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Août — Un repas à la campagne

texte de Jean Marc Dalpé  
mise en scène de Martine Beaulne

avec Chantal Baril, Frédéric Blanchette, Kim Despatis, Michel DumontNicole Leblanc, Gilles RenaudPierrette Robitaille et Isabelle Roy

Toutes les familles heureuses le sont de la même manière, les familles malheureuses le sont chacune à leur façon.
– 
Léon Tolstoï

Mois d’août, fin d’après-midi, quatre générations d’une même famille se réunissent à la maison de campagne où tout le monde a vécu. Un rassemblement qui prend les allures d’un rendez-vous imposé pour tous. Pour l’occasion, on attend « ceux qui viennent de la ville » qui, sans le savoir, narguent ceux qui étouffent en campagne et rêvent de liberté, d’intensité et d’accès à une autre vie. Le silence et le déni sont assourdissants par leur présence quasi palpable. Est-ce que le clan résistera à cet après-midi chaud et étouffant?

L’écriture vivante, crue et sans complaisance de Jean Marc Dalpé nous plonge habilement dans des rapports familiaux conflictuels. Une dramaturgie qui dépeint avec beaucoup de jus­tesse les blessures, les désirs assouvis ou non, ainsi que le défi d’exprimer ce qui gronde à l’intérieur de chacun de nous lorsque s’impose le besoin viscéral de rêver plus grand.

Distribution des rôles

Chantal Baril : Monique
Frédéric Blanchette : Gabriel
Kim Despatis : Josée
Michel Dumont : Simon
Nicole Leblanc : Paulette
Gilles Renaud : André Mathieu
Pierrette Robitaille : Jeanne
Isabelle Roy : Louise

Collaborateurs

Décor : Richard Lacroix
Costumes : Daniel Fortin
Éclairages : Guy Simard
Conception vidéo : Yves Labelle
Musique : Ludovic Bonnier
Accessoires : Normand Blais
Assistance à la mise en scène : Manon Bouchard

 

Dans les médias

« Le beau texte de Jean Marc Dalpé   fait l’objet d’une nouvelle production à sa hauteur chez Duceppe… La distribution est de haut niveau… Du très beau travail »
Mario Cloutier, La Presse

« À voir! Pièce coup de poing… mise en scène alerte de Martine Beaulne… une tragi-comédie à voir »
Francine Grimaldi, Samedi et rien d’autre

« Dans cette mise en scène de Martine Beaulne, chacun des acteurs contribue à bâtir la trame dramatique qui se dessine, sachant doser l’humour qui ponctue la pièce et les sentiments refoulés des personnages… une pièce dure, mais dont on ne peut qu’apprécier la montée dramatique. »
Geneviève Germain, MonTheatre.qc.ca

Tchekhov en Québec  (entrevue avec Jean Marc Dalpé)
Marie Labrecque, Le Devoir

Août, un repas à la campagne: un repas aigre-doux (entrevue avec Jean Marc Dalpé)
Jean Siag, La Presse

Entrevue avec Michel Dumont et Jean Marc Dalpé
Catherine Perrin, Médium Large, ICI Radio-Canada Première

