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Entrevue avec Sandrine Bisson et Pierrette Robitaille

Posté le 1 Janvier 1970 - Catégories

ENTRETIEN AVEC SANDRINE BISSON ET PIERRETTE ROBITAILLE QUI INCARNENT DANS LE TERRIER UN TANDEM MÈRE-FILLE INOUBLIABLE. DEUX COMÉDIENNES COMPLICES QUI SE RETROUVENT SUR LA SCÈNE DE DUCEPPE AVEC UN BONHEUR MANIFESTE.

 

Vous incarniez Becca, cette femme endeuillée de son petit garçon, à la création du Terrier au Théâtre Denise-Pelletier en 2016. Comment avez-vous réagi quand on vous a annoncé que vous l’interpréteriez de nouveau chez DUCEPPE?

Sandrine — Quand un spectacle est bon, quand la chimie est là, on ne veut pas que ça s’arrête. C’est un plaisir immense de retrouver cette équipe, cette richesse et cette… instabilité! Parce qu’après chaque représentation j’ai besoin de mes 25 minutes de voiture vers la maison pour m’en remettre, pour laisser Becca derrière moi! Il faut être bien « équipée » pour s’investir totalement dans un tel rôle et ensuite continuer sa vie normalement. Je suis contente d’avoir été formée à l’École nationale de théâtre où l’on nous apprend à dissocier à tout prix notre métier et notre vie personnelle. C’est vital.

 

 

Que retenez-vous de votre toute première lecture de ce texte?

Pierrette — Je me souviens que j’ai été tout de suite séduite. J’ai trouvé ça magnifique. Oui, le sujet est dramatique, mais c’est tellement habile et bien écrit, avec des rebondissements, des personnages humains, bien ficelés et beaucoup d’humour. Il y a un brillant équilibre entre le drame vécu et l’humour tout au long de cette pièce. De plus, on s’identifie tout de suite à cette famille moderne. J’étais heureuse que l’on m’offre ce rôle, car, même si la pièce est ponctuée de plusieurs moments drôles, je ne suis pas une comédienne souvent choisie dans des oeuvres plus dramatiques.

Sandrine — La première lecture a été très émouvante. Après trois pages, je n’étais plus capable de lire parce que c’était trop prenant. Ce que je retiens, c’est tout le travail d’intériorité et toute la force qui ressort de ce texte. Outre les émotions disons « de base », il y a une couche supplémentaire qui existe chez le personnage de Becca, un niveau émotionnel que l’on exploite rarement au théâtre. Personnellement, ç’a été un travail important de construire Becca et chacune des couches d’émotions qui l’habite.

 

Le metteur en scène a choisi de débarrasser le plateau de presque tout. Sans accessoires, votre façon d’aborder un rôle est-elle différente?

Sandrine — On va directement au texte. On est nus. Tous les objets sont en dessous, et au-dessus, il y a uniquement ce que l’on vit. On est à l’essentiel, dans l’émotion. Et on ne baisse pas les yeux sur un verre de vin, par exemple! Elle est là la fragilité aussi. C’est très difficile d’être sur scène sans aucun accessoire, c’est confrontant au départ. Mais, pour ma part, ça m’a fait avancer dans mon jeu.

Pierrette — Sans accessoires, pour moi, ç’a été extrêmement diffi­cile ! On doit apprendre deux partitions par coeur: d’abord le texte, ensuite les manipulations et les accessoires imaginaires. De plus, il y a toute une question de rythme que l’on doit créer et ça demande une intense concentration, comme jamais. Mais, on y arrive!

 

 

La pièce est brillamment dosée entre tragédie et humour, c’est une soupape bienvenue pour les spectateurs. Qu’en est-il pour vous, les acteurs?

Sandrine — L’humour est en effet très présent dans l’écriture et la ré­ponse du public est un baume pour nous. Heureusement que l’on joue devant public d’ailleurs! Au cinéma, ça doit être une tout autre chose. Quand on entend les spectateurs avoir tout de même du plaisir au fil de notre histoire tragique, ça nous apporte énormément, ça amène une autre dimension, un échange que j’apprécie beaucoup. On a alors, nous aussi, une respiration qui fait du bien.

 

Diriez-vous que, malgré le tragique de l’histoire, Le Terrier est une pièce qui fait du bien?

Pierrette — Tout à fait. Cet auteur a une telle compréhension du drame, une approche réaliste, humaine. Les combats du couple, l’absence de jugement, les répercussions du drame sur les proches, leur culpabilité, la pièce est remplie de détails qui la rendent infiniment humaine. Il y a quelque chose ici qui tend à nous réconcilier avec ce qui peut nous arriver, avec les petits et les plus grands drames de notre propre vie, avec nos faiblesses, nos difficultés. C’est normal d’être bousculé au fil de notre existence et de perdre pied, mais on se rattrape et on se donne la chance de continuer. Ici, on ne se gratte pas le bobo, c’est une pièce pleine de vie!

 

 

Sandrine, est-ce que le fait d’être vous-même mère d’un jeune garçon a influencé votre travail?

Ça fait réfléchir cette histoire. On se rend compte que chaque moment passé avec les gens qu’on aime est précieux et nous sommes confrontés à la fragilité de la vie. Il faut prendre soin des gens quand ils sont là! Cependant, il ne faut pas que le fait d’être maman influence mon jeu. Je ne veux pas que ma vie personnelle s’immisce dans mon travail et, non, le fait d’avoir un enfant n’a pas changé ma façon de jouer. Mais cela a changé ma façon de vivre, d’aborder un texte comme celui-là!