L’héroïne des coulisses : Silvana Fernández

Posté le 11 Mai 2018 - Catégories

Une héroïne se cache dans les coulisses du Théâtre Jean-Duceppe! Sans elle, la présentation de la pièce Le bizarre incident du chien pendant la nuit serait impossible ou, du moins, l’arrière-scène serait alors plongée dans un véritable chaos. Mais Silvana Fernández est là et c’est avec la plus grande douceur qu’elle dirige très exactement une chorégraphie précise avec les comédiens. Dans la pénombre des coulisses, lumière frontale sur la tête, elle aide une dizaine de comédiens à effectuer une quantité impressionnante de changements de costumes, dont certains ne dureront que quelques secondes, pour aider à préserver le rythme ensorcelant de ce spectacle. Mais c’est loin d’être sa seule responsabilité sur cette production.

Lumière sur un métier de l’ombre : habilleuse.

 

Silvana Fernández, d’abord d’où viens-tu et comment as-tu commencé le métier d’habilleuse?

Je suis née au Chili et je suis déménagée au Québec en 1979. J’ai commencé le métier d’habilleuse à l’âge de 18 ans à la Place des Arts. Ma première pièce était un spectacle de Simon de Beauvoir au Café de la Place avec, entre autres, Gabriel Gascon. Je partage maintenant mon emploi du temps entre la Compagnie Jean Duceppe, Les Grands Ballets Canadiens et les Tournées Jean Duceppe.

Est-ce que Le bizarre incident du chien pendant la nuit est une pièce particulièrement exigeante pour une habilleuse ?

Ça fait 25 ans que je suis habilleuse et depuis 13 ans chez DUCEPPE. C’est un des spectacles les plus exigent pour une habilleuse qu’on y a présenté. En terme d’entretien, de lavage et aussi de changements rapides avec les comédiens. Tous les jours, je lave l’ensemble les vêtements. Sur certains spectacles j’aurais des doubles, 2 pantalons identiques par exemple. Mais ici, la plupart des costumes ont été achetés dans des friperies et donc nous n’avons pas de double.

Pour Le bizarre incident, on parle d’environ 75 looks différents. Avec aussi une très grande quantité d’accessoires, de souliers, de bottes, de lunettes, de cravates, de chapeaux et de perruques qui complètent chacun de ces looks. Je dois m’assurer en tout temps que tous les boutons, les attaches et détails sur ces looks soient en parfait état et fonctionnels. Tout doit être placé en arrière-scène de façon extrêmement précise afin que les comédiens n’aient jamais à chercher un élément. J’aide aussi à la pose des perruques dont j’assure aussi l’entretien au quotidien avec l’aide de la conceptrice Rachel Tremblay.

À quoi ressemble une journée de travail sur cette production?

Le matin, je fais le tour de toutes les loges, je pars un lavage, un séchage et le repassage. On parle d’environ 5 heures de travail avant que le spectacle ne commence.

Pendant le spectacle, j’assiste tous les comédiens dans leurs changements de costumes. Je dois suivre le spectacle de près et être au bon endroit pour accueillir chacun des artistes qui ont besoin d’assistance. Je dois bien faire une vingtaine d’aller-retour entre le côté cour et le côté jardin. Certains changements durent une dizaine de secondes seulement et demandent donc une grande précision. Je n’ai pas le droit à l’erreur puis que les artistes ainsi que le rythme de ce spectacle en dépendent. Lorsqu’un artiste retire un costume, il doit le laisser à un endroit très précis. Je récupère ensuite tous les éléments et les rapporte aux bons endroits pour les prochaines utilisations. Je replace les costumes qui s’apprêtent à être utilisés de façon très exacte pour aider le comédien à les enfiler le plus rapidement possible.

À l’entracte, je m’avance sur l’entretien. Je vérifie toutes les attaches et les boutons. Je repasse au peigne fin chaque morceau de vêtement. Pour faire des changements aussi rapides, beaucoup des costumes sont aimantés. Je dois donc m’assurer que tout fonctionne correctement. Si un seul bouton ne ferme pas, on peut apercevoir l’autre costume caché en dessous et ça brise la magie. C’est important pour les comédiens, pour leur tranquillité d’esprit, mais aussi pour le respect du travail de la conceptrice des costumes Marie Chantale Vaillancourt.

Après le spectacle, je ramasse les costumes qui ont été laissés par les comédiens à des endroits qui m’étaient inaccessibles durant la représentation, dans les trappes au plancher par exemple. Comme demain la matinée scolaire est à 10 h 30 et que je ne veux pas arriver à 4 h du matin au théâtre, je vais commencer le travail dès maintenant pour environ 2 heures et je serai au théâtre demain matin dès 7 h.

Parle-nous du rapport que tu dois entretenir avec les comédiens.

Le métier consiste aussi à savoir maintenir l’intimité des comédiens et toujours tendre l’oreille. On se trouve à devenir les «nounous» des artistes. On prend soin d’eux, on doit savoir dans quel état émotionnel ils arrivent au théâtre. La grande fébrilité qu’ils peuvent ressentir avant une première par exemple. Si jamais ils arrivent en retard, ça nous arrive tous, on doit tout prévoir pour pouvoir leur donner un coup de main, les apaiser, leur redonner une tranquillité d’esprit pour qu’ils puissent performer au meilleur d’eux même sur scène. On apprend à se découvrir, ils apprennent aussi à me faire confiance ce qui est essentiel pour mon travail. Au fur et à mesure des représentations, on tisse des liens d’amitié solides.