Je suis indestructible

Comme vous avez pu le constater durant les représentations de Consentement, d’authentiques citations prononcées par des agresseurs et rapportées par des victimes ont été inscrites sur le mur de fond du décor créé par la scénographe Marie-Renée Bourget Harvey.

Afin de récolter une partie de ces citations, nous avons fait appel à Je suis indestructible, une plateforme web qui permet à toutes personnes ayant vécu de la violence à caractère sexuel d’extérioriser leurs émotions de façon créative et libératrice sous diverses techniques artistiques (photographie avec une citation, slam, BD, poésie, peinture, vidéo « vlog », lettre de témoignage, etc.).

 

« Tu veux ce que je veux. »

 

« Il faut que tu te découvres! »

 

« T’es belle quand t’es fâchée. »

 

« Même si tu dis non, je ne vais pas arrêter. »

 

« Tu ne m’as pas donné le choix, tu étais tellement belle. »

 

« Un jour je vais réussir à te faire jouir. »

 

J’étais dans son lit, dans un état de sidération avancé, comme morte, il était sorti après m’avoir violée. J’étais incapable de bouger de là. Il est entré et il a dit : « Il faudrait que tu partes, là. ». J’ai trouvé mes pantalons, je suis partie, comme un automate, à pied, des kilomètres en février.

 

« Come on, c’est juste pour essayer, tu ne me fais pas confiance? »

 

« Parles-en pas, je pourrais perdre ma job. »

 

« Dommage que tu quittes la ville, j’ai vraiment envie de toi et tu remplis des besoins que d’autres partenaires non. Je pourrais te rejoindre! »

 

« Sois à l’aise, nous on l’est t’inquiètes pas! »

 

« Que de bonté dans tes très jeunes fesses. »

 

« C’est une mécompréhension. En n’étant pas assez claire sur ton consentement, tu enfreins logiquement les miens. Ça va des deux bords! »

 

« J’essaye pas de te dire qui tu es, j’essaye de te faire comprendre que t’es bloquée! »

 

« Ton refus de me parler c’est de la violence. »

 

Mon ancien directeur de thèse de doctorat m’a fait des avances et attouchements sexuels dans une soirée organisée par mon département… Alors que je refusais ses avances, j’ai eu droit à trois fois plutôt qu’une : « Arrête d’argumenter! Ta gueule, salope. ». Le lendemain alors qu’il voulait clarifier la situation et à titre d’excuse il m’a dit que c’était parce qu’il s’imaginait dans un film porno français… (Bref ironiquement la notion de consentement n’est pas toujours comprise par un prof de criminologie)

 

Pour avoir vécu de nombreux viol conjugal dans un contexte de violence conjugale – Ceux que j’ai entendu le plus de sa part c’est : « Juste 2-3 petits coups ». Aussi : « C’est ton devoir de me satisfaire, sinon ben j’irai voir ailleurs. ».

 

« Je ne suis pas un agrès qui a besoin de violer des femmes pour avoir du cul. »

 

Lui : « Tu me fais peur là. J’ai-tu frappé quelqu’un? »
Moi : « Je sais pas. »
Lui :  « J’ai tu été violent avec toi? J’veux dire j’étais pas enragé? Violent sexuel peut-être… Mais hahahahha »
Moi : « non pas enragé, mais violent sexuel oui »
Lui : « désolé j’étais moi-même loll… »
Moi: « ouff bin en tout cas j’t’avais jamais vu d’même pi j’m’en aurais bien passé! »
– Directement pris de la convo fb que j’ai eu avec lui le lendemain de l’agression.

 

« ¿Crees que te invité para platicar? » [Tu crois que je t’ai invitée pour faire la conversation?]

 

« Pero yo sí tengo ganas… » [Oui, mais moi, j’en ai envie…]

 

« Sin condón. Con condón no se siente igual, y el sexo conlleva riesgos que estoy dispuesto a tomar. » [Sans préservatif. C’est pas pareil avec, et le sexe implique un risque que je suis prêt à prendre.]

 

« Flojita y cooperando. » [Détends-toi, coopère.]

 

« ¿Qué tienes? Parece que mi verga te da asco… » [Qu’est-ce que t’as? On dirait que ma queue te dégoûte…]

 

«Tu problema es que eres una mal cogida. Yo sólo quise darte la cogida de tu vida. » [Ton problème, c’est que tu es mal baisée. Moi, je voulais juste t’offrir la baise de ta vie.]

