente dans le contexte actuel du mouvement #MoiAussi. Favorise la prise de conscience sur ce problème très négligé par la justice et la société en général jusqu’à maintenant. Les acteurs étaient tous formidables et la mise en scène « punchée » et stimulante pour les spectateurs. Nous avons beaucoup apprécié.
— M. L.

Une pièce moderne, d’actualité, et extrêmement bien jouée. Une des meilleures pièces vues à ce jour!
— A. L.

Incroyable pièce. Aborde des problématiques et des sujets actuels avec juste assez d’humour, mais beaucoup de réalisme.
— F. M.

Excellent choix de pièce. Une production très réussie à tout point de vue. Pièce très pertinente et interprétation de grande qualité. Bravo.
— L. T.

Nous avons adoré la pièce. Le sujet, malheureusement d’actualité, a été joué avec brio par les acteurs et la mise en scène a permis de bien saisir les intérêts, enjeux et motivations des personnages. Le sujet est dur et implique des émotions difficiles à recevoir pour le public mais certaines répliques humoristiques ont permis d’alléger sans en diminuer l’impact.
— S. S.

Un grand spectacle de théâtre : un texte intelligent, substantiel et imprévisible. Des comédiens bien campés dans leur rôle.
— S. L.

Ce fut une très bonne pièce sur un sujet brûlant d’actualité. Les acteurs ont offert une très bonne performance, notamment Patrice Robitaille. Nous avons été tenus continuellement en haleine.
— G. L.

Un texte percutant et malheureusement totalement d’actualité. Excellente distribution. Bravo à la nouvelle équipe de direction, un vent de fraîcheur souffle sur la Compagnie Jean Duceppe.
— L. G.

Excellente pièce et avec d’excellents interprètes. Une réflexion profonde sur le consentement. Merci!
– J-P. C.


LE CONSENTEMENT SEXUEL ET LA JUSTICE, ENTRETIENS

En octobre 2017, alors que le New York Times révélait les détails de ce qui allait devenir « l’affaire Weinstein », une action de libération de la parole contre les violences sexuelles et sexistes se déployait. Le mouvement #MeToo,
aux États-Unis, est vite relayé au Québec par #MoiAussi. Un peu plus d’un an plus tard, Statistique Canada dévoilait que c’est au Québec que le mouvement a résonné́ le plus fort dans l’ensemble du pays. Les dénonciations d’agressions sexuelles jugées fondées par la police y ont bondi de 61 % dans la dernière année. La variation moyenne canadienne est de 24 %. Pour les divers intervenants québécois en matière de crimes sexuels, il y aura assurément un avant et un après #MoiAussi. Entretien avec Me Félix-Antoine T. Doyon, avocat criminaliste et de la défense qui a piloté́ de nombreux dossiers d’agression sexuelle, et avec Mme Deborah Trent, directrice depuis 1982 du Centre d’aide aux victimes d’agression sexuelle de Montréal (CVASM).

 

Depuis 1983, l’infraction d’agression sexuelle remplace celles de viol, tentative de viol et attentat à la pudeur. D’abord, Me Doyon, quelle est la définition d’une agression sexuelle, selon le Code criminel canadien ?

Me Doyon — Trois éléments définissent l’agression sexuelle. Premièrement, il doit y avoir utilisation de la force ou voies de fait, et ici, un simple toucher constitue une voie de fait; aussi, il faut que ce contact ait lieu dans un contexte sexuel; finalement, le geste doit être posé sans le consentement de la victime.

Quelle est la définition du consentement, selon le Code criminel canadien ?

Me Doyon — Personnellement, je le conceptualise de cette façon : il y a le consentement factuel et le consentement juridique. Le consentement factuel, c’est d’abord dire oui ou non. Ce n’est pas parce qu’une personne ne dit rien que nécessairement elle accepte. En matière sexuelle, la maxime serait « Qui ne dit mot ne consent pas ». Donc, le consentement c’est de dire oui, ou à défaut de paroles, mettre en lumière par des gestes, signifier clairement que l’on consent. Et attention, être vêtu de façon sexy et inviter quelqu’un dans sa chambre, ça n’est pas du tout consentir par des gestes.

Maintenant, ce n’est pas parce que quelqu’un exprime son consentement, par des mots ou par des gestes, que la personne consent juridiquement. C’est ce qu’on appelle un vice de consentement. Par exemple, si la personne est très fortement intoxiquée, elle peut, juridiquement, ne pas être apte à consentir de manière éclairée. Ou encore, s’il y a menace ou chantage, le consentement n’est pas libre.

