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DUCEPPE reçoit le prix Mosaïque de l’UDA

Posté le 1 Janvier 1970 - Catégories

Le prix Mosaïque de l’Union des artistes a été décerné pour la première fois le 19 décembre dernier à la compagnie DUCEPPE pour souligner son initiative d’instaurer des auditions annuelles ouvertes aux interprètes professionnels, une initiative qui réjouit Isabel dos Santos, responsable du comité mosaïque de l’UDA, « parce qu’il met en lumière de nouveaux talents, en plus de favoriser une plus grande diversité culturelle ». Des auditions qui ont réservé de belles surprises aux dires de la directrice générale de DUCEPPE, Amélie Duceppe, et des codirecteurs artistiques, David Laurin et Jean-Simon Traversy.

 

« C’est unanimement que les membres du comité mosaïque ont arrêté leur choix sur la compagnie DUCEPPE pour cette première édition du prix Mosaïque créé par le comité, affirme Isabel dos Santos. Même si de nombreux gestes ont été posés en ce sens par des théâtres, des metteurs en scène et des directeurs artistiques, particulièrement au cours de la dernière année, DUCEPPE se distingue par son audace, en allant au-delà des pratiques du milieu du théâtral québécois francophone », explique Isabel, qui travaille notamment à la représentativité des artistes dits de la diversité au théâtre et à l’écran, avec ses collègues du comité mosaïque. La création de ce prix s’inscrit d’ailleurs dans leur plan d’action.

Amélie, Jean-Simon et David se sont dits très touchés de recevoir le prix Mosaïque. Pour eux, la tenue d’auditions ouvertes était déjà dans le collimateur depuis quelque temps chez DUCEPPE. Comme le souligne Amélie, « Louise Duceppe avait ce souci de tenir des auditions pour découvrir de nouveaux talents et la compagnie avait déjà pris cette tangente. »

Pour les codirecteurs artistiques dans la jeune trentaine, cela allait de soi. « À notre arrivée chez DUCEPPE, nous avions ce désir d’ouverture, de voir d’autres visages, d’autres générations, d’avoir une diversité. Pour David et moi, c’était très clair, nous voulions mettre en place une structure pour tenir des auditions ouvertes, indique Jean-Simon. On le faisait déjà pour notre compagnie, LAB87. Et nous nous sommes aussi inspirés d’une compagnie anglaise que nous aimons beaucoup, Paines Plough, qui, en plus de tenir des auditions annuelles, se déplace dans différentes villes pour auditionner, chose courante en Angleterre. Malheureusement, nous n’avons pas les moyens de le faire… mais, au moins, nous pouvons organiser des auditions. Et, en tant qu’acteur, j’avais aussi la perception que si on ne connaissait pas le metteur en scène, les chances d’auditionner pour un rôle étaient pratiquement nulles. De là l’importance des auditions ouvertes. »

 

Des auditions ouvertes à tous

C’est donc en septembre dernier que DUCEPPE tenait ses premières auditions annuelles ouvertes à tous les artistes interprètes professionnels. En lançant l’invitation sur les réseaux sociaux et dans les médias, Amélie Duceppe, David Laurin et Jean-Simon Traversy étaient loin de se douter qu’ils recevraient 974 candidatures. De ce nombre, ils en ont retenu 60 pour les auditions, soit 30 duos qui devaient présenter en 3 minutes une scène dans le style contemporain québécois ou issue du théâtral anglo-saxon. Bref, une audition de 10 minutes devant une quinzaine de metteurs en scène, dont 8 des prochaines saisons en préparation chez DUCEPPE et plusieurs provenant d’autres théâtres, invités pour l’occasion par les deux directeurs artistiques. Des 60 interprètes qui ont auditionné, 17 étaient issus de la diversité. Et 7 interprètes (sur les 60) ont été retenus pour une deuxième audition ‒ audition spécifique ‒ pour laquelle ils ont préparé un extrait d’une pièce de la saison en préparation.

 

Comment s’est effectué le choix des interprètes à recevoir en audition?

Le but premier était d’ouvrir les portes de DUCEPPE au plus grand nombre, pour diversifier la banque de comédiens pour de futures distributions. Cette diversification imposait naturellement parmi les critères une représentativité de la diversité à l’image de la démographie. David Laurin et Jean-Simon Traversy s’entendent pour dire que les jeunes auteurs sont déjà dans cette mouvance d’inclure la diversité culturelle, qu’ils sont sensibles à l’appropriation culturelle, et pas seulement au Québec, mais partout dans le monde. Pour eux, c’est la normalité.

Pour Sophie Prégent, présidente de l’UDA, cette vision de la direction de DUCEPPE est inspirante et elle vient renforcer sa conviction que l’UDA doit poursuivre ses efforts pour que les artistes de la diversité soient mieux représentés au théâtre et à la télévision. « Depuis que je suis à la tête de l’UDA, j’ai fait de la représentativité de la diversité mon cheval de bataille, rappelle-t-elle. Le milieu théâtral francophone est en retard sur le théâtre anglophone. Et on doit corriger le tir. Nous côtoyons des gens ayant des expériences variées et des origines culturelles diverses, que ce soit au travail ou dans notre vie personnelle, mais, étrangement, ils ne sont pas très visibles sur scène ou à l’écran. Et là, je ne parle que de diversité culturelle. La diversité, c’est aussi la diversité corporelle, l’âge, les différents types de profils d’artistes… »

Victimes de son succès, l’équipe de DUCEPPE a donc relevé ses manches et a consacré une semaine à passer à travers les 974 candidatures. « Nous avions reçu beaucoup d’inscriptions par rapport au nombre d’interprètes que nous étions en mesure de recevoir en audition », avoue David Laurin, qui a été agréablement surpris de recevoir des candidatures de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick.