 

« Tu veux que j’aille aux toilettes avec toi ? ». Quelques années après m’avoir agressé sexuellement dans une salle de bain.

 

« C’est parce que je t’aime tu es unique… »

 

« C’est fini, ce temps-là. »
– Prof X, encore prof, vingt ans plus tard, à l’école de ma fille

 

« Merci de me faire plaisir. »

 

« T’es tellement gentille… Pas comme ta mère. »

 

Phrase pas dit à moi directement, mais que j’entendais souvent : « un trou c’tun trou… »

 

« T’es la salope qui a ruiné ma vie. »

 

« Je vais te poursuivre pour atteinte à ma réputation. »

 

« Tu as démontré des signes, genre des signes d’intérêts »

 

« Moi, je suis passé à autre chose. »
– Quelques mois plus tard quand je l’ai recroisé par l’entremise d’amis communs

 

Avant l’agression : « Je peux tu te flatter les cheveux? » (et j’avais dit non).

 

« Si ta mère serait icitte ça n’arriverait pas… »

 

« Je vais te faite ce que jamais on t’a fait. »

 

« Une fille anxieuse comme toi ne pourra jamais réussir dans la vie »
– Dit par une prof de cégep.

 

« Je le vois dans tes yeux que c’est ça que tu veux… »

 

« Ça faisait tellement longtemps que j’attendais ce moment-là »

 

« Je sais que tu en as envie. »

 

« Je sais mieux que toi ce qui te fait du bien. »

 

« Je sais que tu couches avec tes chefs au boulot. »

 

« Mais non ça te fait pas mal. »

 

« Je te réveille quand je veux pour te baiser c’est moi qui décide. »
– Désolée c’est un peu cru, mais la plupart de ces phrases ont été prononcées dans le cadre de ce qui était en fait du viol conjugal. Mon agresseur comparait mardi prochain au tribunal correctionnel pour appels malveillants… J’ai même pas parlé des viols tellement j’ai honte et ça me semble surréaliste. Merci pour ce projet. Vous êtes les premiers à qui j’en parle.

 

« Non, mais, pourquoi tu n’arrête pas de pleurer? Je vais te ramener chez toi, mais avant laisse-moi avoir mon tour. »

 

« Pourquoi tu pleures, j’t’ai tu fait mal? »

 

« C’est de ta faute. Tu n’es qu’une pourriture. Je vais porter plainte contre toi et tout le monde saura que tu es une salope. »
– Voilà ce qu’a hurlé l’adolescent qui m’a violé quand j’avais huit ans. Une fois son affaire finie, je me suis retournée contre lui pour lui casser le poignet avant de partir en courant. Au final, ce n’est pas l’acte en tant que tel qui m’a traumatisé, mais la peur qu’il porte effectivement plainte. Du statut de victime de viole, je culpabilisais de mettre défendue, j’avais l’impression que c’était moi la coupable. Ces mots résonnent encore dans ma tête.

 

« C’est notre secret. »

 

« Après avoir terminé, il m’a regardé dans les yeux et m’a hurlé:  Tu es à Moi! »

 

« T’inquiètes, ça va aller vite… »

 

« Bouge pas… »

 

« Laisse-toi faire! »

 

« Tiens, c’est fini. »

 

« Je crois que je me suis vengée sur toi de mon ex, je suis désolée. »

 

Alors que je pleurais et disais non : « il est trop tard pour dire non maintenant! »

 

Après : « Pauvre chouette tu as l’air de te sentir coupable! »

 

« Mais voyons je ne faisais que t’aimer, moi. »

 

« T’inquiètes, je vais me retirer avant de venir…» (ce qu’il a pas fait bien sûr).

 

Quelque temps après l’agression il m’a dit : « mais voyons je ne faisais que t’aimer, moi. »

 

« Tu es différente toi, je t’apporterai n’importe où. »

 

« Voyons c’est impossible que soit ta première fois. »

 

« Oublie pas comment ça ferait la peine à ta mère si elle sait qu’il y a quelque chose autre nous. »
– Série de trois viols effectués sur une semaine par le nouveau chum de ma mère lorsque j’avais 15 ans.