Texte

Jean Marc Dalpé

Auteur dramatique, romancier, poète, scénariste et comédien, Jean Marc Dalpé a étudié le théâtre à l’Université d’Ottawa avant de poursuivre sa formation au Conservatoire d’art dramatique de Québec. Cofondateur du Théâtre de la Vieille 17, il participe à une quinzaine de productions du Théâtre du Nouvel Ontario en tant qu’auteur, coauteur ou comédien. Depuis 1989, il vit à Montréal. Auteur de la télésérie Temps dur (Radio-Canada) en lice pour de nombreux prix Gémeaux en 2004, il présente, l’année suivante, Août – Un repas à la campagne qui rafle le Masque pour le meilleur texte original, une production du Théâtre de la Manufacture. Jean Marc Dalpé a aussi écrit plusieurs autres pièces, dont Eddy et Lucky Lady. Il est l’auteur de plusieurs contes urbains, certains épisodes du téléroman Fred-Dy et de courtes pièces en un acte. Au cours des années, il a traduit plusieurs textes de théâtre dont Spitting Slag et Ghost Trains de l’auteur canadien Mansel Robinson. Parues chez Prise de Parole sous le titre Roc & Rail, elles ont toutes deux été mises en nomination pour le Prix du Gouverneur général dans la catégorie traduction. Mentionnons aussi celles de Buried Child de Sam Sheppard, Blasted de Sarah Kane, Dry Lips oughta move to Kapuskasing de Cree Tomson Highway et Hamlet de Shakespeare, présentée en 2011 au Théâtre du Nouveau Monde sous la direction de Marc Béland. En 2012, son adaptation de L’Opéra de quat’sous de Bertolt Brecht est mise en scène par Brigitte Haentjens et présentée à Montréal ainsi qu’au Centre national des Arts à Ottawa. Achevant tout juste la traduction de The Dark Things d’Ursula Rani Sarma, il prépare maintenant une adaptation du dernier chapitre du roman Ulysses de James Joyce (le monologue intérieur de Molly Bloom), une autre collaboration avec Brigitte Haentjens. Il signera aussi sa version de Richard III de Shakespeare, à voir au TNM en 2015. Jean Marc Dalpé est trois fois lauréat du Prix du Gouverneur général en théâtre : pour Le Chien en 1988, pour son recueil de pièces Il n’y a que l’amour en 1999 et pour son premier roman Un vent se lève qui éparpille, en 2000. Il est membre de l’Ordre des francophones d’Amérique depuis 1997. Deux universités lui ont conféré des doctorats honoris causa pour l’ensemble de son œuvre, l’Université Laurentienne et l’Université d’Ottawa.

Mise en scène

Martine Beaulne

Voilà une fidèle collaboratrice de DUCEPPE ! Depuis sa première mise en scène chez nous, celle de L’Ouvre-boîte de Victor Lanoux en 2003, Martine Beaulne a monté, en 2007 et 2009, Le Doute de John Patrick Shanley et Le Déni d’Arnold Wesker. Elle est ensuite de retour en 2013 avec Les Muses orphelines de Michel Marc Bouchard, dramaturge avec qui elle renoue cette saison ! En 2014, elle présente chez DUCEPPE la pièce Août - Un repas à la campagne de Jean Marc Dalpé, et, la saison suivante, elle y dirige les comédiens Henri Classé, Myriam De Verger, Benoît Gouin et Frédéric Pierre dans Race de David Mamet. « La metteure en scène Martine Beaulne traite avec subtilité les nombreuses joutes verbales de la pièce, les saupoudrant de petits gestes, clins d’œil et soupirs appropriés », écrira-t-on dans La Presse. Jeune diplômée du Conservatoire d’art dramatique de Montréal en 1975, Martine Beaulne parcourt alors la planète. Avec Giovanni Poli, Eugenio Barba, Guy Freixe, Shogu Otah et le groupe Dairakudakan, elle a approfondi aux quatre coins du monde ses connaissances, autant de la commedia dell’arte que du nô moderne ou de la comédie classique. Forte de ce bagage impressionnant, la metteure en scène se démarque. Ainsi, de 1991 à 2001, elle monte dans les plus grands théâtres du Québec L’arbre des tropiques et Cinq Nô modernes de Mishima, Don Juan de Milosz, Désir sous les ormes d’Eugene O’Neill, La Locandiera de Goldoni, Albertine, en cinq temps et Le vrai monde ? de Tremblay, Roméo et Juliette de Shakespeare et Dom Juan de Molière. Elle met en scène La Savetière prodigieuse de Lorca puis Avaler la mer et les poissons de Sylvie Drapeau et Isabelle Vincent en 2005. Elle réalise ensuite Top Girls et Blue Heart de Caryl Churchill et Toutefemme de Péter Kárpáti à l’Espace GO, puis Les Saisons de Sylvie Drapeau et Isabelle Vincent et Louis Mailloux de Jules Boudreault et Calixte Duguay. En 2011, au Théâtre d’Aujourd’hui, elle met en scène Cantate de guerre de Larry Tremblay. Elle dirige ensuite Les visiteurs de Gian Carlo Menotti, La voix humaine de Poulenc et L’Elisir d’Amore de Donizetti à l’Atelier lyrique de l’Opéra de Montréal. En 2015, elle monte 21 Manches cubes de David Goudreault et Patrick Quintal au Théâtre du Double signe. En 2004, Martine Beaulne présentait un essai sur la mise en scène, Le Passeur d’âmes, chez Leméac. Aussi, elle publiait, en 2012, Voir de l’intérieur avec Sylvie Drapeau, un échange épistolaire entre les deux femmes sur leur passion et leur vision du théâtre. Boursière à maintes reprises du Conseil des arts du Canada et du Conseil des arts et des lettres du Québec, elle a enseigné à l’École supérieure de théâtre de l’UQAM pendant plus de vingt ans. Elle recevait en 2012 le prix d’excellence en enseignement, volet carrière. Par la profondeur de sa vision, l’acuité de son intuition et l’originalité de son approche, Martine Beaulne a donné aux théâtres québécois certaines de ses plus belles réalisations. [photo : Émilie Tournevache]

