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Entretien avec Marie Houzeau, directrice générale de GRIS-Montréal

Posté le 25 Mars 2020 - Catégories

Depuis 15 ans, Marie Houzeau dirige le Groupe de recherche et d’intervention sociale (GRIS) de Montréal et joue un rôle de premier plan dans la lutte contre l’homophobie et les préjugés au Québec. Fondé en 1994, cet organisme communautaire réunit aujourd’hui une escouade de près de 300 bénévoles qui travaillent à favoriser une meilleure connaissance de la diversité sexuelle et de genre. Le GRIS est également le plus important service de démystification de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre en milieu scolaire au Québec.

Également consultante pour l’Institut national de Santé publique du Québec, Marie Houzeau a été maintes fois honorée, notamment de la Médaille de l’Assemblée nationale du Québec (2016) et du prix Femme de mérite, catégorie engagement social remis pas la Fondation Y des femmes (2016).

Coup d’œil sur l’évolution des droits LGBT+ au fil des 50 dernières années en compagnie de Marie Houzeau, dont l’engagement est mis en œuvre quotidiennement pour un monde plus ouvert à la diversité.

 

Pour vous, quelles ont été, à ce jour, les plus grandes victoires dans l’évolution des droits des LGBT+ ?

Bien sûr, il y a la décriminalisation de l’homosexualité en 1969. Cependant, dans les faits, ce qui a favorisé un changement plus direct sur le terrain, c’est l’interdit de discrimination par rapport à l’orientation sexuelle qui a été enchâssé dans l’article 10 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec en 1977. Ç’a été fait aussi pour l’identité de genre et l’expression de genre, mais beaucoup plus tard, en 2016.

Ce sont des moments déterminants, où l’on a pu s’appuyer sur la charte pour transférer la décriminalisation vers une égalité sociale. Car, malgré la décriminalisation en 1969, il était tout à fait possible à l’époque de continuer à refuser logement, travail, promotion, à une personne homosexuelle, sans aucune gêne. À partir de 1977, ça devient impossible.

Il y a aussi eu des étapes majeures en ce qui concerne la reconnaissance des couples et des familles, avec la loi sur la filiation et la reconnaissance des couples de même sexe en 2002. Voilà des moments particulièrement marquants pour nos communautés.

 

Et où diriez-vous que ça stagne et que le progrès vient difficilement ?

Dans la question des modèles, de l’inclusion des personnes de la diversité sexuelle et de genre à tous les postes de responsabilité ou de visibilité. Le fait de faire partie de la communauté LGBT+ ne devrait plus être un obstacle à rien.

Or, on voit que ce n’est toujours pas le cas, car il y a encore des personnes avec une certaine notoriété publique qui réfléchissent avant de faire, ou pas, leur coming out. Tant qu’il y aura ne serait-ce qu’une once de réflexion autour de cette question, ça veut dire qu’il y a des conséquences à le faire.

 

Beaucoup de choses ont changé en 50 ans. Le temps est révolu où les commentaires homophobes provoquaient l’hilarité générale. Mais, il subsiste des constats inquiétants, des statistiques dramatiques. Par exemple, dans la communauté LGBT+, les taux de dépression, d’idées suicidaires et même de tentatives de suicide demeurent de six à sept fois supérieurs à ceux des jeunes hétérosexuels. Quel est selon vous le plus grand défi dans les années qui viennent ?

Ce que ces statistiques nous indiquent, c’est que l’on n’est toujours pas arrivé, comme société, à transmettre le message à nos jeunes que, peu importe qui ils sont, c’est correct. Qu’ils ont le droit et la possibilité d’évoluer dans la société québécoise sans avoir besoin de se cacher ou de vivre des difficultés.

Un des défis pour les années à venir, c’est celui de travailler à avoir plus de modèles pour les jeunes de la communauté afin qu’ils et elles puissent envisager leur avenir autrement que comme une succession de portes qui se ferment parce qu’ils sont membres d’une communauté minoritaire. Si je suis un garçon et que je découvre que je suis gai, ça ne veut pas dire que je ne pourrai pas avoir d’enfants, que je ne pourrai pas faire le métier que je désire, que je ne pourrai pas me marier si je le souhaite. Bref, ça doit vouloir dire que tout est possible. Et je pense que les jeunes n’ont pas encore cette vision.

L’autre question sur laquelle il va vraiment falloir œuvrer, c’est celle des droits des personnes trans qui vivent beaucoup difficultés, de transphobie, de rejet et qui sont surreprésentées au sein de toutes les populations vulnérables, que l’on parle de suicide, de dépression, de pauvreté ou de l’accès aux soins.

 

Le GRIS sera en tournée à travers la province en 2020. Quelles sont les différences de la réalité LGBT+ dans les grands centres et les régions plus éloignées ?

Une chose est certaine, c’est que dans les grands centres il y a toute une série de services qui sont offerts, des organismes communautaires, des soins de santé, etc. On peut trouver sans trop de difficultés des gens qui comprennent et connaissent bien notre réalité. C’est beaucoup moins facile en région. Par contre, on ne peut pas vraiment dire, de façon simpliste, qu’en région c’est compliqué et qu’en ville tout va bien.

En région, ce sont de petites communautés. On se connaît bien. Le tissu social est plus serré et quand une personne fait son coming out, il ou elle n’est pas uniquement le gai, la lesbienne ou le trans… Les gens ne réduisent pas complètement cette personne à son orientation sexuelle ou son identité de genre. On sait qu’elle est la fille du voisin ou le petit cousin… Le fait qu’on la connaissait déjà, comme personne, diminue la possibilité de rester dans des idées préconçues et des préjugés. Il y a une proximité, un serrage de coude en région qui peut être un facteur de protection lors du coming out. Tandis que dans la ville, l’anonymat a ses avantages, mais il a aussi ses inconvénients.

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Grande tournée québécoise pour les 25 ans du GRIS-Montréal

Pour marquer ses 25 ans d’existence, le GRIS-Montréal prépare une tournée d’envergure provinciale visant à démystifier les orientations sexuelles et les identités de genre en régions éloignées. Ce projet inédit permettra à l’organisme de visiter, dès 2020, des endroits où aucun des cinq GRIS du Québec n’est actif actuellement. Afin de réaliser cette tournée québécoise, le GRIS s’appuie sur une ambitieuse campagne de financement 2019-2020, «Démystifier les réalités LGBT+, ça commence par une question», dont l’objectif a été fixé à 500 000 $.

Pour appuyer le projet: gris.ca/donnez

Pour en savoir plus sur les 25 ans du GRIS: gris.ca/25e