 

« De toute façon, moi les filles qui me prennent pour un con et qui me font galérer, je les prends et je les défonce. »

 

Après un long silence à croire que ça n’arriverait pas, j’ai fini par être capable de dire que non, je ne voulais pas… Quelques minutes plus tard, il a répondu: « Ah pis d’la marde » et il a mis son pénis dans mon vagin. « Ah pis d’la marde… » ça roule en boucle dans ma tête depuis cette nuit là.

 

« C’était-tu si pire que ça? »
C’est arrivé quand j’avais 16 ans, dans un party où j’avais trop bu, je me suis endormie dans une chambre à l’étage. Quelqu’un s’est couché à côté, j’ai pas trop fait attention (t’sais je dormais). Je me suis réveillée à un moment donné, parce qu’il y avait une main dans mes bobettes et le gars répétait mon prénom… J’ai figé. J’ai attendu que ce soit fini parce que je ne savais pas quoi faire d’autre…
Un peu plus tard dans la même nuit, il m’a demandé « C’était-tu si pire que ça? »
Ce sont les mots de mon agresseur qui m’ont le plus marquée.

 

« C’est pas de MA faute, c’est TOI qui es trop bandante. »
C’était ma deuxième rencontre avec un homme que j’avais connu à mon travail où il faisait un stage. On s’entendait bien et on en est venus à passer à l’acte un soir. Cependant, à un certain moment, il s’est montré beaucoup plus brusque. Lorsque je lui ai dit de « se calmer un peu », ça l’a fait rire et il a immobilisé mes bras au-dessus de ma tête d’une main et il appuyait sur mon thorax avec son autre main. J’ai commencé à me débattre un peu, car ça me faisait mal pour finalement voir que pour lui ce n’était pas un jeu. Plus je gigotais et plus il « trippait ». J’ai donc tout simplement « attendu » que ça finisse, sans broncher, question de ne pas en plus alimenter son plaisir. Quand il a vu que j’étais en train de m’évader dans mes pensées et que je ne réagissais plus, il m’a donné 3-4 gifles au visage comme pour me réveiller. Je lui ai de nouveau fait savoir qu’on n’était pas du tout sur la même longueur d’onde et que je voulais qu’il arrête. C’est là qu’il a sorti cette fameuse phrase qui est restée gravée dans ma mémoire : « c’est pas de MA faute, c’est TOI qui es trop bandante ». Et je dois avouer que pendant un bon moment, j’ai tourné cette phrase maintes fois dans ma tête pour me demander si vraiment J’ÉTAIS le problème. Le classique chez les victimes quoi…

 

« Je t’aime tellement que je ne vais pas te pénétrer. »

 

« I have never hated someone as much as I hate you. » [Je n’ai jamais détesté autant quelqu’un que je te déteste toi.]

 

« Je t’ai violée pour te rappeler que t’es rien d’autre qu’une plotte qu’on baise et que t’es personne ici. Moi, j’tun gars de foot, [personne va t’aider]. Pis si tu continues de me dénoncer comme ça, mes parents et moi on va te poursuivre en diffamation ; tu risques ma carrière [de football]. »

 

Une phrase qui a été dit lors de l’agression est : « Arrête! Tu attires trop d’attention ».

 

Après l’agression, en cour : « Je ne l’a connais même pas. ».

 

« Tu sais que ça te tente. »

 

Une phrase prononcée par une personne à qui je me suis confiée le lendemain : « Ben voyons, il ferait jamais ça! »

 

Pendant : « J’ai envie de toi laisse moi faire. Allez c’est rien, je suis sûr que t’es pas vierge. »
Après : « Ne dis rien à personne ou ça retombera sur toi. »

 

Ma gardienne, lorsqu’elle touchait son petit frère et moi : «si vous le dites à nos parents, c’est facile pour moi de dire que vous mentez pis vous serez punis.»

 

«Ton père est d’accord, ne fait pas de bruit.»

 

«Tu ne verras plus ta sœur… »

 

« C’était juste un jeu ! »

 

« T’es vraiment belle. J’te paie un verre ?»

 

« You don’t trust me? » [Tu ne me fais pas confiance?]