Vidéos

Critiques et commentaires

Extrait de la pièce

SIMON : Gab ! J’veux savoir… Méthot-là que c’est qu’y voulait ?

JEANNE : On a de la visite, on parle pas d’affaires.

Une fois que Jeanne est à l’intérieur.

GABRIEL : C’est le Suisse.

SIMON : Bush ?

GABRIEL : Bausch, oui. Le Suisse y’a offert un pâturage pour moins cher.

SIMON : On s’était entendu. On s’était serré la main.

GABRIEL : Eh Simon, je l’sais. Y dit qu’y a rien signé, fait que…

SIMON : L’ostie de Bush !

En entrant dans la maison :

GABRIEL : Bausch.

SIMON : L’ostie de Méthot !

MONIQUE : Méthot, c’est Réal ?

SIMON : Son fils.

JEANNE, de l’intérieur : Monique !

SIMON : Pour lui, une poignée de main c’est rien. (Ça, c’est un gars, une poignée de main veut rien dire.)

En entrant dans la maison :

MONIQUE : André, va chercher la glacière dans l’auto.

En accompagnant André qui se dirige du coté des autos :

SIMON, à André : Aujourd’hui, une poignée de main ça veut rien dire. Ç’a aucune valeur. Aucune valeur ! Pantoute !

ANDRÉ MATHIEU : Avant…

SIMON : Avant… ! Avant…

ANDRÉ MATHIEU : C’était pas pareil.

SIMON : Avant j’te dis pas qu’y’en avait pas des tro’s d’cul. Y’en avait des tro’s d’cul. Peut-être autant qu’aujourd’hui. Sauf dans l’temps, un tro’ d’cul ça s’appelait un tro’ d’cul pis on avait pas peur de le dire ni de le penser. Aujourd’hui…

Je conte ça à quelqu’un ce que Méthot vient de nous faire, on va tu me dire que c’est un tro’ d’cul? Non, on va me dire que j’exagère, que c’est juste un gars qui est d’affaire. Chriss! D’affaire!

ANDRÉ MATHIEU : C’est quoi exactement. Les deux champs…? J’ai pas tout à fait compris de…

SIMON C’est rien. C’est une petite… C’est rien.

Il continue en sortant de la salle, tandis que Gabriel arrive avec deux chaises et tient la porte pour Louise qui le suit avec une nappe et des assiettes. Ils parlent bas et rapidement.

Mais c’est un exemple, calvaire! Un exemple de tout ce qui va mal. DANS. LE. MON. DE, André. Comprends-tu?

Mot de l'auteur

Malgré les abondances d’août, la terre ne suffit plus Et la lumière au cœur de notre maison (famille/pays) vacille Menace de s’éteindre.

Nos plus anciennes peurs ressurgissent  La gueule ouverte du serpent, les trahisons en amour Un feu en colère.

Pourtant nous rions, nous rêvons de meilleurs lendemains Et nous réparons ce qu’il faut réparer En espérant que la maison (famille/pays) tienne un petit peu encore

Malgré nos défaillances.

Merci à Jean-Denis Leduc, au Théâtre de La Manufacture, à Fernand Rainville, et à toute l’équipe de la production originale de la pièce lors de sa création.

Merci à tous ceux et à toutes celles qui auront été de cette nouvelle aventure… Merci à toute l’équipe de chez DUCEPPE. Merci à toute l’équipe de la production.

