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Résumé de la pièce

de David Lindsay-Abaire
mise en scène de Pierre Bernard

avec Josée Deschênes, Benoît Gouin, Andrée Lachapelle, Chantal Baril, Amélie Chérubin-Soulières, Simon Lacroix

traduction de Maryse Warda

Un parent pauvre est toujours un parent éloigné.
Alphonse D’Houdetot 

Bienvenue à Southie, un quartier de Boston où une belle sortie dans le monde consiste à aller au bingo… où le chèque de paie du mois sert à régler les dettes du mois précédent… et où Margaret Walsh vient de perdre son emploi au Dollar Store. L’avenir s’annonce très sombre pour elle.  Menacée d’éviction et désireuse de respirer un peu, Margaret est persuadée que Mike, une vieille connaissance qui a réussi à sortir de Southie, sera pour elle la personne rêvée qui va l’aider à repartir à neuf.  Elle décide d’aller le rencontrer avec l’espoir que ce dernier va l’aider à conjurer le sort.  Mais cet homme qui, semble-t-il, a réussi tout seul à se sortir de la misère, est-il suffisamment sûr de lui pour accepter d’assumer ses humbles origines?  Margaret est sur le point de risquer le petit peu qu’il lui reste pour l’apprendre.

Souvent avec humour, Lindsay-Abaire explore les luttes, les découragements, les liens malgré tous les espoirs inébranlables que vivent en Amérique les gens qui ne possèdent pratiquement rien.

Du Bon Monde, une leçon de vie et d’espoir, une occasion unique d’obliger les possédants et les nantis à constater les inégalités sociales et économiques du monde dans lequel nous vivons.  Loin d’être une œuvre misérabiliste, cette pièce est un hommage au courage et à la force intérieure d’une classe de la société qui, comme on le dit chez nous, semble inéluctablement née pour un petit pain.

Décor : Geneviève Lizotte
Costumes : Mérédith Caron
Éclairages : Guy Simard
Musique : Catherine Gadouas
Accessoires : Normand Blais

Assistance à la mise en scène : Manon Bouchard

Consultez les activités en marge des représentations.

Texte

David Lindsay-Abaire

La quarantaine à peine franchie, un prix Pulitzer en main, plusieurs titres à succès sur Broadway et quelques contributions au monde cinématographique, David Lindsay-Abaire est l’un des dramaturges américains les plus en vogue des dernières années. L’auteur a d’abord connu la vie d’un quartier pauvre avant d’entamer des études aux prestigieux établissements Sarah Lawrence College et Juilliard School, à New York. D’ailleurs, le clivage entre ces deux réalités semble avoir été déterminant dans l’identité dramaturgique de l’auteur. Ce dernier décrit son théâtre comme étant le lieu où des personnages aliénés du monde extérieur, des étrangers, cherchent clarté et vérité. Selon lui, la scène est un endroit propice pour imaginer des choses un peu absurdes, des situations improbables. C’est ainsi qu’il met en scène une dramaturgie qui manipule la réalité, contourne l’anecdote et révèle des personnages soigneusement dessinés. Les dialogues sont poignants, le rythme toujours bien orchestré.

Avec la pièce Good People, qui a vu le jour sur Broadway en 2011, David Lindsay-Abaire écrit pour la première fois sur son lieu d’origine : South Boston dans l’état du Massachussets, communément appelé « Southie ». Souvent représentée au cinéma, notamment dans les films Good Will Hunting et The Departed, South Boston est une région ouvrière, modeste et habitée principalement par la communauté irlandaise et catholique. 

En 1999, David Lindsay-Abaire remporte un succès important avec la pièce Fuddy Meers, produite au Manhattan Theatre Club. Cinq ans après sa création à New York, la pièce avait été montée dans plus de deux cents théâtres aux États-Unis. Elle vaut à l’auteur notamment le John Gassner Playwrighting Award et le Heilpern Award du dramaturge le plus prometteur. Des autres oeuvres qu’a signées le jeune dramaturge, mentionnons, entre autres, Kimberly Akimbo, qui met en scène une adolescente de seize ans aux prises avec une maladie qui la vieillit prématurément, Wonder of the World, dont le rôle principal fut créé par la célèbre actrice Sarah Jessica Parker, Dotting and Dashing et Snow Angel. C’est toutefois la pièce Rabbit Hole qui propulse l’auteur vers le succès international. Racontant la vie de parents ayant perdu un de leurs enfants, la pièce reçoit le prix Pulitzer en 2007 et est plus tard adaptée au cinéma. Le film met en vedette Nicole Kidman dans le rôle principal; David Linsday-Abaire participe à la scénarisation du film. Au chapitre des scénarios, soulignons également la participation de l’auteur aux films Robots et Ink Heart. Il signe de plus un long métrage animé, Rise of the Guardians, qui sortira en salle en novembre 2012.

Le travail de David Lindsay-Abaire n’est pas étranger à Montréal. Dans un tout autre registre que Good People, David Lindsay-Abaire a aussi écrit le livret et les chansons de la comédie musicale Shrek, présentée tout récemment à la Place des Arts, à Montréal.