Pour être valable juridiquement, le consentement doit être donné de manière libre et éclairée.

De plus, consentir c’est manifester sa volonté à tout moment lors de l’acte sexuel. Ce n’est pas parce que l’on décide d’avoir une relation de type A, que quinze minutes plus tard on consent à une relation de type B.

Une faible proportion des agressions sexuelles déclarées se soldent par une condamnation de l’accusé. Ces crimes sont souvent difficiles à prouver « hors de tout doute raisonnable ». Selon vous, comment la notion de consentement, qui est difficilement concevable dans n’importe quelle autre infraction, influe sur ces verdicts d’acquittement ?

Mme Trent — L’agression sexuelle, c’est le crime où l’on s’interroge constamment sur la crédibilité de la victime et sur la solidité de son histoire. C’est elle qui doit démontrer que l’on peut se fier à sa version. L’accusé, pour sa part, n’est pas obligé de dire quoi que ce soit. Tout repose donc sur la victime et on observe son comportement, on examine toute la notion de consentement, ce qui est différent dans les procès pour d’autres crimes. Si on t’a volé chez toi, on ne te scrute pas comme ça.

Me Doyon — Comme société, en matière de crime, on a décidé il y a très longtemps qu’il vaut mieux laisser libres 100 coupables que d’emprisonner une seule personne qui est véritablement innocente. C’est tout le débat qui entoure la présomption d’innocence. Ainsi, dans notre système de justice, c’est à la poursuite de prouver hors de tout doute raisonnable que la plaignante* n’a pas consenti.

Comment améliorer le système de justice canadien vis-à-vis des victimes d’agressions sexuelles?

Mme Trent — La victime est un témoin dans le Code criminel et, souvent, dans le cas d’une agression sexuelle, c’est le seul témoin. De plus en plus, on considère que les victimes doivent avoir une place importante et être impliquées dans les procédures. Ça n’est pas toujours facile ni possible, mais il y a de nouvelles approches qui encouragent les procureurs à donner davantage d’informations aux victimes, à leur expliquer les procédures, à évaluer les situations avec elles. C’est une bonne chose.

Me Doyon — Pour le moment, il y a l’avocat de la défense, comme moi, qui représente l’accusé, et il y a l’avocat de la poursuite qui lui, fondamentalement, ne représente pas la plaignante, mais plutôt la sécurité́ publique. Ses efforts et ses ressources vont principalement vers le fait de présenter une preuve et de faire condamner un accusé.

S’il y avait un changement à faire — et je suis convaincu que ça arrivera dans un avenir rapproché — c’est celui de pouvoir faire bénéficier une plaignante de l’accès à un avocat indépendant, qui s’y connaît en droit criminel et qui pourrait bien la conseiller, la préparer, la représenter. Particulièrement dans un cas d’agression sexuelle, où, d’un point de vue humain, les plaignantes ont véritablement besoin d’être accompagnées.

Pour vous, y aura-t-il un avant et un après #MeToo?

Mme Trent — Quand j’ai commencé, en 1982, au Centre d’aide aux victimes d’agression sexuelle de Montréal (CVASM), je me disais que peut-être, un jour, toutes ces agressions arrêteraient. Mais, aujourd’hui encore, on doit être là pour les victimes. Par contre, des actions très importantes ont été posées dans la foulée du mouvement #MeToo. Il y a eu un investissement au niveau gouvernemental pour les services d’aide. On a pu, avec ce financement, embaucher de nouvelles intervenantes pour faire des suivis cliniques. Aussi, il y a eu ce projet de loi du ministère de l’Enseignement supérieur qui vise l’instauration d’un protocole dans les universités et les collèges, une marche à suivre vis-à-vis des victimes ainsi qu’un code de conduite pour prévenir les inconduites sexuelles. C’est tellement important de faire de la sensibilisation, de développer des programmes de prévention, d’éduquer nos enfants sur la façon d’être ensemble.

Me Doyon — Ce que j’ai constaté, personnellement, c’est qu’il y a plus d’accusations. On ne peut pas être contre le fait de dénoncer une agression sexuelle, c’est évident, mais il y a un effet pervers de #MeToo, et il s’agit de toutes les dénonciations qui se font publiquement sur les réseaux sociaux. Selon moi, c’est un accroc épouvantable à la présomption d’innocence. Il faut savoir que sur le lot, il y a véritablement des gens innocents qui sont dénoncés. Et même si ces gens ne sont pas accusés, le mal est fait, leur réputation est détruite.