La moitié des candidatures retenues répondait aux critères de genre et d’âge pour la saison en préparation. « Pour l’autre moitié, les artistes ont été sélectionnés par un tirage au sort, explique Jean-Simon Traversy, tout en tenant compte de la démographie : 52 % de femmes et 48 % d’hommes, et 30 % d’interprètes issus de la diversité culturelle, un objectif que nous nous étions fixé David et moi. »

 

Comment amener la diversité dans la salle?

Dans la foulée des auditions ouvertes, Amélie Duceppe mentionne que la compagnie va poursuivre ses efforts en médiation culturelle, notamment en modifiant sa stratégie médias, « car, précise-t-elle, l’accessibilité se vit des deux côtés, sur les planches et dans la salle. Nous devons joindre les membres des différentes communautés qui n’ont pas le réflexe de venir chez nous parce qu’ils ne se retrouvent pas dans notre théâtre. Il faut aller les chercher… »

David Laurin abonde dans le même sens, en citant l’exemple de la pièce L’amour est un dumpling, jouée à La Licorne en 2017 et produite par LAB87, compagnie qu’il a fondée avec Jean-Simon. Cette pièce, dont l’histoire se déroule dans un restaurant du quartier chinois, à Montréal, comprenait dans sa distribution la comédienne d’origine chinoise, Zhimei Zhang, très engagée dans son milieu, qui avait exprimé le souhait de voir des membres de sa communauté assister à la pièce. « On avait alors accordé des entrevues à des médias locaux du quartier chinois, se souvient David, pour promouvoir la pièce. » Résultat : de nombreux membres de la communauté chinoise sont allés à La Licorne voir la pièce.

Pour Isabel dos Santos, le tour de force de DUCEPPE, c’est justement d’élargir les familles artistiques, tout en déployant également des efforts pour amener cette diversité dans la salle. « Je comprends très bien le principe des familles artistiques, soutient Isabel, le fait que des metteurs en scène et des interprètes qui s’intéressent à un même style de théâtre, qui partagent les mêmes goûts en matière de répertoire, d’auteurs, etc., se retrouvent à travailler ensemble, mais ce qui me désole, c’est que cela laisse peu de place aux autres artistes, particulièrement ceux de la diversité qui, dans bien des cas, n’ont pas étudié au Québec et, de ce fait, n’ont jamais travaillé avec les metteurs en scène d’ici. »

« David Laurin encourage d’ailleurs les autres théâtres à leur emboîter le pas. “On aimerait ça que ça incite les autres théâtres à tenir des auditions annuelles. Oui, c’est du travail, mais c’est l’fun, c’est stimulant pour un directeur artistique.” »

 

La suite des choses

David tient à rassurer en quelque sorte les personnes retenues en audition : « Ce n’est pas parce qu’elles n’ont pas été choisies pour la prochaine saison que c’est terminé. Nous avons en tête leur visage, leur voix. Il m’arrive de croiser certaines d’entre elles au théâtre ou sur la rue. Elles font maintenant partie de notre banque et elles pourraient se retrouver dans nos distributions futures. Et d’autres employeurs les ont vues également. »

Fait à noter, les codirecteurs artistiques ont reçu des appels de metteurs en scène qui ont demandé à être invités pour les auditions de l’année prochaine. David Laurin encourage d’ailleurs les autres théâtres à leur emboîter le pas. « On aimerait ça que ça incite les autres théâtres à tenir des auditions annuelles. Oui, c’est du travail, mais c’est l’fun, c’est stimulant pour un directeur artistique. Nous avons fait de belles découvertes! Mais entendons-nous : DUCEPPE ne tient pas à devenir LA compagnie responsable des auditions à Montréal et pour tout le Québec. »

Selon David et Jean-Simon, qui se voient comme des facilitateurs dans ce processus, la formule devrait être, somme toute, sensiblement la même l’année prochaine, ce qui fait bien plaisir à la responsable du comité mosaïque, Isabel dos Santos, qui sait combien il est difficile pour les artistes, tous profils confondus, de décrocher des auditions.

« Les auditions ouvertes de la compagnie DUCEPPE ont ce grand avantage qu’elles décloisonnent!, se réjouit Isabel. Elles ne divisent pas le monde en groupes fermés… Les artistes de la majorité et de toutes les minorités se sont trouvés, dans le cadre de ces auditions, ensemble, donnant par la même occasion une image vraie du Québec d’aujourd’hui. »

 

Les lauréats du prix Mosaïque entourés des membres du comité mosaïque. De gauche à droite : Sophie Prégent, présidente de l’UDA, Abdelghafour Elaaziz, Isabel dos Santos, responsable du comité, Pierre Blanchet, directeur des communications de l’UDA, Amélie Duceppe, directrice générale de DUCEPPE, ainsi que Jean-Simon Traversy et David Laurin, les codirecteurs artistiques de DUCEPPE, Ayana O’Shun, Albert Kwan et Alice Tran. © Union des artistes