 


Mise en scène

Pierre Bernard

Crédit : Monic Richard

L’homme qui met en scène la pièce Du Bon Monde cette année chez DUCEPPE est incontestablement un artiste qui a influencé le milieu du théâtre québécois à plus d’une reprise. Passionné de théâtre, Pierre Bernard est, depuis trente ans, une figure importante dont la pratique maintes fois prisée est marquée par la rigueur, l’intelligence et la qualité. Et ce, tant à titre de comédien que de metteur en scène et de directeur artistique.

D’abord apprécié comme membre des équipes de communications de certaines compagnies théâtrales dont DUCEPPE où il a travaillé comme attaché de presse en 1987-1988, Pierre Bernard prend son envol comme comédien après sa formation d’interprète à l’École nationale de théâtre. On le voit notamment sur scène sous la direction de René Richard Cyr, Wajdi Mouawad, Serge Denoncourt. Il est également de la distribution du film L’Âge des ténèbres de Denys Arcand.

De 1988 à 2000, Pierre Bernard prend en charge la direction artistique du Théâtre de Quat’Sous. Ces douze années sont souvent reconnues comme étant particulièrement effervescentes pour le petit théâtre de l’avenue des Pins. Le directeur artistique y instigue de nouvelles pratiques, crée des programmations audacieuses et éclectiques, faisant souvent découvrir de jeunes créateurs et des univers dramaturgiques inexplorés. Il y met en scène plusieurs pièces dont Traces d’étoiles, Variations sur un temps et L’enfant-problème. Suite à cette expérience des plus déterminantes, Pierre Bernard se joint à l’équipe de Juste pour rire au sein de laquelle il œuvre comme directeur artistique et dépisteur de talents. Il y présente, entre autres, Arturo Brachetti, l’immense succès Le Mystère d’Irma Vep et, tout récemment, Le Prénom. En 2008, il assure la mise en scène du spectacle d’André Sauvé.

Depuis 2002, Pierre Bernard œuvre également à l’École nationale de théâtre, tour à tour comme professeur, conseiller dramaturgique, juré, directeur d’acteurs et coach en mise en scène.

Traduction

Maryse Warda

Crédit : Jean-Sébastien Dénommé

Les nombreuses traductions et adaptations de Maryse Warda cumulent les distinctions. Son travail sur Motel de passage, une série de George F. Walker, reçoit d’ailleurs en 2000 le Masque de la meilleure traduction et se retrouve en lice pour le Prix du Gouverneur général. L’Académie québécoise du théâtre mettra en nomination deux autres de ses traductions, celles de Wit de Margaret Edson et de Variations sur un temps de David Ives. Enfin, l’Association québécoise des critiques de théâtre retient sa version de Traces d’étoiles de Cindy Lou Johnson — sa toute première traduction —, comme finaliste en 1992.

Au total, ce sont plus de quarante pièces que Maryse Warda a traduites au cours de sa carrière qui débute au Théâtre de Quat’Sous en 1991. Les metteurs en scène les plus reconnus, pensons à René Richard Cyr, Serge Denoncourt, Pierre Bernard, Denise Guilbault, Martine Beaulne, Martin Faucher, Denis Bernard et Hugo Bélanger font appel à son talent.

Parmi ses accomplissements, mentionnons les traductions des pièces Good People (Du Bon Monde) de David Lindsay-Abaire et Venus in Fur (La Vénus au vison) de David Ives — présentées chez DUCEPPE en 2012 et 2013 —, Ce moment-là de Deirdre Kinahan, Yellow Moon de David Greig et Comment j’ai appris à conduire de Paula Vogel. Aussi, signalons les adaptations québécoises du Prénom de Matthieu Delaporte et Alexandre de la Patellière mise en scène par Serge Denoncourt pour le Festival Juste pour rire 2012 et 2013, ainsi qu’Adieu, je reste! d’Isabelle Mergault, présentée au Théâtre Beaumont St-Michel à l’été 2013. Avec Peter and Alice pour DUCEPPE, elle renoue avec l’œuvre de John Logan; elle signait Rouge (une traduction de Red) ce printemps au Théâtre du Rideau Vert.

Maryse Warda voit aussi ses versions reprises à l’étranger, notamment Traces d’étoiles, jouée à Lausanne. Plusieurs sont publiées — L’Homme laid (Boréal), la série Motel de passage (VLB éditeur) et Bye Bye Baby (L’instant scène) — ou portées à l’écran par les réalisateurs Claude Desrosiers (Traces d’étoiles) ou Louis Bélanger (Le génie du crime).

La traductrice québécoise recevait, en 2011, le Prix du Gouverneur général pour sa version française de la pièce de Greg MacArthur, Toxique ou L’incident dans l’autobus. Elle s’est également illustrée comme directrice administrative du Théâtre de Quat’Sous et comme directrice générale adjointe de l’École nationale de théâtre.