Et un très gros merci à Martine qui a été la capitaine de ce navire.

Jean Marc Dalpé

Mot de la metteure en scène

Un des grands plaisirs de cette mise en scène a été d’orchestrer avec tous ces interprètes de talent la musicalité et la rythmique sensible des dialogues de Jean Marc Dalpé. Sa langue ciselée et percutante s’incarne à travers la tension des non-dits, des aspirations et des rêves étouffés de chacun des personnages. Les désirs refoulés ou à peine concrétisés, le vif tiraillement entre la tradition et la possibilité d’un éventuel changement animent la confrontation entre les membres de cette famille. S’inscrit alors une dualité entre la campagne et la ville, la soumission et la désobéissance, l’abnégation et une possible liberté.

L’auteur nous présente la réalité économique et affective d’une famille du monde rural qui, au cœur de la tourmente, essaie de vivre le plus harmonieusement possible un repas familial à la campagne. Une terre en désuétude qui ne produit plus, dont le legs s’est fait de mère en fille et où le lien au patrimoine familial est de plus en plus ténu. De plus, l’émancipation féminine crée, au sein de la famille, une fissure, une rupture éprouvante. Le puissant besoin de changement et d’ouverture des deux plus jeunes femmes ne se vit pas sans heurts. On pourrait faire un parallèle avec le Québec actuel où une jeunesse, témoin de l’effondrement des structures passées, remet en question les visions à court terme de notre société et respire à l’appel du renouveau. Une société où l’autonomie politique et sociale de la femme n’est pas encore tout à fait effective.

Le spectacle met en valeur :

Ce qui est dit, ce qui est tu.

Ce qui est vu, ce qui est caché.

Ce qui a été, ce qui n’est plus et peut-être ce qui sera…

Merci à tous les concepteurs de ce spectacle qui ont enrichi ma vision de départ.

Chers spectateurs et spectatrices, imaginez que vous êtes les voisins, habitant en face de la maison de Jeanne, de l’autre côté de la route de campagne, un jour de canicule au mois d’août….

Bon spectacle.

Martine Beaulne

Mot du directeur artistique

FAMILLE DÉCOMPOSÉE

D’une écriture nerveuse et fouillée, Août – Un repas à la campagne de Jean Marc Dalpé reste d’une hallucinante actualité.

Dalpé met en scène les membres d’une famille qui se réunissent autour de ce qui devait être un repas. Ces fameuses réunions de famille commencent toujours dans le respect des convenances et finissent souvent par des conflits. Grâce à une écriture serrée et patiente, ce n’est que petit à petit que les fêlures vont devenir de vertigineuses crevasses. Au fur et à mesure que s’effrite le tissu familial, les conventions sont renversées et le grand vide éclate. Tous ces personnages, Monique, André, Josée, Louise, Gabriel, Jeanne, Simon et Paulette, nous révèlent la part de nous-mêmes qui reste cachée sous le non-dit et la frustration.

Une pièce coup de poing.

Bon théâtre.

Michel Dumont

Mise en contexte

LE PARI RÉUSSI DE JEAN MARC DALPÉ

« Au théâtre, tout est dans la situation dramatique et dans le conflit. Le sens est porté par les personnages en action. Les mots sur la page (principalement le dialogue) ne sont que la pointe de l’iceberg. » — Jean Marc Dalpé[1]

Août – Un repas à la campagne est le plus récent texte pour le théâtre de Jean Marc Dalpé, auteur lauréat à trois reprises du plus prestigieux prix littéraire au Canada, le Prix du Gouverneur général.

Août – Un repas à la campagne fut unanimement et très chaudement saluée à sa création en avril 2006 : « un texte audacieux » écrivait Jade Bérubé dans le quotidien La Presse, « une écriture originale, électrique, faite de musique et de punchs » soulignait André Ducharme sur les ondes de Désautels (SRC), « un texte alliant la nostalgie de Tchekhov à la moiteur obsédante de Tennessee Williams » affirmait Christian St-Pierre dans les pages du journal Voir.

Au lendemain de la première à La Licorne, on a que des éloges pour cette nouvelle production du Théâtre de La Manufacture. Ce spectacle acclamé, récompensé du Masque du « Meilleur texte », est par ailleurs né de deux contraintes que s’est imposées son auteur.