Madame Trent, en terminant, si vous aviez un message à transmettre aux victimes, quel serait-il?

Mme Trent — Il est essentiel que toute personne victime d’agression sexuelle sache qu’il y a des endroits où elle peut aller et avoir accès à des ressources, dans une approche qui est sans jugement. Et ceci afin qu’elle sache qu’il n’est pas nécessaire de vouloir porter plainte au criminel pour avoir accès à ces services. Ce n’est pas toutes les victimes qui se présenteront devant un tribunal. Beaucoup d’entre elles ont d’abord besoin de raconter leur histoire à quelqu’un, de recevoir un soutien, de comprendre qu’elles ne sont pas responsables, de se retrouver dans un lieu où elles seront crues et où elles recevront une attention qui leur revient, qui leur est due.

Ligne-ressource provinciale, sans frais et pour tous, pour les victimes d’agression sexuelle : 1 888 933-9007

*L’utilisation du genre féminin a été adoptée afin de faciliter la lecture et, parce que en matière d’agression sexuelle, 90% des plaignants sont des femmes. Il n’y a aucune intention discriminatoire.

 


Balados

Consentement, la baladodiffusion

Dans le cadre de la pièce Consentement, on vous présente une fascinante nouvelle série de balados en 6 épisodes, qui met en lumière diverses facettes du consentement sexuel. Une collaboration VOIR et DUCEPPE, une réalisation de Karima Brikh.

Premier épisode: #MeToo, un an plus tard

Un an après le début du mouvement #MeToo (#MoiAussi), où en sommes-nous dans le débat public sur la question des agressions sexuelles? Avons-nous compris quelque chose? Est-ce que la notion de consentement sexuel est mieux comprise? Un premier épisode qui se questionne sur l’impact de #MeToo un an plus tard et qui s’intéresse au processus créatif de la pièce Consentement et de l’auteure britannique Nina Raine.

Écoutez la balado : premier épisode

Deuxième épisode: Le consentement et la loi

Dans ce deuxième épisode, on vous propose une incursion dans le système de justice. Selon le code criminel canadien: qu’est-ce qu’une agression sexuelle? Comment définir juridiquement le consentement sexuel ? On démystifiera aussi ce qui se passe au poste de police lorsqu’une victime d’agression sexuelle décide de porter plainte. Dans cet épisode, l’avocat criminaliste Me Félix-Antoine T. Doyon démêlera plusieurs notions juridiques en lien avec les agressions sexuelles. Le mot d’ordre: prudence, prudence, prudence…

Écoutez la balado : deuxième épisode

Troisième épisode: L’art et la représentation de la violence sexuelle

Il arrive qu’on aborde la question des agressions sexuelles dans le théâtre, le cinéma, la télévision, les arts visuels ou la littérature. Mais quand cela se produit, peut-on se permettre de tout dire, tout montrer? Le viol par exemple, est-il un sujet à aborder avec précaution ou les artistes peuvent-ils en parler et le représenter sans limite ?

Écoutez la balado : troisième épisode

Quatrième épisode: Vertus et critiques du mouvement #moiaussi

Le mouvement #moiaussi a donné lieu, sur les réseaux sociaux et dans les médias, à une vague sans précédent de dénonciations publiques des agressions et autres inconduites à caractère sexuel. Si plusieurs voix se sont élevées pour saluer la libération de la parole des victimes, des critiques sont peu à peu apparues.

Écoutez la balado : quatrième épisode

Cinquième épisode : Victimes et agresseurs, aspects psychologiques

Anne-Élizabeth Bossé et David Savard interpréteront des personnages à la trame émotionnelle riche et complexe. Comment se préparent-ils à interpréter Kitty et Edward? Alors que l’enjeu de la violence sexuelle est plus que jamais d’actualité, comment voient-ils leur rôle d’artiste avec cette création? Cet épisode s’intéresse particulièrement aux victimes et aux conséquences psychologiques d’une agression sexuelle. Il y est également question du comportement de certains agresseurs.

Écoutez la balado : cinquième épisode

Sixième épisode : L’heure est à l’action

Au cours des derniers mois, la planète entière n’aura jamais autant parlé de scandales sexuels. Mais aujourd’hui, l’heure est à l’action. Comment agir pour changer les choses? Dans ce dernier épisode, on s’intéresse au parcours judiciaire des victimes qui décident de porter plainte à la police et, surtout, on cherche des pistes de solutions concrètes pour améliorer l’aide aux victimes d’agressions sexuelles.

