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Balado – Entretien Duceppe: présence noire au Québec, d’hier à aujourd’hui

Posté le 1 Janvier 1970 - Catégories

Dans le contexte de sa série d’activités gratuites Les entretiens Duceppe et de la présentation de la pièce Héritage (A Raisin in the Sun), Duceppe tenait le 6 septembre dernier une discussion publique portant sur la PRÉSENCE NOIRE AU QUÉBEC, D’HIER À AUJOURD’HUI.

 

Nous vous invitons à écouter l’intégrale de cette discussion et à retrouver les panélistes Philippe Néméh-Nombré (doctorant en sociologie et chargé de cours, Université de Montréal), Edith Kabuya (autrice et scénariste Victoire-Divine, Les Maudits), Michael P. Farkas (président de la Table ronde du Mois de l’histoire des Noirs) et Myrlande Pierre (sociologue, vice-présidente et responsable du mandat Charte à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse), qui ont exploré le thème sous des angles sociologiques, historiques et culturels. Cette discussion passionnante est dirigée par la journaliste et animatrice Myriam Fehmiu.

 

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«Je ne sais pas si nous sommes prisonniers de notre héritage, mais je sais que nous sommes les héritiers de quelque chose qu’on n’a pas demandé et que l’on doit surmonter.» – Michael P. Farkas

Le 4 septembre dernier, sur les planches du Théâtre Jean-Duceppe de la Place des Arts, on vivait un moment historique. C’était notamment la première fois que l’on applaudissait une distribution composée à quatre-vingt-dix pour cent de comédien·ne·s noir·e·s dans un théâtre institutionnel québécois, la première fois que l’on y programmait une œuvre d’une dramaturge afro-américaine. Mais, ce moment marquant aura-t-il une incidence à long terme? Y’aura-t-il un «avant» et un «après» la présentation d’Héritage? Est-ce qu’on assistera à un changement de paradigmes?

«Est-ce que ce sera possible de retourner en arrière?», se demande plutôt Philippe Néméh-Nombré qui croit que nous en sommes à redéfinir les rôles joués par les comédien·ne·s racisé·e·s, et en particulier par les personnes noires. Et ce, que ce soit dans les productions qui sont majoritairement noires, que d’une manière plus générale. Est-ce que les rôles vont continuer à refléter les stéréotypes ou non? «Je pense que c’est là qu’on est rendu», ajoute-t-il.

«J’espère surtout que ça va briser l’argument de la “matante de région” qui ne peut s’identifier à nos histoires et aux personnages. J’étais à la représentation hier soir, et je sentais que tout le monde pouvait “feeler” l’émotion des personnages, et ce, peu importe notre couleur, nos origines, notre vécu. Je crois que c’était la preuve que cet argument de la “matante” qui ne peut pas s’identifier à un noir, un autochtone, un latino est faux. Il n’existe pas. C’est une fausse excuse.» – Edith Kabuya

De gauche à droite: Myriam Fehmiu, Myrlande Pierre, Michael P. Farkas, Edith Kabuya et Philippe Némésis-Nombré.

 

La pièce de Lorraine Hansberry se déroule au début des années 50 à Chicago. Le Nord des États-Unis était un véritable eldorado dans les années 1900 pour les Noir·e·s qui fuyaient les lois ségrégationnistes du Sud. La ségrégation de fait était cependant encore une réalité au quotidien à Chicago. On placarde des affiches No colored people dans certains commerces, par exemple. Ça n’a pas été le cas au Québec, où il n’y a pas eu cette grande vague d’immigration des communautés noires. «On peut quand même dire qu’il y a eu certains endroits à Montréal, que ce soit Montréal-Nord, La Petite-Bourgogne ou Saint-Michel, où il y a une agglomération, une concentration de Noir·e·s qui ont aussi connu des difficultés d’intégration», précise Michael P. Farkas.

Au Québec, avons-nous tendance à oublier ou méconnaître notre passé colonial, d’esclavagisme, de ségrégation? Est-ce que l’on doit aller au-delà de ce contexte et regarder vers l’avant? Les Afroquébécois·e·s sont-ils prisonniers de leur héritage? Y’a-t-il un parallèle à faire avec la communauté autochtone? Y’a-t-il un effort de solidarité à faire entre les communautés noires et autochtones?

 «Je pense que l’une des premières choses que l’on doit faire avant d’envisager de dépasser ou tourner la page, c’est de reconnaître ce qui s’est passé dans l’histoire.» – Philippe Néméh-Nombré

«On a de la difficulté au Québec à s’imaginer comme une nation avec un passé esclavagiste, même si ça n’est évidemment pas au même titre, en termes quantitatifs, que dans d’autres parties dans le monde. Mais, au niveau culturel, au niveau des représentations que ç’a créées, de la place des personnes noires, il y a des incidences qui sont similaires. Il y a un héritage de l’esclavage qui est très présent, et ça, c’est une chose qui doit être reconnue si on veut aller de l’avant», estime Philippe Néméh-Nombré. «Il y a encore des impacts aujourd’hui. Par exemple: le profilage, la criminalisation, les stéréotypes… Ce n’est pas anodin. C’est ancré dans un passé.»

Au Québec, certaines études démontrent que même la 3e génération issue de l’immigration haïtienne a un taux de chômage qui est le double de la moyenne. Pourtant, ces jeunes sont nés ici, ils ont fait leur passage dans le système scolaire québécois. Comment expliquer ces disparités, ces inégalités? Aussi, les gens racisés souvent s’inquiètent, ils se disent que même s’ils font les choses comme il faut, s’ils vont à l’école, travaillent fort, c’est possible, malgré tout, qu’ils n’arrivent pas au résultat souhaité, qu’ils ne réalisent pas leur rêve. Un mot à la mode: la charge raciale.

 «Tout le Québec comme société doit se sentir interpellé par ces enjeux, par ces problèmes qu’il faut savoir nommer.» – Myrlande Pierre

L’auteure Edith Kabuya est arrivée, il y a quelques années, à un dur constat : «J’ai réalisé que je n’écrivais jamais de personnages noirs. C’était bizarre. Je suis noire, j’en suis fière, alors pourquoi mes personnages ne sont jamais noirs?» Où en sommes-nous avec la question de la représentativité dans notre culture, dans les livres, sur les scènes, à la télévision, au cinéma? Comment on peut améliorer cette représentation? Est-ce une action qui va changer les choses, ou plutôt une complémentarité d’actions diversifiées?

 « Ça prend des exemples. On parle d’identité. Il faut que les gens puissent s’identifier à leur professeur, puissent s’identifier au contremaître sur un chantier de construction, au dentiste, etc. Et ça peine à arriver pour les Noir·e·s. » – Michael P. Farkas

«Je viens de réaliser que je n’ai jamais eu de prof noir·e dans ma vie, que ce soit sur la Rive-Sud ou à Montréal!» lancera alors Edith Kabuya. Avons-nous raté le bateau de l’intégration et de l’inclusion? Est-ce que cette responsabilité est institutionnelle ou doit-elle reposer sur une volonté individuelle ? N’était-elle pas plutôt sociale ou encore parentale? Et, sommes-nous sur la bonne voie?

Pour écouter l’entretien en balado, remontez au haut de cette page.

La pièce HÉRITAGE est présentée chez Duceppe jusqu’au 4 octobre 2019.

 

De gauche à droite: Myriam Fehmiu, Myrlande Pierre, Michael P. Farkas, Edith Kabuya et Philippe Némésis-Nombré.