Cette fois, place aux femmes!

Le premier défi que s’est lancé Jean Marc Dalpé fut celui de créer des personnages féminins. Car Août marque un changement d’univers évident pour l’auteur d’Eddy, Trick or Treat, Lucky Lady et Temps dur. Pas de bums, de durs à cuire, de boxeurs ou de détenus cette fois. Mais plutôt quatre générations de femmes, membres d’une même famille rurale ayant perdu ses repères, que l’on surprend au cœur de leur quotidien.

Cette nouvelle mouture d’Août – Un repas à la campagne présentée chez DUCEPPE, huit ans après sa création à La Licorne, a été confiée à la metteure en scène Martine Beaulne qui explique comment elle a abordé cette œuvre :

« Suite à l’écriture de plusieurs pièces mettant en scène des hommes, Jean Marc Dalpé a eu le désir de dépeindre un monde de femmes en y ajoutant une allusion au matriarcat québécois. Dans cette pièce, on peut apprécier les différents points de vue face à la famille. Comment le lien au patrimoine familial se transforme peu à peu avec la modernité, comment l’émancipation féminine se concrétise malgré ses difficultés; de la tradition au changement, de la ferme à la ville, de la soumission à la désobéissance. On peut faire un parallèle avec le Québec actuel où une jeunesse remet en question les acquis de notre société où les structures s’effritent. Une terre qui ne produit plus, une génération en mutation, une terre qui se meurt. Et la langue de Jean Marc Dalpé m’intéresse particulièrement ici; la structure rythmique des dialogues ainsi que la rythmique personnalisée de chacun des personnages. Aussi, la tension du non-dit, des secrets de chacun, des rêves déçus ou anticipés, l’attrait du désir, du défendu, cet élan qui peine à prendre son envol… ».

Comme si on y était…

La seconde contrainte fut celle de respecter l’unité classique de temps, de lieu et d’action. C’est ainsi que le spectateur a l’impression d’être là, tout près, voyeur malgré lui de la réunion de cette famille ordinaire, tissée peut-être trop serrée, couvant une inévitable crise. « C’est un modèle qu’on ne voit pas souvent, maintenant. On est dans un monde de montage, d’ellipse, de fragments. Je suis très conscient d’aller à l’encontre de l’air du temps. Et dans ce sens, je pose vraiment des choix risqués… », confiait Jean Marc Dalpé à Marie Labrecque du quotidien Le Devoir, à quelques jours de la première.

Avant de plancher sur ce texte, l’auteur a relu à plusieurs reprises les pièces de Tchekhov. Il souhaitait comprendre comment le maître russe ficelait et relançait l’action dans son œuvre. Août n’est d’ailleurs pas sans rappeler La Cerisaie ou Oncle Vania, alors que derrière les conversations les plus banales (on se souviendra longtemps de la scène de la nappe d’Août) grondent des drames.

Jean-Denis Leduc, directeur artistique du Théâtre de La Manufacture et de La Licorne en 2006 parlait d’Août en ces mots dans la préface du livre publié aux Éditions Prise de parole :

« Une écriture moderne, rythmée, concrète, qui renferme en elle-même toute la profondeur et l’humanité des personnages et des situations. […] De plus, j’avais l’impression de vivre ce qui se passait sur scène, d’être à la même place que l’auteur et en même temps que lui, ni avant ni après. […] Ma première et principale réaction a été de reconnaître à quel point l’auteur avait son écriture ancrée dans la peau. Une écriture qui a du souffle, à la fois instinctive et achevée dans les moindres détails. Une maîtrise parfaite. » [2]

La capacité de certains auteurs à se renouveler est parfois extraordinaire. Jean Marc Dalpé a gagné son pari. Il signait avec Août – Un repas à la campagne, un texte marquant tant pour les interprètes que pour le public. Un texte saisissant, adroitement construit, non dénué d’humour et d’une violence sournoise.

[1] SAVOIE, Paul, Acte de création : entretiens, Les Éditions L’Interligne, 2006, p. 11

[2] DALPÉ, Jean Marc, Août – Un repas à la campagne, Éditions Prise de parole, 2006, p. 8-12