Écoutez la balado : sixième épisode

Texte

Nina Raine

Diplômée d’Oxford, Nina Raine est née en 1975. Elle est l’une des dramaturges britanniques les plus estimées de sa génération. Fille unique du poète Craig Raine, elle commence sa carrière comme metteure en scène stagiaire au Royal Court Theatre à Londres. Par la suite, elle monte Unprotected à Liverpool, une mise en scène récompensée par le TMA Award for Best Director ainsi que le Freedom of Expression Award d’Amnesty International.

Sa première pièce — Rabbit, dont elle assure la mise en scène — est créée en 2006. Après une saison aux Trafalgar Studios dans le West End où elle est présentée à guichets fermés, Rabbit prend l’affiche au festival Brits Off-Broadway de New York. Cette œuvre vaut à l’auteure le Charles Wintour Evening Standard Award et le Critics Circle Award for Most Promising Playwright.

En résidence au Royal Court Theatre, Nina Raine écrit ensuite Tribes (Tribus). Créée en 2010, cette troisième pièce reçoit des critiques exceptionnelles et fait rapidement le tour du monde. Lauréate du Offie Award, Tribes tient sa première américaine en 2012 à New York où elle est de nouveau couronnée. L’auteure anglaise récolte le Drama Desk Award for Outstanding New Play, le New York Drama Critics’ Circle Award et le Off-Broadway Alliance Award. En 2014, la compagnie montréalaise LAB87 fait découvrir aux spectateurs d’ici la richesse de Tribus, présentée à La Grande Licorne, dans une traduction de Jean-Simon Traversy et une mise en scène de Frédéric Blanchette. Le succès est instantané et la pièce fait l’objet d’une tournée au Québec.

En tant que metteure en scène, Nina Raine a également monté Shades de Alia Bano au Royal Court Theatre, Jumpy de April De Angelis dans le West End, ainsi que Longing de William Boyd au Hampstead Theatre.

Sa toute dernière pièce Consent (Consentement) est créée en 2017 au National Theatre à Londres. Elle reçoit un accueil triomphant.

Photo : Jack Ladenburg

Mise en scène

Frédéric Blanchette

Auteur, acteur, traducteur et metteur en scène, Frédéric Blanchette occupe une place importante dans le paysage théâtral québécois. Chez DUCEPPE, en plus de signer la mise en scène et la traduction de l’audacieuse Quand la pluie s’arrêtera la saison dernière, il a monté avec succès L’espérance de vie des éoliennes et À présent. Comédien, on l’a aussi applaudi sur les planches du Théâtre Jean-Duceppe dans Sunderland et Août - Un repas à la campagne.Diplômé du Conservatoire d’art dramatique de Montréal en 1998, Frédéric Blanchette fait sa marque dans chacun des domaines artistiques qu’il touche. Il a d’ailleurs récolté plusieurs nominations au gala des Masques, étant notamment en lice en 2004 pour la révélation et la mise en scène de l’année pour Cheech ou les hommes de Chrysler sont en ville de François Létourneau. Trois ans plus tard, il reçoit le convoité Masque du meilleur texte original pour sa pièce Le Périmètre.Parmi ses nombreuses mises en scène, mentionnons L’ancien quartier de David Mamet, Appelez-moi Stéphane de Claude Meunier et Louis Saia, Les Grandes Occasions de Bernard Slade, Le paradis à la fin de vos jours de Michel Tremblay, L’obsession de la beauté de Neil LaBute, Enfantillages de François Archambault, Being at home with Claude de René-Daniel Dubois et Tribus de Nina Raine. Tout récemment, il montait Dans le champ amoureux de Catherine Chabot et Amour et information de Caryl Churchill. Il signe aussi la mise en scène de Trahison d’Harold Pinter présentée au printemps 2018 au Rideau Vert.Comédien, Frédéric Blanchette est apprécié autant au théâtre (Ennemi public, Les Trois Mousquetaires, Raphaël à Ti-Jean, Hamlet, etc.) qu’à la télévision (Béliveau, Boomerang, 19-2, Toute la vérité, etc.). Il jouait également dans la série Tu m’aimes-tu ?, dont il est idéateur et coscénariste. Au cinéma, il était de la distribution des films Horloge biologique, Louis Cyr et Autrui.Photo : Daniel Desmarais