 

«Je l’savais qu’t’étais cochonne ! […] Come on, juste un p’tit french, je l’sais qu’ça t’tente… […] Y l’saura pas… »

 

«Tu m’fais pas confiance ? […] Ben non, j’ai pas fait ça, j’ferais jamais ça sans ton consentement ! »

 

« C’est pas grave, c’est juste du sang. »

 

« On a fait l’amour » avant de me serrer dans ses bras alors que j’étais complètement figé…

 

Voici la phrase que mon agresseur m’a dit avant de commencer à m’intimider: « C’est un turn off les dépressives. » C’est pourtant lui qui m’avait rendue malade dans une relation malsaine et qui avait profité de moi quand j’étais en psychose. Je croyais que plus personne ne m’aimerait parce que j’étais malade. C’était ma première fois.

 

« Ok mais si tu le fais pas tu pourras pas jouer avec nous. » – À 7 ans
« Penses-tu vraiment que tu vas aller dire ça a quelqu’un voyons. » – À 17 ans

 

La phrase de mon agresseur qui m’a marqué encore plus que l’agression elle-même. Un prof d’université que j’ai repoussé après ses attouchements sexuels et qui me regarde avec son regard glacial en me disant : « Tu sais ce qu’on fait aux femmes intelligentes pour qu’elles restent à leur place? ».  J’ai échoué mon cours.

 

« Apprends à te détendre… vois ça comme un compliment.  C’est pas si pire.»
J’avais 16 ans. Je jouais dans l’harmonie de mon école secondaire. C’était un gars de 24 ans, un ancien, qui aimait ben me tripoter pendant que je jouais, ou ailleurs. Même si je disais non.

 

Dans un voyage en Amérique latine au Pérou. Après m’avoir suivi sur la plage et sauté dessus par surprise par l’arrière pour me maîtriser. Après m’avoir frappé au visage, pendant la pénétration anale : « Te gusta? Dime que te gusta esto » [T’aimes ça? Dis-moi que t’aimes ça.]

 

« Si tu en parles, tu vas te faire chicaner parce que c’est pas correct ce que tu viens de faire. »

 

« Tu vas voir, tu vas être au 7e ciel. »

 

« C’est rien, c’est juste de la crème. »

 

« Arrête de pleurer comme ça tu me donnes l’impression que je te viole. »

 

« T’es un gars, c’est impossible que j’tailles violé. »

 

« Considère-toi chanceux que j’tailles initié à la sexualité si jeune »
– Une femme « d’expérience »

 

«T’étais soûl, tu te souviens pas que tu voulais »

 

« Chuttt, tu vas réveiller papa & maman. »

 

« Si tu refuses [les agressions], je ne jouerais plus avec toi. » – Mon frère.

 

« Si t’arrêtes de bouger, ça va finir plus vite. »

 

« Je vais t’apprendre ce qu’on m’a enseigné au pensionnat. »

 

« Ah s’il te plait, laisse-moi finir ; je suis le bord de venir. » – Mon ex.

 

« T’as dit non, mais au fond je sais que tu voulais. C’est ton corps qui me l’a dit. »

 

« Aller continue de te débattre, c’est encore plus excitant. »

 

« C’est cute de voir comment t’essaies de résister. »

 

« Je sais que tu veux au fond. »

 

« Tu peux pas accepter de boire un verre pis ensuite pas t’attendre à ce que ça arrive. »

 

« Dis rien à maman, ça va la briser. »

 

« Ça doit être l’enfer ton regard quand tu jouis. »

 

« Je suis ton chum. » [ Je peux pas t’avoir violée ].

 

« C’est toute dans ta tête. »

 

« C’est parce que je t’aime. »

 

« Je pense que t’as mal compris, c’est un malentendu. »

 

« T’es tellement chaude, je pouvais pas résister. »

 

« Arrête avec ton féminisme, ça déforme tes idées. »

 

« C’est pas un viol si je cris « surprise » juste avant. » [Deux heures plus tard] « Surprise ».

 

Il m’a dit beaucoup de choses blessantes, mais ce qui m’a le plus marqué c’était ces phrases-là :
« Qu’est-ce que les gens vont dire quand ils vont nous voir ensemble? Ma mère m’a dit qu’elle ne voulait pas de petits enfants noirs. »
« Tes amis sont malades d’aller dans ton pays d’origine. C’est un pays de fou. »
« Est-ce que ta mère est obèse parce qu’elle a eu une famille nombreuse? »