Vidéos

Mot du metteur en scène

Tous les hommes naissent libres et égaux, mais certains sont plus égaux que d’autres.
Coluche

Je me suis souvent demandé si nos départs étaient tous les mêmes, selon d’où l’on est issu.
Est-ce que quelqu’un plus démuni éducationnellement, culturellement et financièrement, est aussi avantagé que la personne bien née?
Quels sont les réels choix qui s’offrent à nous, selon notre provenance?
Et quelle aurait été notre vie si nous avions opté pour tel choix plutôt que celui que nous avons fait?
Tout n’est-il qu’une question de choix?
Et sont-ce les mêmes choix pour tous? 

J’aime profondément cette Margaret si attachante et émouvante, bien que ses manières puissent parfois heurter nos bienséances et notre civilité.
Parce qu’elle est farouchement franche, même si toute vérité n’est pas bonne à dire.
Parce qu’elle est formidablement drôle, bien que son humour ne soit pas toujours le bienvenu.
Parce qu’elle est, à l’instar de ses amies Jeannie et Dottie, une battante.
Elle va même au-devant de la tempête, quand ce n’est pas elle-même qui la suscite.
Elle n’a pas le temps de regarder et d’analyser son état, trop occupée qu’elle est à assurer sa survie et celle de sa fille. 

Ces femmes, je les connais.
Elles m’ont gardé et bercé lorsque j’étais enfant.
Elles m’ont fait éclater de rire. Elles ont déposé des baisers et des mots réconfortants sur mes sanglots. Elles m’ont appris l’ouverture, l’humour, la vacherie, la loyauté, les petits larcins, et le courage de se démerder quoi qu’il advienne.
Elles s’appellent Margaret Walsh, ou Madame Labonté, ou Marie Labbé, peu importe.
Aujourd’hui, je les salue et leur témoigne ma reconnaissance.
Pour ce qu’elles ont fait pour moi. Pour ce qu’elles ont fait de moi.

Et si, comme c’est le cas pour Margaret, nous étions acculés au pied d’un mur opaque, nous sentant sans issue, poussés dans nos derniers retranchements, que notre fierté, notre dignité et notre appartenance à cette société du travail étaient remises en question, que serions-nous prêts à faire?  Jusqu’où serions-nous prêts à aller? De quoi serait-on capables?

On dit parfois, en parlant de ces gens, qu’ils sont du petit monde.
Moi, je crois qu’ils sont comme vous, comme moi.
Des gens, simplement. Des humains qui tentent de faire lever les aubes des lendemains où les possibles résident peut-être.
Du petit monde? Du grand monde? Non, juste du bon monde!

Je remercie très sincèrement Louise Duceppe et Michel Dumont de m’avoir invité à mettre en scène cette pièce que j’aime tant.
Et merci à Johnny, ce cher monsieur Duceppe, à qui j’ai pensé tout au long de ce parcours.

Merci à Josée Deschênes, la vaillante, la généreuse, la complice depuis le début, tenace dans sa foi. Et un immense merci à tous les comédiens et comédiennes, abandonnés et investis, le talent déployé, qui ont fait le chemin de cette création en ma compagnie.

J’adresse également ma reconnaissance à tous les concepteurs qui ont accepté de faire ce parcours avec moi et qui m’ont éclaboussé de leur talent.

Merci à Manon Bouchard. Ta présence est une nécessité.

Merci à Maryse Warda qui fait danser les mots sur lesquels je tangue depuis plus de vingt ans. Je t’admire! 

Pierre Bernard

Mot du directeur artistique

Une femme exemplaire 

Margaret est une femme comme des centaines d’autres. Elle travaille pour un salaire de misère, elle vient de perdre son emploi, elle doit subvenir aux besoins de sa fille malade. Son monde s’écroule, l’avenir est sombre. Toute la vie semble contre elle. 

Beaucoup accepteraient leur sort comme inévitable.

Mais Margaret n’est pas de ces femmes-là.

Elle décide de prendre le taureau par les cornes, de foncer, d’au moins TENTER quelque chose. Elle ignore si sa démarche sera fructueuse, mais elle refuse de baisser la tête, de s’avouer vaincue.

David Lindsay-Abaire nous peint ici, avec humour et tendresse, le portrait d’une femme courageuse qui refuse l’inéluctable, qui refuse le misérabilisme. Pour elle, c’est une question de fierté, de dignité.

Voici du théâtre vigoureux, sain, exemplaire, du théâtre qui fait du bien, qui refuse le mélo, qui donne une leçon de vie, qui inspire.

Parodiant Shakespeare qui affirmait que le monde entier est un théâtre, Oscar Wilde soutient pour sa part que les rôles y sont souvent mal distribués.

La vie n’a rien à voir avec la loterie et le bingo. La « fatalité » est une question d’attitude. On se bat ou on accepte d’être victime.

C’est en ce sens que Margaret est une femme exemplaire. Du bon monde!

Bon théâtre.

Michel Dumont