Jeune critique

Posté le 15 Septembre 2017 - Catégories

Cette saison, DUCEPPE offrira une tribune à de jeunes écrivains, des ados amoureux de théâtre, pour recueillir leurs impressions sur nos productions. La première à se lancer : Fabienne (@Juste_f4b à suivre sur Twitter ) sur la pièce Quand la pluie s’arrêtera :

De la pluie comme un héritage, comme un fardeau. Toujours là pour rappeler que nous ne sommes pas libres avant d’être réconciliés avec notre passé.

Quand la pluie s’arrêtera, présentée au théâtre Duceppe, dresse le portrait d’une famille qui, de 1959 à 2039, sur quatre générations, répète les mêmes erreurs. Des pères absents. Des enfants qui portent le prénom de leurs parents, les liant ainsi à des gens qu’ils ne connaissent pas, dont on leur a tout caché. Des destins qui se croisent plusieurs fois en s’ignorant… ou en se heurtant assez fort pour tuer. Une famille au climat déréglé, impuissante face aux éléments de l’histoire qui se déchaînent contre elle, harassée par la pluie qu’elle se lègue année après année. Et au coeur du maelström, Gabriel Law qui cherche son père, et Gabriel York, qui retrouve son fils.

La mise en scène de Frédéric Blanchette nous rassemble dans une maisonnette où se côtoient sans se voir les quatre générations sur lesquelles porte l’histoire, accentuant ainsi l’effet d’une répétition, année après année, des mêmes erreurs, des mêmes problèmes. On assiste aussi au voyage de Gabriel Law à travers le Coorong, une région de l’Australie, qui l’amènera jusqu’à Ayers Rock, le rocher sacré. Les déplacements sont illustrés par un habile jeu d’éclairage et d’accessoires qui nous transporte avec les personnages. Tout ça sur fond de pluie, représentée par des cordages pendus au plafond, contribuant ainsi à l’effet de lourdeur qui plane sur la scène – comme un journée grise.

La pièce tourne autour d’une interrogation centrale: est-il possible de faire mieux que ceux qui viennent avant nous, ou sommes-nous destinés à revivre toujours les erreurs de nos parents? Heureusement, elle fournit aussi l’outil pour y répondre: tout est dans le dialogue. Le dialogue pour expliquer, comprendre, réparer et avancer. Le dialogue pour contrer la pluie. Le dialogue pour faire la paix. Avec nous-même, avec ce qui nous entoure.

On sort de Quand la pluie s’arrêtera avec le bonheur d’avoir entendu un texte qui se construit tranquillement et brillamment, pour exploser de clarté et de sens à la scène finale. En tant qu’ado, on en sort satisfait – c’est le personnage emblème de notre génération qui sauve la mise, sans cliché ni stéréotype. Et bien que le lien et la réflexion sur l’environnement puissent se faire après coup, la pièce n’est absolument pas lourde ou moralisatrice. En fait, elle est même chargée d’un certain espoir.

En bref, Quand la pluie s’arrêtera est une pièce actuelle et rafraîchissante, sans longueurs. Les acteurs portent le texte avec une authenticité bouleversante, qui nous fait voyager de l’Angleterre à l’Australie, de 1959 à 2039. Une épopée en quatre générations criante de vérité, à voir au théâtre Duceppe jusqu’au 14 octobre.